SNCF, Macron veut passer en force au risque de déclancher un mouvement social d'ampleur

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

SNCF, Macron veut passer en force au risque de déclancher un mouvement social d'ampleur

Le recours aux ordonnances pour imposer de force la contre-réforme de la SNCF risque d'être le détonateur d'une bombe sociale d'ampleur fortement sous estimée par le gouvernement et les organes officiel d'information. Lundi le 1er ministre devrait annoncer la méthode pour sa réforme et son calendrier.

Il va certainement durant le week-end se concerter avec Macron et quelques donneurs dordre qui agisssent en sous main pour savoir jusqu'où il peut aller. Fidèle à sa méthode, ça passe ou ça casse, le chef de l'Etat osera t-il aller légiférer par ordonnance comme le bruit circulait dans allées de l'Elyséee ces derniers jours.

Certains acteurs doivent lui rappeler le mouvement de 1995 qui coûta très cher à Juppé et que Macron n'as pas connu trop occupé à étudier à cette époque, d'autres peuvent lui rappeler que 2018 est l'année anniversaire du grand mouvement social de 1958 qu'il ne pouvait pas connaitre car pas encore né. Nous doutons que 1958 figure dans ses livres d'histoire contemporaine que les libéraux considèrent comme une tâche à effacer et à oublier.

Cela ne sera pas le cas des organisations syndicales qui ont décidé de se rencontrer pour construire une riposte d'ampleur au niveau de cette grave attaque du libéralisme.

Christophe Castaner, secrétaire d'état aux Relations avec le Parlement, ex-socialiste et spécialiste de la provocation, affirmait sans ambages qu'il faut aller vite et il être efficace, et
d'ajouter : « Les ordonnances sont une des façons d'y parvenir. ». Rien que ça !

L'exécutif envisage purement et simplement d'ignorer le parlement. Ont-ils peur que quelques députés godillots considèrent que cela fait trop, beaucoup trop à avaler, et hésitent à s'engager d'autant que la fermetures de milliers de kilomètres de petites lignes de proximité dans les régions ont provoqué le tollé des élus locaux de toutes les tendances, tout comme l'augmentation des tarifs à payer par les usagers envisagée par le rapport Spinetta qui ne passe pas dans l'opinion.

Court-circuiter les députés mettrait à mal la démocratie représentative déjà en crise.Mais il est vrai que Macron a un mandat clair de la haute finance qui vielle au grain, d'autant qu'elle n'a rien à faire de ces considérations démocratiques subalternes pour ses intérêts privés qui se comptent en nombre de milliards de dollars amassés. Chez ces gens-là, on ne s'apitoie pas, on accumule et tout est bon à prendre. Que Macron et ses mal rasés fassent le boulot, peu importe la méthode, et s'ils doivent sauter, on les remplacera, il y en a qui n'attende que ça !

Le détail des préconisations du rapport Spinetta feuille de route de la future réforme de la SNCF a déclenché la colère des cheminots, dont le statut et les conditions de travail sont directement menacés, celle des élus locaux qui voient les lignes ferroviaires irriguant leurs territoires mises sur la sellette, et celle des usagers.

Pour Fabien Roussel, député communiste du Nord, si le gouvernement venait à « briser la SNCF par ordonnances », ce serait la preuve intangible d'une « volonté de frapper vite et fort en évitant tout mouvement de contestation ».

Un non-sens pour l'élu, qui « n'ose imaginer que cette méthode soit retenue », et affirme que l'avenir de la SNCF, « qui a bientôt un siècle d'histoire, mérite un vaste débat public ». Au Sénat, le ton monte également. Ainsi, Gérard Larcher, président « Les Républicains » (LR) du Sénat, a prévenu dès jeudi : « Si le Parlement n'est pas sollicité pour débattre d'un sujet aussi important pour l'aménagement du territoire, il y aura un déni de démocratie. Je le dis clairement, on nous entendra sur le sujet. »

Macron n'aurait rien à faire de "ces pleureuses" comme celà se dit en coulisses, et il entend bien ne pas retenir l'option d'une procédure ordinaire de discussion parlementaire. Pas de débat public, pas d'explication, seulement la volonté d'imposer de grè ou de force sa vision libérale et financière, avec en appui les médias officiels qui déjà montrent du doigt les cheminots accusés de trop bien vivre et d'être trop protégés. Scandaleux !

Pour les syndicalistes déjà très échaudés par les ordonnances brisant le code du travail et connaissant les méthodes violentes de l'exécutif, l'option des ordonnances n'est pas vraiment une surprise, leur contre-attaque, elle, devra être à la hauteur.

« On craignait le recours aux ordonnances, ça circule dans les couloirs de la direction SNCF et du ministère depuis quelque temps. Et, si la méthode est confirmée, le calendrier de la mobilisation (une manifestation nationale à l'appel de la CGT et de SUD est prévue le 22 mars NDLR) devra forcément s'adapter » dit un syndicaliste.

