Congrès 2018 : Pourquoi je soutiens Le Manifeste par Stéphane Bienvenue Militant communiste du Rhône

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Congrès 2018 : Pourquoi je soutiens Le Manifeste par Stéphane Bienvenue Militant communiste du Rhône

Pourquoi je soutiens le texte « Pour un manifeste du Parti Communiste du 21ème siècle ».

La grande force d’un week-end passé à la fête de l’Humanité est de voir ses synapses reconnectés en mode « fierté d’être communiste ». Diversité des débats, des luttes et fraternité joyeuse furent le cœur d’un week-end de séance de remise en forme qui devrait être remboursée par la sécurité sociale !

Et comme les prochaines semaines vont être primordiales, il me paraît essentiel que l’esprit de la « Fête » trouve un écho tant dans nos actions militantes que dans nos réflexions qui nous mèneront vers notre congrès.

La lecture des textes soumis à notre sagacité n’en est que plus importante.

Je commencerai par celui du "printemps du communisme" qui me fait plutôt penser aux sanglots longs de Verlaine.

Ayant aussi parfois la sale habitude d’ergoter, il ne suffit pas d’aligner des mots tels des perles pour leur donner un sens.

Ainsi, « l’évolution révolutionnaire » prônée par les auteurs du « printemps du communisme » se heurte très rapidement à leur volonté de rapprochements contre-nature avec « la gauche ». Je lis plus Bernstein que Jaurès (sans évidemment faire un quelconque rapprochement avec Marx) dans leur prose.

Comme je l’avais fait en cellule, je rappelle ici, la définition que donnait Jaurès de « l’évolution révolutionnaire » :

« Elle consiste, selon moi, à introduire dans la société d’aujourd’hui des formes de propriété qui la démentent et qui la dépassent, qui annoncent et préparent la société nouvelle, et par leur force organique hâtent la dissolution du monde ancien. Les réformes ne sont pas seulement, à mes yeux, des adoucissants : elles sont, elles doivent être des préparations ».

Rien dans ce texte ne se rapproche de Jaurès (ne parlons alors pas de Marx), malgré cette succession de citations piochées dans « Babelio ». Dans la réalité, à cause de stratégies politiques et idéologies peu lisibles et, surtout, menées à la godille, de trop nombreux élus communistes, dans des exécutifs socialistes, furent trop souvent de simples adoucissants (même s’il ne faut certainement pas dénigrer le travail accompli).

Le gloubiboulga pseudo-marxiste de ce texte cache de façon peu discrète un rapprochement avec la social-démocratie, véritable supplétif du capitalisme depuis des décennies, et le populisme, qui fait trop largement abstraction de la lutte des classes (celle-ci étant trop souvent noyée au milieu de toutes les autres) et de l’internationalisme, deux phares non négociables du communisme. Ce texte n’a donc rien de communiste.

J’avoue avoir lu en premier le texte du « printemps », car celui de la base commune, pourtant de bien meilleur qualité, était si mal emmanché, que Morphée vainquit rapidement toute velléité de poursuite.

En effet, quand un texte commence par « Nous entrons dans un moment historique d’immenses bouleversements », ça sent les poncifs à plein nez. La suite fut durant de (trop) longues pages du même acabit.

Pourquoi écrire 7 thèses pour dire aux communistes que « les capitalistes, ils sont vraiment trop méchants » ?

Comment une introduction sensée donner le la, s’embringue dans un rata d’exemples où se côtoient « balance ton porc », les fablabs, les Togolais (avec bien évidemment l’écriture inclusive pour faire moderne, les autres étant nécessairement phallocrates) ou encore l’interdiction des armes nucléaires.

Si bien évidemment toutes ces luttes sont à soutenir, n’ont-elles pas une cause commune qui aurait permis de faire plus court et, surtout, plus mobilisateur.

J’aurais bien proposer un autre préambule, plus court, mais il paraît que deux illustres personnages l’ont déjà écrit : « L’histoire de toute société…. », en ajoutant bien évidemment « En régime capitaliste, les femmes, la moitié de l’espèce humaine, sont doublement exploitées… ».

Les mots de Lénine sur les femmes exploitées sont d’ailleurs à mettre en miroir avec le rôle majeur d’Engels sur les questions du féminisme.

Lors de la réunion de cellule a d’ailleurs été trop rapidement abordée la thématique de l’intersectionnalité.

En tant que communiste, je n’en suis pas un amateur invétéré car elle fut, à mes yeux, une réponse « identitaire » à la remise en cause, voire à la négation, de la lutte des classes dès les années 70. Pour les capitalistes, ces logiques identitaires étaient une aubaine pour minimiser l’exploitation des travailleurs.

En tant que communiste, je ne pense pas que pour changer la société, il suffise de changer le point de vue, ou le discours, des gens. Définitivement, l’idéologie dominante, dans une société de classe, est l’idéologie de la classe dominante.

Relisons Engels tant dans « le manifeste » que dans « l’origine de la famille » pour comprendre, par exemple, sa place majeure dans le combat contre le patriarcat qui oppresse les femmes.

Et si le marxisme est de toutes les luttes contre toutes les formes d’oppression, et si ces luttes ne doivent pas être séparées, pour un communiste elles ne peuvent encore moins être dissociées du système capitaliste qui les engendre.

Oui, « l’émergence de la société de classe a universalisé le droit patrilinéaire et, plus important encore, l’installation de l’homme comme « chef de la famille ». Engels, car il était homme du 19ème siècle, était même en deçà de la réalité actuelle qui fait que le capitalisme moderne impose aux femmes d’endosser une double oppression : celle de la famille mais aussi celle du travail.  

