Hulot dénonce les lobbys: Qui a le pouvoir ? Qui gouverne la France?

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Hulot dénonce les lobbys: Qui a le pouvoir ? Qui gouverne la France?

En présentant sa démission du gouvernement, le ministre de l’écologie Nicolas Hulot a insisté sur le poids des lobbys autour d’Emmanuel Macron. « Il faut poser ce sujet sur la table parce que c’est un problème de démocratie », a insisté le ministre, qui s'interroge : qui tient réellement les manettes du pays ?

Le président de la puissante Fédération nationale des chasseurs n'était pas peu fier de son coup. Ce lundi soir, au sortir d'une réunion à l’Élysée, Willy Schraen annonçait fièrement sur BFMTV que le président Emmanuel Macron avait accédé à plusieurs revendications historiques du secteur : le permis national de chasse à 200 euros, une « gestion adaptative » des espèces chassables, ainsi que la création « prochaine » d'une nouvelle « police de la ruralité ».

Surtout, Willy Schraen révélait que Nicolas Hulot, pourtant hostile à plusieurs propositions des chasseurs, s'était silencieusement rangé aux arbitrages du chef de l’État : « Les choses se sont relativement bien passées avec le ministre d’État, il n’y a pas eu de problème particulier », se félicitait le président de la Fédération nationale des chasseurs.

Le lendemain : patatras ! Nicolas Hulot prend la parole et donne une autre version des faits. Il claque la porte parce qu'il n'en peut plus d'avaler les couleuvres depuis un an. Les mots sont durs, à la hauteur de la gravité de la situation :

« Je ne comprends pas que nous assistions à la gestation d’une tragédie bien annoncée dans une forme d’indifférence », assène le ministre démissionnaire.

Au fil de sa démonstration, Nicolas Hulot dénonce surtout la méthode de gouvernement d'un exécutif sous l'emprise des lobbys.

Pour l'ex-ministre, la fameuse réunion sur la chasse de la veille avec Willy Schraen et Emmanuel Macron fait office de démonstration parfaite.

« On avait une réunion sur la chasse avec une réforme qui est une réforme importante pour les chasseurs mais surtout pour la biodiversité, mais j’ai découvert la présence d’un lobbyiste qui n’était pas invité à cette réunion et c’est symptomatique de la présence des lobbys dans les cercles du pouvoir », dénonce l'ex-ministre.

Nicolas Hulot pointe en particulier le rôle de Thierry Coste, le patron du lobby des chasseurs qui rappelle matin, midi et soir qu'il représente 1,2 million d'électeurs, à qui Macron fait publiquement la cour depuis la présidentielle. « Je lui ai dit très frontalement qu’il n’avait rien à faire là et qu’il n’était pas invité », révèle Hulot.

Le chef d'État n'a, lui, visiblement pas été choqué par cette présence surprise.

Pour Hulot, l'épisode a fini de sceller le cercueil du « nouveau monde » et de la « politique autrement » :

« C’est probablement un élément qui a achevé de me convaincre que ça ne fonctionne pas comme ça devrait fonctionner », a-t-il expliqué.

L'ex-ministre ajoute – alors que le gouvernement traîne par exemple inexorablement des pieds pour interdire le glyphosate en France, malgré l'empilement des études scientifiques et la condamnation record de Monsanto par un tribunal américain – que la présence d'un agent d'influence non invité à une réunion au sommet peut « paraître anecdotique », mais qu'elle est en réalité terriblement « symptomatique de la présence des lobbys dans les cercles du pouvoir ». Il ajoute :

« Il faut à un moment ou un autre poser ce sujet sur la table parce que c’est un problème de démocratie. Qui a le pouvoir ? Qui gouverne ? »

Les paroles de Nicolas Hulot sont précieuses car, pour la première fois, un poids lourd de l'exécutif pose publiquement la question de l'influence des lobbys sur le pouvoir d'Emmanuel Macron. Enfin, un ministre pointe le risque, pour le fonctionnement démocratique du pays, d'une emprise assumée.

En juin, Mediapart révélait qu'Audrey Bourolleau, conseillère d'Emmanuel Macron qui pilote les programmes de prévention contre l’abus d’alcool, n'était autre que l'ancienne lobbyiste en chef du secteur viticole. Cette enquête avait provoqué la fureur des professionnels de santé et spécialistes en addictologie.

À l'époque, la réaction de l'Élysée pour justifier ce conflit d'intérêts en disait déjà beaucoup sur un pouvoir qui a érigé le mélange des genres public/privé en méthode de gouvernement.

« Vouloir faire entrer la société civile en politique, c’est accepter d’avoir des profils qui ont un passé professionnel, avait répondu l'Élysée. Elle est l’une des meilleures expertes françaises du sujet, et nous sommes heureux qu’elle travaille à la présidence de la République. » 

Au début de l'affaire Kohler, déjà, les réactions du gouvernement pour justifier le conflit d'intérêts du secrétaire général de l’Élysée avaient décontenancé les militants de la lutte contre la corruption.

« Il est à mon avis utile pour la qualité du gouvernement qu’il y ait des hauts fonctionnaires qui connaissent le monde de l’entreprise. Cela ne peut que rendre les textes meilleurs et les décisions publiques meilleures également »,

avait défendu Benjamin Griveaux, lors des questions au gouvernement le 9 mai, en réponse à une question sur les éventuels conflits d’intérêts d’Alexis Kohler.

Dans les prochains jours, le porte-parole du gouvernement soutiendra sans doute avec autant de verve qu'il est tout aussi « utile » à la « qualité » de la prise de décision qu'un lobbyiste s'invite, au sommet de l’État, à une réunion à laquelle il n'était pas convié.

Antton Rouget Publié sur Médiapart le 28 août

     

    Publié dans Politique nationale

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