Campagne communiste. Le pouvoir d’achat des plus modestes dérouille, les travailleurs pauvres se multiplient

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Campagne communiste. Le pouvoir d’achat des plus modestes dérouille, les travailleurs pauvres se multiplient

Le mouvement social actuel aurait pu exploser bien avant. Car depuis 10 ans, le pouvoir d'achat des plus bas revenus est en berne. Selon les données de l’Insee, le niveau de vie moyen des 40 % de Français les moins riches a diminué entre 2008 et 2016 (dernière année connue), cette diminution étant d’autant plus importante que les revenus sont faibles.

Le chômage élevé, l’évolution du montant du Smic plus lente que celle des salaires (un seul « coup de pouce » en 2012) et le développement des emplois à temps partiel, voire très partiel, expliquent en bonne partie cet appauvrissement, d'autant que dans le même temps les produits de consommation de première nécessité s'envolaient en particulier les loyers qui prennent une part toujours plus importante dans le budget des familles.

Cette austérité patronale et gouvernementale (blocage du point d'indice depuis 10 ans) imposée est la cause première des inégalités. Ainsi le niveau de vie moyen avait augmenté de plus de 10 % entre 2000 et 2008, mais aussi entre 1992 et 2000, et ainsi de suite...

Si l’on regarde un peu plus loin que la crise financière, le creusement des inégalités apparaît nettement. L’écart entre le niveau de vie annuel moyen des 10 % des Français les plus pauvres et celui des 10 % les plus riches était de près de 48 000 euros en 2016, alors qu’il était de « seulement » 37 000 euros en 1996.

Cette situation a été aggravée par le poids pris par les dépenses contraintes (logement, assurances, abonnements, cantines) dans le budget des ménages. Un poids qui a toujours été croissant depuis 60 ans, mais qui a progressé fortement depuis le début des années 2000 (naissance de l'euro) et qui frôle désormais les 30 %. Une enquête de la Drees (sur des données de 2011) a montré que ces dépenses représentent 61 % du budget des personnes vivant sous le seuil de pauvreté et 39 % de celui des foyers « modestes » (situés entre le seuil de pauvreté et le 4e décile de niveau de vie).

Et si l’on inclut les dépenses alimentaires dans les dépenses pré-engagées, il ne reste alors aux 10 % des Français les moins aisés que 180 euros de revenu dit « arbitrable » pour payer les vêtements, les sorties ou encore... les pleins de carburant.

Ce revenu arbitrable s’élève à 380 euros pour les 10 % de Français de la tranche juste au-dessus et 540 euros pour les 10 % encore au-dessus.

En 2015, l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale (Onpes) avait calculé qu'il fallait pour vivre décemment dans notre société percevoir 1 424 euros pour une personne active seule et 3 284 euros pour un couple avec deux enfants. Au-dessus, bien au-dessus de ce dont disposent nombre de ménages.

On comprend mieux pourquoi les sentiments de pauvreté et d'injustice sociale sont très présents en bas de l’échelle sociale (les ouvriers, les employés et les jeunes). Ils vont bien au-delà de ce que saisissent les statistiques officielles

Cela sentait donc la poudre depuis un certain temps comme l'ont démontré un certain nombre de  conflits sociaux dans les entreprises portant sur les salaires, le pouvoir d'achat.

Si la hausse des taxes sur les carburants a déclenché l’explosion, c’est parce qu'elle venait s'ajouter à une série de mesures d'Emmanuel Macron et du gouvernement, qui avaient en commun de grever le pouvoir d’achat des plus pauvres, de conforter celui des plus riches et des actionnaires dans les grandes entreprises qui battaient des records de dividendes alors que parfois dans ces mêmes entreprises l'emploi était cassé, la précarité généralisée et l'austérité salariale imposée comme un dogme de plus en plus incompréhensible.

Ce sont les cas de la diminution de 5 euros de l'APL, de la hausse de la CSG pour les retraites supérieures à 1 200 euros et, surtout, de la suppression de l’ISF et du nouveau cadeau de 20 milliards d'€ aux entreprises en 2019, qui ont choqué nombre de gilets jaunes et de nos concitoyens d'autant plus que rien n'était entrepris à l'encontre du coût du capital (dividendes - intérêts versés aux banques - optimisation fiscale -investissements à l'étranger etc.) qui ne cesse de progresser et de rendre de moins en moins efficaces l'activité productive et de service du pays, tout en la privant de moyens indispensables pour des investissements utiles et pour le progrès social.

Ainsi la CES a calculé qu'en moyenne, 1 764 euros ont été enlevés sur la seule année 2017 au salaire de chaque travailleur européen, comparé au début des années 1990. Cette méthode de calcul intéressante met en exergue le poids du coût du capital sur les revenus de chacun.

Il y a trente ans, la part des salaires dans la richesse créée (le PIB) représentait exactement 66 % (elle était de 70 % en 1975). Elle est tombée en 2017 sous les 55 % dans certains pays comme la Pologne ou la République tchèque, et à 62,9 % dans la moyenne européenne. Ce qui représente un manque sur la fiche de paye dépassant les 4 000 euros par an dans l'UE.

Cette politique malfaisante ne serait être cachée par l’augmentation en 2018 du minimum vieillesse et de l’allocation aux adultes handicapés (AAH). Celle-ci ne pèse que de peu de poids. D’autant que d’autres mauvaises nouvelles se profilent à l’horizon : désindexées de l’inflation, les retraites, l’APL et les allocations familiales n’augmenteront que de 0,3 % en 2019 et 2020.

Ainsi, personne ne sera surpris que les gilets jaunes ne tardent peut-être pas dès le début de l'année à ressortir des boîtes à gants des voitures, a occuper les ronds-points en conjonction et solidairement avec les actions syndicales dans les entreprises pour des rallonges qui ne soient plus des miettes mais soient de substantielles revalorisations de salaires et en premier lieu de SMIC !

Sources : Alternatives économiques, Humanité et CGT

Publié dans Economie

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