Intervention de Denis Durand au Conseil National du PCF le 26 janvier.

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Intervention de Denis Durand au Conseil National du PCF le 26 janvier.

Fabien Roussel a souligné qu’un débat approfondi sur les projets politiques est la condition de toute recherche d’unité à gauche, d’autant que l’Europe est précisément l’une des questions sur lesquelles la gauche se divise.

Les élections européennes sont une excellente occasion de faire entendre nos idées dans le paysage politique.

En désignant la porte-parole d’Oxfam comme tête de liste, Jean-Luc Mélenchon s’est donné les moyens de mener fortement campagne sur l’évasion fiscale. Nous sommes nous-mêmes très présents sur cette question. Mais ce n’est pas pour limiter nos conceptions à l’illusion qu’il suffirait de « prendre de l’argent aux riches pour donner aux pauvres », comme le préconise un Thomas Piketty, ou comme le propose la FI dans l’optique de « solidarité interclasse » qui a inspiré son « contre-budget ». Dans ce cas, nous n’aiderions pas à gagner la bataille des gilets jaunes contre Macron.

Si nous avons voté à 80 % au congrès de proposer Ian Brossat comme tête de liste, c’est parce que le congrès est porteur d’une cohérence révolutionnaire : à partir de l’indignation populaire, s’attaquer au coût du capital pour mettre concrètement en cause sa domination sur l’économie, sur la société, sur la nature. Cette cohérence est indispensable pour nous permettre de faire une campagne européenne offensive.

C’est par exemple ce qui semble manquer, pour l’instant, à un Jeremy Corbyn pour sortir de l’embarras où l’enlisement du Brexit plonge la gauche britannique. Il faut pouvoir dire : voilà la stratégie de lutte que nous proposons en Europe pour imposer une tout autre coopération que la réalité actuelle, avec quelles forces et quels alliés.

Un tel langage répondrait aux inquiétudes des citoyens sur le réchauffement climatique, sur la montée des extrêmes-droites, sur les risques économiques et financiers. Douze ans après 2007, un nouveau choc se prépare. Comme l’indique notre document de congrès, pour conjurer la montée des périls il faudrait coopération et paix mais pour le moment ce qui l’emporte c’est affrontement généralisé sur le dos des peuples européens.

Trump tente de retarder la prochaine récession en poussant les feux de la croissance financière au service de Wall Street et des multinationales américaines, au risque de rendre la chute encore plus brutale. La guerre commerciale qu’il a lancée affecte la Chine. L’Allemagne est touchée. Le ralentissement est amorcé en France, comme le montre la note de Frédéric Boccara qui sera très prochainement disponible sur la newsletter d’Économie et politique.

Pour sortir de l’effacement, nous devons dire quelles propositions précises nous faisons pour une Europe qui permette de faire face à cette montée des périls. Pas celle des replis nationalistes qui nous livrent en ordre dispersé aux impérialismes et aux marchés financiers. Pas l’Europe fédéraliste de Macron qui veut mobiliser la puissance de la coopération européenne au service du capital, pour la guerre économique, sous l’hégémonie des États-Unis et du dollar, comme l’a montré l’affaire Alstom. Pas non plus le fédéralisme de gauche, se réclamant à tort ou à raison de Keynes, qui inspire des courants comme celui de Benoît Hamon. Mais celle des luttes convergentes contre le capital, pour prendre le pouvoir sur l’argent.

Et pour cela nous avons besoin de mutualiser et de coopérer. Il y a des mesures fiscales à préconiser en Europe pour baisser partout les taxes qui pèsent sur les ménages modestes (TVA) et pour harmoniser vers le haut les impôts sur les bénéfices des grandes sociétés, afin d’inciter à des économies de capital matériel et financier.

Et il faut surtout s’attaquer au cœur de la construction européenne actuelle : l’euro au service des marchés financiers. À la dernière réunion de son Conseil des gouverneurs, la BCE vient de prendre acte de son impuissance devant la faiblesse économique de la zone euro, en renonçant à assigner un terme à sa politique de taux négatifs. Elle prête 700 milliards d’euros aux banques, à moins de 0 %, avec pour seule conditions qu’elles fassent des crédits aux entreprises. Mais qu’en font les entreprises ? Dans nos luttes sociales, imposons que ces crédits soient réservés aux investissements qui développent l’emploi, la formation, la recherche, la création de richesses dans les territoires, l’écologie.

La BCE a acheté pour 2 600 milliards de titres sur les marchés financiers qui s’en servent pour renforcer encore leur pression sur les États européens. Exigeons que cette masse d’argent finance des projets de développement des services publics, de la santé, des transports, démocratiquement décidés dans chaque pays de l’UE, par l’intermédiaire d’un fonds de développement économique, social et écologique solidaire européen !

Soyons plus offensifs. Notre liste n’est pas seulement une belle vitrine. Ce sont 79 candidates et candidats pour porter un message politique très puissant. Le rassemblement à gauche n’aura lieu que si nous prenons garde de ne pas laisser des considérations tactiques brouiller ce message en occultant, une fois de plus, les débats de fond.

 
 
 

Publié dans Europe, PCF

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