Europe : des soulèvements à l’Est remettent la question sociale sur le devant de la scène

Publié le par Front de Gauche de Pierre Bénite

Gigantesque manifestation en Hongrie

Gigantesque manifestation en Hongrie

Si la France est fortement secouée par un mouvement social long et multiformes et au contenu revendicatif élevé, elle n'est pas une exception, d'autres pays d'Europe sont dans le même cas, notamment dans l'Est de l'Europe sur lequel la CGT fait le point.

Parmi ces pays, certains tenus par des régimes autoritaires et ultranationalistes, face auxquels on avait l’impression que les populations restaient passives et attentives, on les voit se réveiller.

Des manifestations importantes révèlent l’espoir qui étreint des sociétés où les oppositions progressistes organisent la résistance, syndicats en tête. Un vent de fronde souffle sur la Hongrie d’Orban et sur la Serbie de Vucic, quand le meurtre odieux du maire de Gdansk Paweł Adamowicz, qui était l’antithèse de la majorité qui gouverne le pays (ouvert aux réfugiés, défenseur de la cause LGBT, proeuropéen convaincu), a suscité un tollé général qui prouve que l’espoir d’une alternative politique de gauche et progressiste demeure.

Climat de haine en Pologne. Paweł Adamowicz, maire progressiste de Gdansk, est décédé de ses blessures dimanche 13 janvier. Un meurtre qui révèle un climat de haine entretenu par La majorité ultraconservatrice et populiste du PiS (Droit et justice), menée par l’homme fort du pays, Jaroslaw Kaczynski. C’est en pratiquant des purges sans précédent dans la fonction publique, les médias publics et l’armée que le gouvernement assoit son autorité dans une dérive autoritariste aux relents de patriotisme et de nationalisme entremêlés.

La Pologne est sous le choc après l’attaque au couteau perpétrée dans la soirée du dimanche 13 janvier contre Paweł Adamowicz, maire de Gdansk. Alors qu’il participait, comme de nombreux autres Polonais, à une collecte de fonds, il a été poignardé sur scène devant des centaines de personnes.

Des milliers de Polonais ont manifesté le soir en silence dans plusieurs villes du pays en hommage à Paweł Adamowicz et contre la « haine ». Par ces rassemblements ils ont voulu adresser un avertissement au parti de la droite ultraconservatrice « Droit et justice (PiS) », qui règne sans partage sur la Pologne depuis 2015.

Soulèvement en Serbie. Depuis le 8 décembre, des milliers de Serbes défilent chaque samedi dans Belgrade afin de dénoncer la violence du régime du président, Aleksandar Vucic.

Ancien membre de l’ultranationaliste Parti radical serbe, Aleksandar Vucic a été élu président, le 31 mai 2017, sous les couleurs du Parti progressiste serbe, une formation centriste et proeuropéenne. Cependant, sa politique n’a rien de progressiste. Violence politique (notamment contre l’opposition de gauche), musellement des médias et de la société civile sont le quotidien d’un régime qui entend cadenasser la Serbie.

Les manifestations qui se déroulent depuis chaque samedi demandent la tenue d’élections « libres et transparentes ». Une opposition qui dessine un espoir dans une Serbie tenue sous la férule d’un autocrate qui dénie toute légitimité aux manifestants.

Orban face à la contestation de la rue. L’adoption d’une nouvelle loi sur le travail qui permet désormais aux employeurs d’exiger jusqu’à 400 heures supplémentaires par an a mis le feu aux poudres en Hongrie. Les résistants à ce texte l’ont qualifié, fort justement, de « loi esclavagiste ». Depuis, le gouvernement essuie un vent de contestation
qui, outre l’abrogation de la loi travail, exige le retrait d’une autre loi qui crée des juridictions spécifiques pour les dossiers sensibles comme les appels d’offres publics ou les contentieux électoraux, alimentant les craintes d’atteinte à l’indépendance de la justice.

Depuis son arrivée au pouvoir, l’ultranationaliste Viktor Orban a modifié le système électoral pour favoriser son parti, le Fidesz, et a mis ses fidèles à la tête des institutions publiques, tandis que ses alliés s’enrichissaient. Il a été réélu en avril 2018 en faisant campagne contre l’immigration.

À l’initiative des centrales syndicales, Confédération nationale des syndicats hongrois (MASZSZ), Forum pour la coopération des syndicats (SZEF), Confédération des syndicats professionnels (ESZT), un comité de préparation des grèves et des manifestations a été mis en place avec des acteurs de la société civile. Les revendications formulées sont centrées sur la révision du Code du travail, l’assouplissement de la loi sur le droit de grève et l’organisation d’un véritable dialogue social.

Résistances disparates, déclencheurs différents selon les pays, mais à l’Est, quelque chose dans l’air a changé.

La question des salaires minima dans les pays de l’est de l’Union européenne, où ils sont souvent insuffisants pour couvrir le coût de la vie réel des travailleurs et de leur famille, même avec une conception très minimale de ce qu’ils sont, reste au coeur des revendications portées par les syndicats. Des revendications qui s’inscrivent plus largement dans la campagne de la CES « pour une augmentation des salaires », qui prend ici une urgence et une résonance particulière.

ML pour la CGT

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