Laurent Brun pour les cheminots CGT répond à la Marseillaise

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Laurent Brun pour les cheminots CGT répond à la Marseillaise


Laurent Brun, responsable du syndicat des cheminots CGT évoque pour « la Marseillaise » les enjeux de la consultation interne qui débute aujourd'hui.

Pourquoi ce référendum cheminot ?

Faut-il l'appeler ainsi ? Le nom que nous lui donnons c'est vote-action, parce que c'est à la fois un vote et une initiative qui contribue au mouvement en cours. On a tiré les leçons d'Air France où le patronat a considéré que les salariés étaient écrasés par le fatalisme et qu'il pourrait faire passer n'importe quoi. Or en votant, ils ont relevé la tête.

À la SNCF, les cheminots se battent la tête haute depuis maintenant un mois et demi. On leur propose de montrer en grand nombre qu'ils sont hostiles à la réforme pour répondre à la direction SNCF qui explique que comme 80% des cheminots ne sont pas en grève, 80% des cheminots défendent la réforme.  Ce sera aussi l'occasion d'organiser des points de rencontre entre grévistes et non-grévistes pour discuter de la situation.

Vendredi la ministre des Transports Elisabeth Borne a reçu l'Unsa et la CFDT mais pas la CGT et Sud. Est-ce un coin mis dans l'intersyndicale ?

Pas du tout, nous en avons discuté entre nous. La CGT et Sud considèrent que le travail d'amendements proposé par la ministre est extrêmement limité. Elle explique que seuls les amendements d'accompagnement du projet du gouvernement seront discutés. Ça ne nous intéresse pas tellement.

L'Unsa et la CFDT ont souhaité porter néanmoins leurs amendements, mais nous sommes convenus de demander par une lettre unitaire une table ronde au Premier ministre pour exiger qu'il nous présente l'ensemble du texte et des amendements présentés au Sénat. La CGT a par ailleurs rencontré le groupe communiste au Sénat pour regarder quels amendements pourraient être déposés, nous ferons probablement la même démarche avec le groupe socialiste la semaine prochaine.

La CFDT parle pourtant d'ouverture d'une négociation.

La CFDT a dit lors de la dernière réunion inter-fédérale que même si certains de leurs amendements étaient pris en compte, cela ne ferait pas le poids car d'autres lignes rouges étaient franchies dans le projet de loi. Je considère que l'on restera dans l'unité syndicale. Quoi qu'il en soit ce sont les cheminots qui décident de leur mouvement et pas les états-majors
syndicaux.

Édouard Philippe vous a-t-il répondu ?

Pas encore. Jusqu'à présent la méthode du gouvernement c'est on vous écoute, on vous dit rien et vous découvrez ce qui se passe soit par les médias soit par l'Assemblée ou le Sénat.
Nous continuons de lui demander un certain nombre de points qui ont été promis mais jamais transmis. Par exemple, l'étude sur le surcoût du statut des cheminots. Nous sommes persuadés non seulement que le surcoût du statut n'existe pas mais que l'étude n'existe pas non plus. Comme cela fait un mois et demi que nous attendons qu'on nous la transmette, il
y a fort à parier que nous ayons raison.

Lors du référendum chez Air France, l'enjeu était le maintien ou la démission de Jean-Marc Janaillac. Quelles conclusions tirerait l'intersyndicale des cheminots en cas de victoire ou en cas de défaite ?

D'abord nous sommes convaincus que la réponse sera sans appel de la part des cheminots. Ensuite c'est pas la même situation qu'à Air France, on n'est pas dans un référendum El Khomri mais dans une expression des salariés. On n'a pas les mêmes ressources que les directions pour organiser ce genre d'exercice. Enfin, la direction de la SNCF devra tirer les enseignements du référendum notamment arrêter de dire que les cheminots soutiennent sa réforme et puis s'il y a d'autres leçons qui sont tirées, grand bien fasse à ceux qui les tireront !

Le gouvernement délégitime déjà la consultation en pointant son organisation par les syndicats et explique que le sujet concerne tous les Français pas seulement les cheminots. Le fait qu'ils montent tous au créneau pour dire que les cheminots n'ont pas leur mot à dire est significatif.

La direction s'implique très fortement dans la réalisation de cette réforme. Un colloque en juin aura lieu à l'Assemblée entre des élus LREM et les principaux dirigeants de l'entreprise. C'est un symbole de cette collusion. Le contenu de cette réforme impacte directement les cheminots, il est bien légitime qu'ils interviennent sur le sujet. Si le gouvernement considèrent que l'ensemble des citoyens de ce pays sont concernés, il n'a qu'à organiser un référendum officiel. Nous en serions d'accord.

Un collectif d'organisations qui soutient le mouvement des cheminots propose d'ailleurs une votation citoyenne. Ce n'est pas nous qui craignons la démocratie ! On voit bien avec LREM au pouvoir la façon de traiter le débat démocratique et les opinions divergentes y compris à l'Assemblée et au Sénat.

Des associations d'usagers expriment leur ras-le-bol, que leur répondez-vous ?

Les cheminots sont en continu dans la bataille, c'est évidemment très compliqué. Plutôt que d'essayer de contester le droit de grève, certains feraient bien de regarder les questions que nous posons. Les usagers qui le font savent très bien que ce sont les mêmes qu'ils posent eux aussi pour un service public de qualité.

Quel sens donnez-vous à la « journée sans cheminots » d'aujourd'hui ?

Ce sera une journée de remontée importante du taux de gréviste et le coup d'envoi d'une semaine de voteaction dans tous les sites ferroviaires qui fera date.

Réalisé par Léo Purguette ■
 

Publié dans syndicats

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