Pierre Bénite débat citoyen réussi sur le mouvement social actuel

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Pierre Bénite débat citoyen réussi sur le mouvement social actuel
Pierre Bénite débat citoyen réussi sur le mouvement social actuel

 

Présentation du débat par Jean Chambon secrétaire de la section et membre de la direction départementale de la fédération du PCF Rhône.

 

Je vous remercie de votre participation à ce débat citoyen consacré à la lutte des cheminots.

 

Depuis un mois les cheminots sont en lutte unitaire avec la CGT - La CFDT – Sud et l’UNSA pour s’opposer à la réforme ferroviaire de Macron et de son gouvernement, qui conduit tout droit à la destruction du Service Public Ferroviaire tant pour les marchandises, le Fret, que pour les voyageurs.

 

Si les cheminots ne veulent pas de cette réforme qui met en cause l’intérêt général, ils agissent pour une autre réforme qui fait l’objet de l’accord unitaire entre les syndicats de cheminots.  La CGT pour sa part a remis sous la forme d’un rapport, ces propositions au gouvernement qui les ignore totalement car arc-bouté sur sa réforme.

 

Notons que l’opinion publique soutient cette lutte, le taux variant de 47% à 52% selon les sondages.

 

Cette lutte des cheminots est concomitantes avec celle des électriciens et gaziers, celle des urgences hospitalières, celle des EHPADS, celles des personnels de la justice, d’Air France, de la RATP, des étudiants et lycéens, Carrefour et beaucoup d’autres moins médiatisées mais bien réelles notamment dans la métallurgie où l’UIMM entend briser les accords nationaux qui constituent les fondations de la convention collective nationale des métallurgistes. Signalons le fort mouvement des retraités contre l’augmentation de la CSG et pour la revalorisation des pensions, on ne peut ignorer la mobilisation zadiste de Notre Dame Des Landes, ni celles pour l’accueil des migrants au moment où le gouvernement veut faire passer une loi scélérate indigne de notre pays car contraire aux valeurs de la république.  

 

Tout cela en même temps, cela fait vraiment beaucoup de monde en mouvement.

 

Les communistes soutiennent totalement ce mouvement social et ses objectifs qui prend chaque jour de l’ampleur.

 

Ce mouvement a permis une évolution très rapide et très importante du contenu du débat citoyen dans les entreprises et dans les lieux publics.

 

Malgré l’énorme pression médiatique au service de Macron, aujourd’hui on discute statuts et conventions collectives, on discute de l’utilisation de l’argent des entreprises, de l’Etat et de l’Europe, on discute des Services Publics et de leurs finalités, on discute de la santé et de la Sécu, on discute de plan d'urgence dans la santé, on discute salaires et pouvoir d’achat, on discute de la précarité de l’emploi et comment le sécuriser.

 

On discute aussi beaucoup de politique notamment de cette société que l’on ne veut plus et encore pas assez de celle que l’on voudrait pour nous-mêmes, nos enfants et les futures générations.

 

Plutôt que le dialogue Macron et son gouvernement font le choix de la matraque, c’est le cas contre les jeunes dans les universités occupées, à Notre Dame Des Landes ou à l’encontre des migrants.

Cela ne les grandit pas et c’est plus le signe de la frilosité de ce gouvernement qui sent qu’il perd pied dans la bataille d’idées. C’est aussi pourquoi beaucoup de mensonges sont déversés dans le but de diviser et de camoufler les vrais enjeux des luttes actuelles et notamment celle des cheminots d’où l’idée d’organiser ce débat citoyen avec les acteurs eux-mêmes de ces luttes.

 

Parmi les mensonges et les méthodes de voyous de l’exécutif, comme les a qualifiées Laurent Brun à juste raison, la fausse idée est véhiculée par les médias qu’avec le vote en 1ère lecture de la loi d’habilitation, tout serait plié et les cheminots devraient en conséquence rentrer dans le rang.

 

Je veux insister sur ce fait, rien n’est joué !

 

Si le texte gouvernemental a été adopté en 1ère lecture avec l’appui de la droite, la navette institutionnelle ne fait que commencer. Le texte va aller au Sénat pour être discuté fin mai, il reviendra à l’Assemblée Nationale pour son adoption ou pas définitive fin juin !

 

Nous avons donc plus de deux mois pleins pour élever le rapport des forces et gagner.

