Air France : appel à la grève les 3, 4, 7 et 8 mai pour les salaires
Le tract de la CGT Air France
Après onze journées de grève les salariés d'Air France n'entendent pas se laisser intimider tant qu'ils n'auront pas des propositions sérieuses qui répondent en tout ou partie à leur exigence d'une augmentation de salaire de 6% minimum dès 2018 !
Le refus de la direction d'Air France a coûté près de 300 millions d'euros à l'entreprise. Plutôt que de poursuivre la négociation avec de nouvelles propositions elle a décidé unilatéralement de s'adresser aux 47 000 salariés de la compagnie. Les personnels, rassemblés en un collège unique, sont invités à répondre à la question suivante " Pour permettre une issue positive au conflit en cours, êtes-vous favorable à l'accord salarial proposé le 16 avril 2018 ? "
Air France a mis sur la table 2 % en 2018 et 5 % étalés sur 4 ans. Cela reste très loin de l'augmentation de 6 % réclamée par les grévistes pour compenser l'inflation après six années d'austérité salariale !
Ce sondage ne réglera pas le conflit social en cours. C'est pourquoi les trois syndicats de pilotes (SNPL, SPAF et Alter) appellent à quatre jours de grève, les 3, 4, 7 et 8 mai.
Avec cette consultation, la direction veut passer outre l'intersyndicale qui rassemble dix organisations représentant toutes les catégories de personnels (salariés au sol, pilotes, hôtesses et stewards). Ainsi Jean-Marc Janaillac, PDG d'Air France-KLM, joue avec le feu. Le risque d'un désaveu est important. M. Janaillac a été jusqu'à mettre sa démission en jeu espérant que ce chantage sensibilisera certains salariés.
De son côté, l'intersyndicale maintient ses positions. " La mobilisation se poursuit ", affirme
Philippe Evain, président du Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL).L'intersyndicale devait se réunir, jeudi, pour " décider d'ajouter de nouvelles dates de grève ", avait expliqué Sandrine Techer, secrétaire de section du Syndicat national du personnel navigant commercial (SNPNC), qui voit dans le référendum " un coup de force ".
" Les pilotes nous ont mandatés très largement pour obtenir une revalorisation de leurs salaires ", affirme M. Evain. Il y a quelques semaines, à l'occasion d'une consultation auprès des adhérents du SNPL, " 71 % d'entre eux s'étaient déclarés favorables à une grève longue ", pour obtenir 10 % d'augmentation, rappelle le président du SNPL qui rassemble 70 % des pilotes.
Toujours très remontée, la CGT ignore la consultation de la direction. " Le référendum, ce n'est pas notre sujet ", selon Karine Monségu, co-secrétaire générale de la CGT Air France. " Cela ne nous empêchera pas de continuer la grève ", affirme- t-elle.
Les syndicats sont unanimes pour estimer que " la consultation ne réglera rien. ". Précédant l'entrée en vigueur du nouveau code du travail, elle n'aura en effet aucune valeur juridique. " Le référendum a été lancé trop tôt car les ordonnances Macron ne s'appliquent qu'après le 1er mai ", explique Ronald Noirot, délégué CFECGC.
La consultation " ne changera strictement rien. Son résultat importe peu. Elle n'aura aucune influence sur l'arrêt du conflit ", selon M. Evain. Même un oui massif ne pourra permettre de valider l'accord salarial proposé par l'entreprise. " La direction devra rouvrir l'accord à la signature " des syndicats. Une première étape avant de lancer " ensuite une autre consultation pour valider l'accord. Pendant ce temps-là, le conflit continue ", signale le président du SNPL.
" Même si le oui l'emporte, ce sera une victoire à la Pyrrhus " et " le ressentiment restera. Ce sera une initiative perdant-perdant ", pointe M. Evain. Pour le président du SNPL, les pilotes sont incontournables et " la compagnie a besoin d'accords en permanence
"De fait, le feu vert des pilotes est impératif pour accroître le nombre d'avions de Transavia
France, filiale à bas coûts d'Air France, aujourd'hui limité à 40 appareils." La compagnie doit aussi négocier avec ses navigants la sortie de la flotte des vieux Airbus A340. La direction a également besoin d'instructeurs pour les nouveaux Boeing 787 qui commencent à être livrés. Faute d'obtenir une dérogation du SNPL, le premier Dreamliner devra être stationné à partir du 30 avril car Air France n'aura pas d'instructeurs. Sans leur aval, elle n'est pas capable de faire grand-chose dans une compagnie aérienne ", admet M. Noirot.
Inébranlable, M. Evain invite la direction à négocier : " Il est urgent d'avoir un dialogue social qui fonctionne. "
