Gilets jaunes : après un samedi de lutte réussi, la balle est dans le camp de Macron...

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Gilets jaunes : après un samedi de lutte réussi, la balle est dans le camp de Macron...
Ce 4ème samedi de manifestations des gilets jaunes a été réussi avec près de 140 000 manifestants dans toute la France. Pourtant tout au long de la semaine tout à été fait pour dissuader les gens de se rendre dans la capitale, les peurs et les menaces prodiguées par le pouvoir ont été relayées à profusions par les médias. Leur discours était aux violences et non plus aux contenus du mouvement et les réponses que doit lui apporter le gouvernement.
 
Un nouveau samedi de lutte réussi
 
Malgré un arsenal répressif considérable (69 000 CRS et gendarmes mobilisés sur tout le territoire national), des interpellations préventives (sans soupçon démontré) qui bafouaient les droits des personnes et l'utilisation d'engins militaires, il n'a pas été possible au pouvoir d'endiguer les casseurs qui se sont livrés à des destructions et pillages, ont provoqué des affrontements violents avec les forces de l'ordre.. Ce fut donc un nouveau samedi noir à Paris où la maire fait état de dégâts considérables et aux coûts beaucoup plus importants que ceux du samedi précédent.
 
Une fois encore, il est démontré que la résolution d'un conflit social soutenu massivement par les Français dont une grande partie souhaite qu'il se poursuive, ne se résoudra pas par des mesures sécuritaires ni par la violence policière ni avec des miettes. Il ne pourra se résoudre que par la prise en compte concrète des demandes formulées par les gilets jaunes mais aussi l'ensemble du mouvement social qui s'élargit.
 
Un mouvement social qui porte des exigences fortes
 
Les actions dans la justice, des infirmières, des salariés des transports routiers, des ambulanciers, la poursuite d'actions chez les cheminots, et chez les retraités qui exigent l'annulation de la CSG, celle des salariés dans plusieurs entreprises, ou les lycéens et étudiants entrés massivement dans la bagarre, se sont conjuguées avec les mobilisations des gilets jaunes.
 
Ce mouvement social porte des exigences solides, justes et très souvent communes. Il a déjà marqué des points importants avec les reculs du gouvernement : annulations des hausses prévues sur les carburants, des mesures portant sur les contrôles techniques et des hausses d'EDF et GDF, alors qu'il répétait qu’il ne cèderait jamais.
 
Ces premiers reculs sont d’une importance capitale face à un pouvoir qui a théorisé le fait qu’il ne bougerait jamais face au mouvement populaire. Faute d'une appréciation juste du rapport des forces, le pouvoir a voulu manoeuvrer. Ses reculs sont alors venus trop tard et comme ils ne font rien de plus dans les portes monnaie à la fin du mois, les mobilisations se sont poursuivies et amplifiées et souvent radicalisées ! 
 
Le soutien de l'opinion publique ne se dément pas
 
Le mouvement des gilets jaunes exprime à sa manière ce que tout le monde veut : "rien ne va plus, on veut vivre et ne plus survivre !", avec l'exigence d'une revalorisation des salaires et en premier du SMIC demandée à 1800 euros bruts. Ce mouvement a eu l'appui de 85% de l'opinion publique, du jamais vu ! Malgré les violences des deux derniers samedis, ce soutien ne s'est pas démenti puisqu'il atteint toujours les 75% le 9 décembre.

Pourtant nous assistons à un basculement de l’effet de ce mouvements sur le pouvoir. Certes, il a essayé de diviser et de faire peur en ne montrant que les violences à Paris ou au Puy, mais après les premiers reculs du gouvernement, les quotidiens classés à droite ont changé de ton.
 
Jusque-là, comme la droite, ils soutenaient plutôt le mouvement des gilets jaunes. Ils appellent maintenant à la fin de la récréation et demandent de « l’ordre ». Le Figaro n'est pas le dernier, et Les Echos, le journal des milieux d’affaires, explique que ces concessions suffisent et tentent de classer les gilets jaunes en « raisonnables et déraisonnables ».
 
La peur d'une conjonction entre les luttes d'entreprises et les mouvements citoyens s'est emparée du pouvoir
 
En vérité, les portes voix du capital comme le capital et les libéraux, s’inquiètent que d’importantes questions commencent à être débattues voire à être portées par le mouvement : le pouvoir d’achat et la revalorisation des salaires, l’augmentation du SMIC à 1800 € bruts, le retour de l’ISF, l’utilisation des 40 milliards du CICE pour les salaires et l’emploi, des Etats généraux de la fiscalité… Voilà ce qui les inquiète, leur fait peur...
 
On s’inquiète aussi en haut lieu qu'une conjonction ait lieu entre les luttes dans les entreprises pour les salaires avec le mouvement des gilets jaunes et d'autres mouvements citoyens comme l'a fort bien noté Raymond Soubie ancien conseiller de N. Sarkozy.
 
La jonction des cortèges de gilets jaunes et de ceux de la CGT samedi dernier les a alertés, ils ont pris peur. Des collectifs antiracistes comme les comités Adama et Rosa Parks se sont mêlés aux manifestants. Les mouvements de la jeunesse lycéenne et étudiante qui se fait entendre, se sont rapprochés des gilets jaunes. Une jonction pourrait se faire entre la France dite périurbaine, rurale et les quartiers populaires ; les travailleurs des usines et des services publics et les paysans. Certes nous n'en sommes encore là, mais les prémisses existent.
 
La journée d'action de portée nationale de la CGT du vendredi 14 décembre pour le pouvoir d'achat, les salaires, le SMIC et l'emploi devrait y contribuer fortement. C'est la prochaine étape d'expression commune et de convergences des mouvements sociaux et citoyens pour la justice sociale, la démocratie et le progrès environnemental.
 
