Macron veut dynamiter le service public !

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Macron veut dynamiter le service public !

Emmanuel Macron s'est donné pour objectif de réduire la dépense publique de 4 points de PIB, soit de 100 milliards d'euros, d'ici à 2022. Le gouvernement a donc demandé à un groupe d'experts d'identifier les économies possibles dans les budgets publics.

Cet exercice, appelé CAP 22, débouche sur un rapport préconisant un premier train d'économies de 30 milliards d'euros dont le contenu devait être gardé secret mais qui a été divulgué par des syndicalistes.

Quelques propositions sont de bon sens, comme la suppression de certaines niches fiscales. La plupart ne font cependant que prolonger la logique d'austérité déjà à l'oeuvre. Ainsi en est-il de la suggestion d'un énième plan d'économies pour le système de soins, d'une réduction de l'APL, de la sélectivité des allocations familiales.

Mais, au travers de sa vingtaine de propositions, le rapport dessine surtout l'esquisse d'une puissance publique rétrécie.

Parmi les mesures, retenons des transferts d'activités multiples, la réduction du format de la Direction des finances publiques, un démantèlement de Pôle emploi, des amputations dans l'audiovisuel public, une liquidation de la Direction de la concurrence et de la répression
des fraudes Et bien entendu une mise en cause du statut de la fonction publique.

Cet exercice traduit une perte de maîtrise de la puissance publique qui n'arrive plus à perpétuer une organisation économico-sociale plongée dans la compétitivité mondiale. Il est
l'expression d'un état de plus en plus écartelé entre son rôle social et les appels au soutien des entreprises.

Dans les faits, entre les deux objectifs, un abîme se creuse dont l'endettement public n'est finalement que la traduction.

Selon ces experts, le pays devrait prioritairement se penser comme la « base arrière » de firmes partant à la conquête du monde. En fait, « l'efficace », au sens de la compétitivité
marchande, devrait prendre le pas sur toutes les autres considérations. Comme si la condition humaine se mesurait à l'aune des marchés !

Cela nourrirait en retour le recul de la notion d'intérêt général et accentuerait le vide citoyen qui risque d'être comblé par la multiplication des « clientèles ». Beau progrès en perspective !

C'est du refus d'un tel écartèlement que pourra naître une nouvelle démarche politique au sens plein du terme. L'état est bien sûr affaibli à l'heure où les entreprises, la finance, mais aussi certaines catégories de travailleurs peuvent « faire sécession » en s'extrayant du champ de la solidarité collective.

Le contrat social ne peut plus découler d'un processus unique, piloté par l'état, c'est-à-dire
à travers des seules élections et institutions publiques. Mais cela ne veut certainement pas dire qu'il faille céder à l'idée selon laquelle l'état est désormais appelé à jouer un rôle mineur,
laissant le champ libre aux puissances financières.

Réinventer le pouvoir et la démocratie, en France et en Europe, suppose non pas un état minimal, mais une maîtrise collective des outils de développement dont l'épargne, le crédit, la fiscalité.

Et bien sûr la réaffirmation de l'importance de l'intérêt général, point d'ancrage essentiel de l'action publique, celui qui en fait sa spécificité.

Jean-Christophe Le Duigou. Economiste et syndicaliste

Tribune publié dans l'Humanité Dimanche

Publié dans Politique nationale

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