Macron tente de rouler les jeunes dans la farine. Pas si simple !

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Macron tente de rouler les jeunes dans la farine. Pas si simple !

Ne voulant pas discuter avec les gilets jaunes, Macron se replie sur les jeunes.

Le président de la République a consacré le sixième rendez-vous de sa tournée solo de campagne, à la jeunesse. En Saône-et-Loire, cela aurait du être une promenade de santé, que nennie, les jeunes ont posé des questions pertinentes qui sont le reflet de la crise actuelle.

Des journalistes et des ministres ont tenté de nous faire croire que les jeunes aimaient ce président jeune. Il fallait oser, tant depuis le début de son mandat Macron néglige totalement la jeunesse. Son électorat était d’ailleurs loin d’être le plus jeune de l’élection présidentielle (18% chez les 18-24 ans, contre 21% pour Marine Le Pen).

La 6ème étape du "grand débat national" ou plutôt de sa campagne électorale, à Étang-sur-Arroux (Saône-et- Loire), où Macron devait s’adresser à un millier de jeunes de 15 à 25 ans (lycéens, étudiants, apprentis et volontaires du service civique), était censée combler le mépris pour cette « part de marché » électoral, comme raisonne les libéraux

D’entrée, Macron a donné aux jeunes intervenants une règle surprenante : « Si vous avez une question – y compris non travaillée avec les enseignants ou l’encadrement, semblait-il sous-entendre – posez-la. (…) À chaque fois qu’on vous a dit “ça c’est pas dans le jeu”, c’est qu’on n’avait pas la réponse, ou qu’elle était mauvaise. »

Stupéfiant de la part d'un pouvoir qui, quand il donne la parole aux élus, ou quand il l’organise sur la plateforme grand-debat.fr, exclut de fait du champ de réflexion un certain nombre de questions (salaires, rétablissement de l’ISF, évaluation du Cice, référendum d’initiative citoyenne…). Seules quelques paroles fortes perturbent parfois de trop sages interventions

Beaucoup d’interventions étaient très écrites – voire téléphonées –, ce qui a permis au président de vendre une fois de plus sa politique sans être trop déstabilisé.

Mais sans doute était-ce moins dû à l’intimidation qu’aux contraintes : peu d’élèves ayant été autorisés à parler, on imagine mal que l’encadrement les ait laissés complètement seuls face à leur copie.

Reste qu’il y a eu quelques surprises, notamment cette jeune fille, Estelle, qui, s’adressant à ses « frères humains », a livré un émouvant plaidoyer improvisé pour une meilleure intégration des handicapés, autistes particulièrement, dans le système éducatif. Une intervention longuement applaudie.

Le président de la République a été un peu plus bousculé par la suite. Alexandre, en lycée agricole, a pointé « la situation de détresse des paysans », les suicides, les « campagnes à l’abandon » (lire en page 4)…

« N’ayez pas peur », a répondu Emmanuel Macron, renouant par-delà les années avec un Jacques Chirac qu’on disait déconnecté de la jeunesse lors du débat télévisé d’avril 2005 sur le traité constitutionnel européen. Certes, « beaucoup d’agriculteurs ne vivent plus du prix payé », a répondu le chef de l’État. Mais la « réforme » en cours « protège (et) accompagne » le secteur vers des « modèles différents » : l’agriculture intensive pour l’export (l’industrialisation de la production agricole, « faut y aller », dit-il), un modèle « plus spécialisé sur la qualité », AOC, AOP (« la marque » dont les paysans « vont vivre de mieux en mieux »), le bio…

Là, le chef de l’État est coupé dans son élan : « On a des problèmes sur les aides au bio », l’interpelle un autre étudiant en lycée agricole. « Elles arrivent à
l’heure, maintenant », lui rétorque le président. « Mais hier, on a reçu une lettre » : les aides seront encore « décalées ». « Pour quelle année ? » « 2017, 2016… » « Oui mais 2015 a été versée », ose Emmanuel Macron, avant de comprendre qu’il faudra « s’y atteler »…

La parole – un peu – libérée, d’autres se sont engouffrés dans la brèche. Coraline, 27 ans, qui touche « 400euros » en insertion, parle de ses factures de logement et d’essence. Baptiste, étudiant en Staps, qui prépare le concours de professeur, s’inquiète des « réductions de postes » dans la filière sport. Estelle, étudiante étrangère dont la carte de séjour ne sera « plus valable après ses études », à moins de trouver un travail à « 2 281euros par mois », ce qui est « impossible au Creusot ». Thomas, qui trouve « les critères trop sélectifs en médecine » alors qu’on manque de médecins en France…

Ce rendez-vous a-t-il dessiné « la France de dans dix ans, de dans vingt ans, (qui est) la vôtre beaucoup plus que la mienne », comme l’a lancé le chef de l’État aux jeunes ?

Ils ont brossé des questionnements loin de l’individualisme où on aime à les rejeter. Auront-ils été entendus ? ■

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