SNCF, la ministre Borne hors jeu, Edouard Philippe reprend le dossier...
Les cheminots ont eu gain de cause, le premier ministre a finalement du consentir à recevoir les syndicats de cheminots le 7 mai prochain. Dans l'attente de ce rendez-vous qui devrait ouvrir de vraies négociations, l'intersyndicale appelle à amplifier le mouvement, d'abord les 28 et 29 avril, ensuite le 1er mai au coude à coude avec l'ensemble des professions, les retraités et les citoyens et enfin le 3 mai.
Édouard Philippe en recevant les cheminots marque un recul du gouvernement, jusqu'alors arc-bouté sur sa méthode. Il a donné l'occasion à l'intersyndicale d'afficher face à la presse une unité sans faille et une volonté farouche d'aller jusqu'au bout. « Matignon reprend la main et c'est très bien, a lancé Roger Dillenseger, secrétaire général de l'Unsa ferroviaire, mais tout n'est pas acquis pour autant. » Car « si le premier ministre ne décide pas d'ouvrir de réelles négociations à l'issue de ces rencontres bilatérales, nous poursuivrons en l'amplifiant la mobilisation », a prévenu Laurent Brun, secrétaire général de la fédération CGT des cheminots, « et vous pourrez alors annoncer des grèves en juillet et en août », a conclu Didier Aubert, secrétaire général de la CFDT cheminots.
Pour maintenir la mobilisation à un haut niveau, une « grosse journée d'action à Paris et dans les territoires » est annoncée le 3 mai et le 14 mai, jour prédéfini de grève, pourrait se transformer en « journée sans cheminots » si rien ne bouge, ont assuré les syndicats.
Cette « journée sans cheminots » consiste à faire entrer dans la mobilisation le plus d'agents possible sur une journée, expliquent, en substance, les syndicats.
Mais pour l'heure, pas question de spéculer. « Nous n'imaginons pas que le premier ministre nous convoque pour nous dire que rien ne change », précise Laurent Brun, qui a rappelé que « les organisations syndicales sont à l'origine du déblocage de la situation et de cette rencontre;;. C'est nous qui en avons fait la demande, appuyés par l'ensemble de nos confédérations et organisations ». Preuve de la volonté des syndicats à sortir de l'ornière dans laquelle le gouvernement a mis la SNCF en bloquant la situation et en refusant de discuter sérieusement arcquebouté sur ses dogmes idéologiques..
Quoi qu'il arrive, pour l'intersyndicale, cette entrevue à la suite de laquelle elle « exige l'organisation de réunions tripartites » avec l'état et le patronat de la branche ferroviaire (UTP) sera l'occasion de revenir, dans les détails, sur le fond d'une réforme que les cheminots jugent « brouillonne » et pour le moins mal ficelée.
« Donnez-moi une seule mesure de ce projet de loi qui garantisse un meilleur service au meilleur tarif pour les usagers ! Rien. Que du dogme ! » s'est agacé Didier Aubert. « Aucun projet concret ne ressort de cette réforme », rajoute Laurent Brun, qui pointe l'annonce unilatérale par Edouard Philippe de la filialisation du Fret SNCF, alors même que la direction de l'entreprise publique réfutait catégoriquement cette option il y a quelques semaines.
« Personne ne veut faire le bilan de l'ouverture à la concurrence du fret ferroviaire, alors que l'on sait pertinemment qu'elle a engendré une augmentation considérable des demandes de concours public de la part des opérateurs privés », a souligné Erik Meyer, secrétaire fédéral de SUD rail. Et sur le fond, « quelle perspective de développement du transport ferré de marchandises le gouvernement met-il derrière cette annonce ? Aucune, puisqu'il demande à la direction de la SNCF d'élaborer un plan stratégique de relance du fret, alors qu'elle est aux manettes depuis 2003 », a noté le secrétaire général de la CGT cheminots, qui y voit un désengagement de plus de l'état, pourtant « seul à pouvoir agir fortement sur la question du report modal, par exemple en termes de fiscalité écologique ».
Pour Roger Dillenseger, ce renvoi de balle permanent n'est plus tenable et vaut pour le fret comme pour l'ensemble de la réforme. « Les débats de l'Assemblée nationale sont renvoyés au Sénat (qui doit se pencher sur le texte fin mai NDLR), au ministère des Transports, on renvoie les questions sociales à la négociation de branche qu'elle-même renvoie à l'entreprise et nous, au milieu, on compte les points. »
Ulcérées par la méthode, les syndicats de cheminots dénoncent l'amateurisme d'une réforme purement idéologique. Car, en choisissant de réduire son pacte ferroviaire à trois objectifs que sont l'ouverture à la concurrence, la fin du recrutement au statut et la transformation juridique de l'entreprise publique en société par actions, le gouvernement a éludé la question fondamentale d'un financement pérenne du rail français, avec, au centre de l'affaire, la question majeure de la dette, qui frise les 50 milliards d'euros cumulés (voir cicontre).
Pour Erik Meyer, « en dehors de ces trois points idéologiques, il n'y a rien, ni économiquement, ni socialement qui n'ait été préparé et consolidé par le gouvernement ». Pire, « lorsque Elisabeth Borne annonce une économie de 700 millions d'euros avec la fin du recrutement au statut, non seulement personne au ministère n'a été capable de nous fournir le détail du calcul, mais l'exécutif annonce lui-même qu'il manquera encore 1,5 à 2 milliards d'euros par an
pour financer les investissements nécessaires », explique Laurent Brun.
Pour les syndicats, le calcul est vite fait, « si c'est sur le dos des cheminots que le gouvernement compte aller chercher ces milliards, ça représente 25 à 30 % de la masse salariale ».
Une « hypocrisie » à laquelle les syndicats ont répondu hier en renvoyant la responsabilité d'un éventuel prolongement de la grève au seul exécutif. Et Laurent brun de prévenir : « S'ils veulent payer pour voir, ils paieront. »
Sources l'Humanité et la conférence de presse de l'intersyndicale
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