Vendredi 14 décembre, nouvelle étape de mobilisations

Les colères « retenues » depuis des années explosent. C’est le résultat des humiliations, de la non écoute des classes populaires depuis près de trente ans dont le refus de reconnaitre les résultats du référendum de 2005. Précisément, ces traités ont poussé à cette politique économique liant austérité salariale, renforcement de la fiscalité indirecte, réduction des services publics, privatisations alors que l’impôt sur les grandes entreprises et les plus fortunés diminuait entrainant un coût du capital tel, qu'il met en danger la France et son peuple.
 
M. Macron a accentué tous les effets négatifs de ces orientations. Il a amplifié la colère avec son mépris et son arrogance affichés à l’endroit des travailleurs et des privés d’emploi.
 
Comme le précise Patrick Le Hyaric, la machinerie gouvernementale et du Medef se déploie pour vider le mouvement des contenus qu’il porte en le limitant au rejet de la fiscalité, faire croire qu’il faut « diminuer les dépenses publique » donc les services publics et le niveau de protection sociale.
 
Que prépare un tel déchainement, cette mise en condition de l’opinion publique ? Pour justifier quoi lundi ou mardi ?
 
Macron doit répondre concrètement et cesser de tergiverser
 
L'intervention d'Emmanuel Macron va nous éclairer sur sa volonté ou pas de sortir du conflit social dans lequel il a mis le pays. Selon les médias, il devrait annoncer de nouvelles mesures pour tenter une sortie de crise. La prudence doit être de mise car ce ne serait pas la première fois que la montagne accoucherait d'une souris, si le chef de l'Etat n'ayant pas encore perçu la profondeur du mouvement s'amusait à annoncer des mesurettes au moment même où son entourage dit qu'il ne céderait pas sur le rétablissement de l'ISF.

En effet Emmanuel Macron a une réelle difficulté à appréhender le mouvement des gilets jaunes, d'où il vient (la profondeur de la pauvreté et des inégalités sociales et fiscales) et ce qu'il porte comme exigences fortes. Cela est fâcheux, alors qu’une parole présidentielle est très attendue.

Ce lundi matin, les syndicats et organisations patronales seront reçus, avec, côté syndicats, un message offensif appelant à des mesures fortes immédiates notamment la revalorisation du SMIC qui sera décidée vendredi 14 décembre. Ce qu’E. Macron perçoit nettement désormais, c’est le rejet de sa personne, comme au Puy-en-Velay où il fut coursé au cri de « Macron démission » !

Le chef de l’État va devoir annoncer de nouvelles mesures, mais ses ministres multiplient les obstacles croyant pouvoir régler ce conflit social par le pourrissement. Ainsi Bruno Le Maire (Économie), pour qui les troubles représentent « une catastrophe pour notre économie ». Muriel Pénicaud (Travail) en a appelle à la générosité spontanée des entreprises pour « augmenter les salaires », mais rejette une revalorisation du SMIC après avoir seriné son dogme que la compétitivité des entreprises ne le permettait pas.

D'autres sont encore sur la méthode croyant échapper au contenu, comme B. Grivaux qui affirme : « à l’évidence, nous avons sous-estimé le besoin de nos concitoyens de prendre la parole, de dire les difficultés qui sont les leurs et d’être associés à la construction des solutions ». Sauf que ce monsieur semble ignorer que les portes monnaie ne se remplissent pas ni avec de la pédagogie ni avec de la monnaie de singe mais avec du sonnant trébuchant !

Édouard Philippe lui abonde : « Le temps du dialogue est là » et « il faut désormais retisser l’unité nationale ». La « pédagogie » des réformes qui aurait fait défaut… l’argument ne porte plus parmi les gilets jaunes. Il semble prêt à porter le chapeau de la baisse des APL ou de l’instauration de la limite à 80 km/h, deux « conneries » selon Macron, qui se dit « pas aidé ». Ambiance…!

La suppression de l’ISF, le marqueur du macronisme

Alors quelles mesures ? Le retour de l’impôt sur la fortune ? Gérald Darmanin, le ministre des Comptes et de l’Action publics, a répété ce que Macron avait la veille déclaré en Conseil des ministres : « Nous ne reviendrons pas sur la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune. »  Le lendemain, vendredi, il précisait au Figaro : « Taxer de nouveau plus le capital, qui crée le travail, pour satisfaire le ressentiment de certains, non. »

Or, la démonstration n’est toujours pas faite que cet argent économisé par les riches profite bien à l’économie réelle et pas seulement aux paradis fiscaux.

La suppression de l’ISF, est devenue le marqueur du macronisme. Difficile pour Macron d’y revenir sans s’en trouver irrémédiablement fragilisé pour la suite, et notamment pour sa réforme des retraites que personne ne demande.

Le réel, disait encore Lacan, « c’est quand on se cogne ». Après une quatrième journée de mobilisation des gilets jaunes, une cinquième sur les rails, la journée d'action syndicale du vendredi 14 décembre, c’est bien le réel qui frappe à la porte de l’Élysée, et il faudra bien qu'il soit entendu. Au chef de l'Etat d'assumer ses responsabilités.

Il est attendu, l'issu du mouvement ne tien qu'à lui et aux forces sociales mobilisées qui ne doivent rien lâcher.

Le mouvement populaire qu'elles ont déjà créé, en devenant plus large, plus uni, encore plus déterminé et plus conscient, pour la justice et l’égalité, sera de nature à relever les défis posés par la transformation sociale, démocratique et écologique. Tel est l'enjeu de fond.

Publié dans Luttes sociales

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article