 

Gagner, qu’est ce que cela suppose comme actes permettant l’entrée en lutte de milliers et milliers travailleurs, permettant de renforcer les convergences et l’unité des salariés avec les usagers et les citoyens, permettant de gagner massivement l’opinion publique.

 

Quelques idées que je soumets dans le débat.

  1. Partout il nous faut soutenir les luttes en cours et le mieux est de participer de manières visible à toutes les initiatives et notamment aux manifestations de rue programmée et notamment le 1er mai qui cette année compte tenu de la situation revêt un caractère particulier ;
  2. Ensuite, contribuer à la mobilisation de l’opinion publique sous toutes les formes en expliquant toujours et en déjouant les pièges et notamment ceux de la confusion et de la division ;
  3. Favoriser tout ce qui est expression de solidarité, motion, pétition et financière. Selon mes informations, les sommes recueillies à ce jour s’élèvent à plus d’un million d’euros.

Si le parti communiste soutient pleinement ces luttes, il n’entend ni se confondre ni se diluer dans des conglomérats sans contenu et aux objectifs flous sans rapport avec ceux décidés par les acteurs du mouvement social. Il a donc ses propres initiatives comme ce débat de ce soir, ses propres analyses dont les éléments essentiels convergent avec ceux des acteurs syndicaux du mouvement social et ses propres propositions qu’il met en débat avec l’objectif de contribuer à ouvrir la voie à une alternative politique crédible et radicale permettant le rassemblement populaire le plus large possible. Vous trouverez sur la table le petit livret qui présente les propositions communistes pour  la SNCF.

 

Ces propositions elles existent. Il revient aux communistes de les faire connaître, de les expliquer, d’en débattre, de les populariser, en deux mots de les faire vivre pleinement car elles sont le moteur de l’élargissement du mouvement, de sa consolidation, du rassemblement populaire et le moyen de le faire déboucher sur des avancées nouvelles qui donnent confiance et commencent à changer les choses dans ce pays.

 

Je n’en dis pas plus, dans cette présentation du débat.

 

Je vous présente nos invités en les remerciant d’avoir accepter d’être parmi nous ce soir :

  • Laurent Aubeleau qui présentera l’analyse CGT de la réforme ferroviaire du gouvernement et les objectifs de la CGT. Laurent est membre de la direction syndicale du secteur CGT des cheminots de Lyon.
  • Oliver Cellard qui est aussi membre de la direction du secteur CGT des cheminots de Lyon.
  • Enfin notre militante locale, Maud Dumoulin-Millier adhérente communiste de notre section et secrétaire générale du syndicat CGT de l’Energie du Rhône et qui actuellement dirige la lutte des électriciens et gaziers.

Je vous propose que nous organisions notre débat de la façon suivante :

  1. Présentation par Laurent Aubeleau :
  2. Débat d’une heure avec les interventions d’Oliver et de Maud quand ils le souhaitent et le nombre de fois qu’ils le désirent ;
  3. Projection de la vidéo dans laquelle Denis Durand membre de la direction nationale de notre parti et directeur de la revue Economie Politique, présente notre proposition du financement par la BCE du développement des Services Publics ;
  4. Poursuite du débat ;
  5. Je vous propose que nous terminions notre soirée vers 20h 30 ou 20h45 au plus tard.

Enfin que nous prenions ensemble le verre de l’amitié.

 

***

Intervention de Laurent Aubeleau

La Fédération CGT des cheminots a publié un rapport « Ensemble pour le Fer », qui mieux que des cheminots pour proposer des solutions durables sur l’avenir du Service Public Ferroviaire !

Alors que la réforme de 1997 (création de R.F.F) et la loi de 2014 portant réforme du ferroviaire sont parties d’objectifs de traitement des questions financières pour arriver à des usines à gaz dans l’organisation de la production, le tout sans jamais résoudre les problèmes de fonds.

Alors que de dysfonctionnements en accroissement de la dette, les libéraux et nos dirigeants poursuivent leur logique de démembrement de l’entreprise SNCF.

La CGT refuse le statu quo qui consiste à poursuivre dans cette fuite en avant !

Les décisions ou autres résolutions ne sont que des paroles sans qu’aucune mesure ne soient efficacement prise. Il en résulte une liste de propositions parfaitement inadaptées au système ferroviaire et, surtout, qui tournent le dos au développement du service public ferroviaire.

La CGT a pour ligne directrice de partir de l’intérêt général c’est-à-dire des besoins des usagers et du pays puis d’arriver sur les outils nécessaires et enfin le financement de ces moyens.