Les organisations syndicales de cheminots ont échangés leur point de vue pour donner des suites au mouvement. Mais une chose est acquise, le recours aux ordonnances est unanimement dénoncé par les syndicats de cheminots, « Exactement contraire aux valeurs de négociation », Même pour la CFDT cette méthode constitue, « une provocation » et « une attaque sans précédent (qui) nécessite une réponse immédiate ». Le syndicat se déclare favorable au dépôt d'un « préavis de grève reconductible».

A vouloir étouffer le mouvement social comme il tente de le faire dans la santé en repoussant à trois mois ses propositions alors qu'il est face à un conflit social dont l'issue devient très urgente, le gouvernement veut pour la SNCF accélérer le calendrier pour prendre de vitesse la mobilisation des cheminots et celle des élus qui peut être d'ampleur. Il pratique à leur manière la lutte des classes qui n'est donc pas si démodée que ça !

Que cela soit pour la santé, comme pour la fonction publique ou la SNCF, cela provoque la fermeté des positions syndicales, leur unité et surtout la solidarité des citoyens. Ce n'est pas pour rien que dans un récent sondage, 75% des Français disaient soutenir les conflits sociaux en cours. D'autant que le transfert obligatoire des personnels en cas de privatisation, au plan de départs volontaires, la privatisation du fret ou la fermeture de lignes et la suppression des centaines d'emplois qui y sont affectés, le rapport Spinetta cristallise la colère des cheminots dans tous les services.

De son côté, la direction de la SNCF ne réagit pas. Peut être trop heureux que le gouvernement prenne directement les affaires en main, le président de la SNCF, Guillaume Pepy, s'est dit en début de semaine « persuadé que l'écoute, la concertation, la négociation
(allaient) permettre d'éviter une grande grève ». Mais personne n'est dupe, il s'agit surtout de tenter de désamorcer le mouvement social en construction et de peser sur la mobilisation du 22 mars.

La CGT cheminots ne se fera pas pièger par ces propos qui ressemblent trop à la brosse à reluire que l'on passe dans le dos avant d'y planter son poignard de fourbe. C'est à une simple « explication de texte » que s'est livrée élisabeth Borne, ministre des Transports constatait le syndicat.

Les salariés du rail ne s'y trompent pas. Le Service Public de transports ferrés est à la croisée des chemins et les cheminots savent bien que son avenir comme le leur se confondent et dépendront de leur unité, de celle des organisations syndicales, de l'engagement des citoyens à leurs côtés car ils sont des millions qui ont avec la SNCF leurs conditions de vie en jeu et des convergences avec les autres Services Publics confrontés à la même politique réactionnaire. D'ailleurs la CGT dans la déclaration de son CCN appelait ses syndicats à débattre de la nécessité de travailler à des convergences interprofessionnelles afin de peser plus fort face aux défis posés par la politique gouvernementale.

Un conflit social d'ampleur s'engage. Le chef de l'Etat et son gouvernement seraient bien inspirés de mieux écouter, de prendre le temps d'examiner les propositions faites de toute part, de ne pas considérer le rapport Spinetta à priori comme efficient sur les questions de mobilité dans notre pays au moment même où la crise écologique fait des ravages avec comme premiers responsables les transports par route (Bus-Cars-Camions et voitures).

Ils doivent faire preuve d'esprit de responsabilité d'autant que le rapport Spinetta n'est que l'expression de ce que les financiers recherchent, eux qui prélèvent aujourd'hui sur la gestion de l'entreprise publique, 2.7 milliards d’€ soit près du 1/3 de la masse salariale des cheminots qui est de 8 milliards.

S'attaquer aux vraies causes des difficultés de la SNCF, ce coût du capital exorbitant voilà le véritable défi posé à notre pays et à notre peuple. Ne pas vouloir traiter cette question de fond, c'est faire l'impasse sur l'intérêt général et faire le choix d'un conflit alors devenu inévitable. On se refait 95, alors chiche pourquoi pas, comme le disent déjà certains !

Si cela devait être le choix du chef de l'Etat, qu'il sache que les communistes mettront tout leur poids dans la balance pour faire prévaloir leurs propositions qui permettront d'élargir le mouvement, de le consolider, conditions incontournables pour une issue favorable à l'intérêt général, à la SNCF, à notre pays et à son peuple.

Les communistes depuis plusieurs mois ont pris l'initiative de mener "La bataille du rail", ils vont amplifier partout cette grande bataille.

Ils sont les seuls en capacités de rassembler salariés, usagers et citoyens pour résister au libéralisme et conquérir une réforme progressiste qui donnent de l'élan à la SNCF en prenant appui sur un Service Public de transport rénové, modernisé et renforcé de milliers d'agents supplémentaires sous statut qu'il est conseillé de ne pas toucher !

 

Publié dans Luttes sociales

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