L’élection de femmes bourgeoises à de hauts postes de responsabilité n’a jamais fait avancer la cause des femmes. Les femmes bourgeoises ne feront jamais avancer la cause des femmes.

Le renversement du capitalisme et la lutte des classes doivent être, par essence, la base de toute action réellement communiste à travers un parti résolument révolutionnaire. Voilà sans doute l’un des reproches majeurs que je peux faire au texte proposé par la direction : A force de vouloir être partout, on est nulle part et, surtout, on oublie d’où l’on vient.

Mais, finalement, est-ce que tout ceci n’est qu’une critique superficielle du texte de base ? 

Hélas non car notre effacement est prioritairement dû à nos reniements idéologiques qui sont le cœur du communisme.

Et dans ce texte de base concocté par la direction, notre illisibilité est justifiée par la simple « démultiplication des campagnes nationales et locales ». Cet aveuglement n’est pas acceptable, d’abord parce qu’il évite de se pencher plus en détails sur les orientations dramatiques des décennies passées dont la nocivité ne fut quand même pas de la seule faute de la chute de l’URSS ! Cet aveuglement empêche mécaniquement toute réorientation révolutionnaire de notre parti.

Remettre en cause notre fondement révolutionnaire pour un plat de lentilles « offert » par les sociaux-démocrates depuis plus de 40 ans est une faute politique et ontologique majeure que nous payons toujours un peu plus chaque jour tant dans notre rapport aux exploités que dans notre affirmation politique et notre doxa idéologique malmenée à chaque fois que les Bernstein modernes nous proposent une place dans un exécutif.

Cette situation n’est plus tenable tant pour les militants désorientés que pour l’idéal d’émancipation individuel et collectif que nous portons. Ne plus accepter de continuer à nourrir le capitalisme est la condition sine qua non de notre engagement marxiste et communiste. Que le texte de base ne réaffirme pas ces principes avec plus de vigueur m’interpelle quelque peu à quelques mois d’échéances électorales.

Oui, la lutte des classes « constitue le moteur de l’Histoire conduisant vers une société sans classe ». Pour l’illustrer de manière un peu brutale, et comme je l’avais rappelé en réunion de cellule, on ne peut pas être communiste et être dans l’exécutif de villes qui voient le prix du m² augmenter sans cesse (parfois encore plus vite dans les quartiers populaires avec une gentrification intolérable), dépassant parfois 10 000 euros dans les quartiers huppés.

« Une maison, quand elle est louée, rapporte … une rente foncière, les frais de réparation et l’intérêt du capital investi y compris le profit réalisé sous forme de loyers : ceux-ci, suivant les circonstances, peuvent représenter 2, 3, 5, 10 fois le prix de revient initial ». Engels l’avait écrit en 1887. Notre matérialisme dialectique deviendrait-il insignifiant sous les lambris dorés des hôtels de ville ?

On ne peut pas porter la lutte des classes et des visées révolutionnaires dans l’exécutif de métropoles devenues les pires symboles d’un capitalisme destructeur, qui exclut les plus pauvres, fragilise les territoires périphériques et méprise tout ce qui ne participe pas à la grande compétition mondiale de l’attractivité et du rayonnement.

Les communistes doivent plus sérieusement se pencher sur les théories des territorialistes et des biorégions urbaines, seules réflexions sur l’aménagement du territoire qui permettrait d’éviter l’écueil du localisme (porté pour des raisons différentes par les Verts ou les fachos) tout en sortant de cette mortifère métropolisation.

On ne peut pas arborer fièrement l’étendard du communisme en restant associé à un PGE qui n’est ni internationaliste et encore moins anticapitaliste.

On ne peut pas ânonner le simplisme scientifique de nos ex-alliés de gauche sous prétexte d’une fausse modernité.

On ne peut pas se pâmer devant les « nuits debout » ou autres « marche pour le climat » sans interroger la totale absence de conscience de classe qui empêche, de facto, toute transformation révolutionnaire de ces sympathiques mouvements.

On ne peut pas se contenter de plateformes numériques et de réseaux sociaux pour reconquérir les classes populaires. Cela passe d’abord et avant tout par la proximité, l’éducation populaire, la formation des militants aux principes marxistes, notre capacité à instiller la conscience de classe et donc redonner aux cellules et sections la capacité d’être acteurs de ce changement.

A cette liste, j’en ajoute une, en forme de conclusion, car elle interroge, sous forme d’un exemple, un sujet primordial mais omis par l’ensemble des textes : bien sûr que nous devons soutenir les ouvriers d’Ecopla dans leurs luttes contre ceux qui les exploitent, mais la réappropriation de l’outil de production par les ouvriers ne changera pas le caractère terriblement nocif de l’aluminium.

Pour toutes ces raisons, je voterai pour que le texte « Pour un manifeste du Parti Communiste du 21ème siècle » devienne le texte de base sur lequel les communistes travailleront.

Je suis convaincu que c’est celui qui assume le plus clairement son histoire et ses bases idéologiques sans tomber dans un fondamentalisme mortifère.

Je suis convaincu que c’est celui, après bien évidemment un travail collectif plus poussé, réussira à réunir les communistes de la façon la plus large possible car il évite l’écueil du post-communisme, du mélange indigeste de sujets parfois contradictoires qui n’ont comme objectif que de faire plaisir à tout le monde (non les fablab n’ont rien de révolutionnaires) et… de réintégrer Marx dans le discours non pas comme cosmétique mais comme fondement de notre parti révolutionnaire.

Stéphane Bienvenue

Militant communiste du Rhône

 


 

Publié dans Congrès extra 2018

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