Les enjeux sont tout d’abord environnementaux, d’aménagement du territoire, de développement industriel et d’égalité d’accès. A ce sujet, le train est plébiscité dès lors que les usagers ont les moyens d’y accéder dans des conditions satisfaisantes.

Or les politiques publiques œuvrent depuis plusieurs années pour le tout routier à travers des décisions règlementaires, fiscales ou budgétaires. Exemple, l’infrastructure est financée par la puissance publique à 99% pour la route contre 40% pour le ferroviaire et le transport de voyageurs est financé à 66% pour la route contre 61% pour le ferroviaire. Il y a bien là une contradiction.

La CGT constate que les exemples internationaux n’offrent d’efficacité supplémentaire que lorsqu’ils sont massivement subventionnés, c’est le cas en Allemagne où l’entreprise publique a été désendettée et va bénéficier d’un plan d’investissement de 28 milliards d’euros sur 5 ans ce qui est 20% au-dessus du plan annoncé par le Premier Ministre !

La CGT formule donc plusieurs propositions selon 6 axes :

- Besoins d’objectifs clairs : il faut un objectif de 25,2% de part modale ferroviaire dans le transport de marchandises à échéance de 2050 (objectif inscrit dans la COP 21 !) alors que l’Etat n’a aucune ambition en la matière. Pour le transport de voyageurs, celui-ci doit s’appuyer sur les TET et les TER en plus du TGV pour un objectif de 25% de part modale pour le Fer. Actuellement 20.6% pour le voyageur et 10% pour le Fret.

- Dette et financements pérennes :

  • Désendetter la SNCF en utilisant une structure de défaisance

Il faut dégager une marge de manœuvre financière par une reprise de la dette (54 milliards €) par l’état. Cela soulagerait la SNCF de 1,7 milliards € d’intérêts annuels. Cette transformation en dette publique d’état ne serait pas une simple reprise mais un transfert vers une structure dédiée dite de défaisance (Caisse d’Amortissement de la Dette Ferroviaire de l’Etat).

Nous proposons de créer et de remplir une caisse de l’état pour constituer cette structure de défaisance de la dette dont les ressources reposent sur l’activité économique de transport dans le cadre d’une politique multimodale.

  • Renationaliser les autoroutes pour financer le désendettement du rail

Afin d’abonder cette nouvelle caisse, la CGT propose de renationaliser la « rente » sur laquelle sont assises les sociétés concessionnaires d’autoroutes issues de la privatisation de 2005 et d’affecter cette ressource à la structure de défaisance, la CADEFE, « afin de ne pas faire supporter au seul contribuable le poids de la dette ferroviaire de l’Etat ».

Nous proposons également la création d’une ECO TAXE poids lourd et un versement transport additionnel pour les régions (TER) comme autres ressources de financement.

  • Réserver la TICPE aux infrastructures de transports

La Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) est l’une des principales ressources de l’Etat. La CGT propose de consacrer l’intégralité des 28,5 milliards d’euros qu’elle rapporte au financement des infrastructures de transport (routier, ferroviaire, portuaire et fluvial), dont 6 milliards directement pour le réseau ferré national.

- Renoncer à la concurrence dans le ferroviaire

La CGT conteste le passage obligatoire à la concurrence imposé par Bruxelles. Des clauses techniques et économiques permettent de s’en affranchir, comme le report de cette concurrence à 2035 ou 2039 du réseau ferroviaire francilien.

Le règlement européen Obligation de Service Public dit art 5 « l’autorité compétente peut décider d’attribuer directement des contrats de service public relatifs à des services publics de transport de voyageurs par chemin de fer ».

- Nécessité d’une organisation de la SNCF tournée vers l’efficacité à répondre aux besoins : la CGT propose le retour à une entreprise unique, une intégration complète de la production, un renforcement de la maitrise publique. Il s’agit pour la CGT de placer la performance en matière de sécurité et de qualité au cœur de l’organisation du système ferroviaire. , le développement et la capacité d’innovation du Service Public.

Nous revendiquons la fin des Partenariats Public/Privé qui ne servent que les intérêts des « Gros » du BTP (Vinci, Bouygues, Eiffage...).

- Pérenniser et déployer le statut des cheminots :

Pour la CGT, le statut est concomitant au Service Public, il est le garant de la sécurité ferroviaire sur l’ensemble du territoire. Toutes les embauches doivent être réalisées au statut et les personnels ne relevant pas du cadre permanent doivent être régularisés.

