Carlos Ghosn, un PDG d'une multinationale française pris la main dans le sac !

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Carlos Ghosn, un PDG d'une multinationale française pris la main dans le sac !

Le PDG de l'alliance Renault-Nissan est en garde à vue au Japon, sur la base de soupçons de fraude fiscale et d'abus de biens sociaux au titre de ses fonctions chez Nissan. Une déchéance brutale pour cette star mondiale du CAC 40 et de l'automobile, plein aux as !!

L 'homme qui valait 13 millions d'euros a finalement chuté. Super-PDG cumulant les casquettes à la tête de Renault, Nissan, Mitsubishi et Avtovaz, survolant les fuseaux horaires, de l'Hexagone jusqu'au pays du Soleil-Levant, Carlos Ghosn a été arrêté au Japon au titre de son mandat de président du conseil d'administration chez Nissan.

Selon le quotidien nippon The Asahi Shimbun, Carlos Ghosn est accusé d'avoir sous-déclaré des éléments de son salaire à hauteur de 5 milliards de yens, soit près de 38,78 millions d'euros. Un autre dirigeant du groupe, Greg Kelly, est également mis en cause pour complicité dans cette affaire.

C'est une enquête interne de Nissan sur la base d'accusations d'un lanceur d'alerte qui a mis au jour des pratiques de malversation, a fait savoir le constructeur automobile. Nissan affirme que, « pendant de nombreuses années », Carlos Ghosn et Greg Kelly ont déclaré au fisc japonais des salaires inférieurs au revenu réel du premier. « De nombreux actes irréguliers ont été découverts, comme l'utilisation des biens de la société à des fins personnelles », explique Nissan, dont l'actuel PDG, Hiroto Saikawa, demande la démission de C. Ghosn.

Une déchéance brutale et spectaculaire pour celui qui a joui du statut de sauveur de la marque nippone depuis sa prise de contrôle par Renault, en 1999, alors que cette première périclitait, lestée de 17 milliards d'euros de dettes. Ironiquement, c'est donc à Nissan que Carlos Ghosn doit sa chute.

Après avoir redressé l'entreprise au forceps en faisant le ménage dans les fournisseurs et en fermant les usines les moins productives pour surcharger les autres, C. Ghosn alors directeur général de Nissan était qualifié de « cost killer ».  Des méthodes radicales qui l'ont propulsé comme directeur général de Renault en 2005, succédant à Louis Schweitzer.

Depuis, le PDG a décliné sa méthode Nissan de compression des coûts et des délais de production des véhicules chez Renault, quitte à faire plonger la qualité des véhicules. Et au prix d'une facture sociale pour le moins salée avec austérité salariale, baisse de l'emploi et sa précarisation, dégradation des conditions de travail, management pour forçat à l'origine de nombreux "burn out" et suicides. Une exploitation qu'il allait étendre aux ingénieurs, cadres et techniciens. Car personne n'était épargné par cette chasse aux "coûts" afin qu'une partie toujours plus grande des richesses produites bascule vers le coût du capital dont le salaire de Ghosn, les intérêts versés aux banques et les dividendes constituent le gros morceau !

Gel des salaires, mutualisations et augmentation de la productivité sont les maîtres mots des 2 accords de compétitivité que la direction de Renault met en place en 2013 et 2017.

La CGT Renault déplorait déjà plus de 23 500 suppressions d'emplois dans le groupe en 2015, faisant le bilan de dix ans de gestion Ghosn. « Intensification du travail, explosion des collectifs de travail, individualisation, mises en concurrence, turnover permanent, mise en incertitude économique Les dirigeants ont édifié un système managérial dramatique sur le plan humain et contre-productif. Le bilan humain est dramatique, avec des suicides dans les usines (filiales comprises) et au Technocentre, mais aussi l'explosion des maladies professionnelles ». 

Tout cela nuit à l'efficacité économique de l'entreprise devenue entreprise à faire du cash bien loin de sa vocation industrielle ! Dans un communiqué, la CGT rappelle que la production de véhicules en France a chuté de 53 % du volume total de Renault dans le monde en 2004, à 17 % en 2017. Nous sommes bien alors rentré avec Renault dans ce capitalisme mondialisé et financiarisé avec des multinationales qui dominent le monde et veulent imposer aux états leur dictature qui a mettre en danger l'humanité entière.

Homme fort de l'alliance Renault-Nissan, un attelage capitalistique original avec prises de participations croisées entre les deux groupes, le grand patron a souvent été accusé de privilégier le développement de la marque nippone au détriment de Renault. Celui-ci plaidait notamment depuis des années pour une fusion capitalistique entre les deux groupes, quitte à faire perdre à Renault, et à l'état français qui en est actionnaire, sa prééminence dans l'alliance. Renault détient en effet 43,4 % de Nissan, quand la marque japonaise ne détient que 15 % de Renault, la privant ainsi de droit de vote dans le groupe au losange.

Franco-libano-brésilien polyglotte, ce financier déguisé en grand patron de choc, surnommé Seven-Eleven (« sept-onze » en français) en raison de ses amplitudes horaires de travail, a une stature de dirigeant en apparence intouchable, tant qu'il n'était pas pris la main dans le sac pour fraude, vol du fisc et sans doute promoteur de l'évasion fiscale. Figurant systématiquement dans le haut du classement des dirigeants les mieux payés de France, (3ème patron de France le mieux payé) C. Ghosn engrangeait chaque année des salaires mirobolants, quitte à passer outre l'avis de ses propres actionnaires.

Au premier rang desquels l'état, qui détient encore 15,01 % du constructeur. En 2016, le conseil d'administration (CA) de Renault a ainsi maintenu la rémunération
de 7,2 millions d'euros versée à Carlos Ghosn, malgré son rejet par l'assemblée générale des actionnaires à 54,12 %, dont les représentants de l'état faisaient partie. Un vrai scandale camouflé par l'exécutif français de l'époque dont Emmanuel Macron faisait partie !

Un événement inédit dans le monde feutré du CAC 40, peu propice à être choqué par le niveau de rémunération des PDG. « Pour un grand patron comme Carlos Ghosn, il y a une forme d'impunité qui se construit à travers (la) sociabilité (des plus riches), dans les mêmes quartiers. Ils veulent aussi rester entre eux aux
conseils d'administration », analyse Monique Pinçon-Charlot.

Et la sociologue de préciser que « chez Renault, les syndicalistes représentants les ouvriers au CA n'ont pas le droit de siéger dans le comité de rémunération, ce qui garantit des milliers d'euros de rémunération au PDG mais pas que... ».

Emmanuel Macron interrogé a répondu qu'il serait vigilant à la stabilité de Renault certes, mais rien sur C. Ghosn alors qu'il aurait pu au moins demander sa démission et que s'ouvre rapidement une enquête fiscale dans la holding Renault-Nissan qui bizarrement a son siège aux Pays-Bas. Pour des raisons fiscales ? comme questionnait hier Eric Bocquet sénateur et spécialiste de l'évasion fiscale.

Cela est d'autant plus important que l'Etat français détient des capitaux dans cette holding. Rappelons également qu'au moment de la grande crise de 2009-2010 les constructeurs automobiles PSA et Renault ont bénéficié chacun d'une aide financière de l'Etat sous la forme de prêt (accordé par Sarkozy) d'une hauteur de 3 milliards chacun.

A quoi ont servi ces aides, quelle utilisation de l'argent et pour quel résultat en termes d'emplois et de productions en France ? Le scandale Ghosn fait émerger toutes ces questions qui font qu'il n'est pas acceptable que Macron s'en prenne aux chômeurs alors que les voleurs du fisc restent impunis et puissent garder la direction d'un groupe comme Renault.

Sources l'Humanité et la CGT

Publié dans Finances-riches, Industries

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