- Exigence de démocratisation de l’entreprise publique : la CGT considère que les élus régionaux (en matière de TER) doivent partager les pouvoirs avec les usagers afin de pouvoir déterminer réellement les besoins c’est-à-dire la commande publique. Les comités de ligne sont le bon endroit, ils doivent être de réels lieux de décisions. La CGT propose que les objectifs fixées et le contrôle de l’efficacité du système ferroviaire soient soumis au parlement. Le Service Public étant un BIEN COMMUN, la CGT revendique le droit de donner du pouvoir direct aux usagers et des droits d’intervention aux cheminots. La SNCF doit être placée sous le contrôle de la représentation nationale.

***

Intervention de Maud Millier

Maud a insisté dans son intervention sur l'état d'esprit qui a considérablement évolué depuis l'automne. Beaucoup de salariés font l'expérience négative de la disparition du code du travail,  les motifs de mécontentement sont très nombreux mais tous remettent en cause les choix ultra libéraux faits actuellement par Macron. Il y a une clarification sur sa politique qui est au service des possédants et du patronat contre l'intérêt général. C'est un formidable retour en arrière.

C'est donc un terrain fertile pour prendre des initiatives, construire des luttes, mener la bataille d'idées pour d'autres réponses et pour une autre société.

Les question de pouvoir d'achat, les restrictions multiples imposées aux salariés et aux gens par l'austérité renforcée, la dégradation des conditions de travail sont très sensibles. N'hésitons pas à proposer et à engager le débat.

Ce qui actuellement fait convergence c'est le devenir des Services Publics qui sont tous menacés. C'est vrai avec la réforme ferroviaire, dans l'énergie, comme dans les fonctions publiques que cela soit avec l'éducation nationale, avec les universités, la Poste, la justice, les hôpitaux, les Ehpads et certaines administrations.

Quand on regarde sur plusieurs années, on peut vraiment dire que la France est la championne de la libéralisation avec l'ouverture à la concurrence et les privatisations. Cette politique c'est l'Etat français qui en est directement responsable. Certes l'Europe donne des outils mais rien n'oblige un Etat à appliquer avec zèle les directives européennes comme l'ont fait tous les gouvernements précédents. Avec la politique de Macron c'est une accélération de cette politique contraire à l'intérêt général.

L'énergie CGT est rentrée dans cette bataille de fond. Contrairement aux cheminots, la CGT est seule, elle n'a pas encore réussi  à entrainer les autres syndicats malgré les efforts important qu'elle fait. Mais on avance, par exemple, le 19 avril, avec la CGT seule il y a un 30% de grévistes ce qui est très important et très encourageant pour la suite du mouvement.

Pour le secteur de l'énergie, la privatisation est engagée depuis plusieurs années. Est ce que cela a été favorable aux consommateurs ? Est ce que cela a permis de rendre l'accès plus facile à l'énergie à nos concitoyens? Nous répondons non !

Les tarifs ont augmenté de +22% ! Ainsi on prend dans le porte monnaie des gens de l'argent qui rejoint les coffres des acteurs privés qui se sont emparés du service public pour faire du fric. Notre pays compte 12 millions de personnes qui sont en état de précarité énergétique, c'est à dire qui ne paient pas leur facture, évitent de se chauffer pour ne pas trop payer, réduisent leur consommation. Cela est scandaleux !

Nous avons une échéance, elle est fixée à fin juin, l'enjeu c'est la fin des tarifs réglementés en entérinant une directive européenne qui sera la cause d'une augmentation des tarifs sans tenir compte des moyens des consommateurs que nous sommes. C'est finalement la remise en cause du droit à l'énergie indispensable aux être humains pour vivre.

Le droit à l'énergie est un bien commun au même titre que le droit à la justice, à l'éducation, aux transports, à l'eau, à la santé. Ce sont des biens communs qui doivent être gérés par les services publics dont l'emploi et les statuts garantissent l'effectivité.

C'est pourquoi nous avons engagé la bataille contre la privatisation de la gestion des barrages que le gouvernement veut céder au privé comme il l'a fait avec les autoroutes ou certains aéroports.

Les services publics comme moyens offerts aux citoyens pour vivre constituent la convergence la plus forte avec les cheminots, entre les salariés des services publics, avec les usagers et les citoyens.

Publié dans Pierre Bénite

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