Colère et mobilisation dans l'enseignement...

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Colère et mobilisation dans l'enseignement...

La grève des enseignants a été très suivie. Plus de 41% des professeurs des écoles et 20% dans le second degré ont répondu à l'appel des syndicats le 19 mars.

Sans surprise, car celles et ceux qui suivent ces questions de près, il n'y a pas d'étonnement tant les causes de la colère sont réunies chez les enseignants et les parents d'élèves avec une situation qui se dégrade mettant à mal les conditions d'enseignement des élèves, avec le projet de réformes de Macron dans la fonction publique et dans l'éducation (Réforme Blanquer) où le choix de l'élitisme et la sélection dominent contre le droit de chaque élève à réussir sa scolarité avec une école publique garante de son accès à chacun, de l'égalité, de la laïcité et et de la gratuité. L'école de tous et pour tous !

Selon le SNUipp, syndicat majoritaire dans le premier degré, les taux de grévistes allaient jusqu'à 70 % dans certains départements. Dans le second degré, la grève a été plus suivie que les précédentes, avec 20 % de grévistes.

La mobilisation dans les lycées ne surprend pas car ils verront les filières générales S, L et ES supprimées à la rentrée, ce qui ne manque pas d'inquiéter enseignants, élèves et parents..

Cette participation est importante à souligner, d'autant que plusieurs syndicats enseignants n'appelaient pas à l'action ce 19 mars comme le Snalc, le SGEN-CFDT ou le SE-UNSA.

Cela démontre que les enseignants sont très sensibilisés aux questions interprofessionnelles actuelles portées par les initiateurs du 19 mars. Les enseignants comme tous les salariés savent dépasser les corporatismes pour exprimer leur solidarité avec l'ensemble des professions. "Ce n'était pas une grève de l'éducation, et les enseignants s'en sont saisis ", se félicite ainsi Francette Popineau, secrétaire générale du SNUipp-FSU, signataire de l'appel à la grève.

La grève couvait depuis un moment. Le vote à l'Assemblée de la loi " pour une école de la confiance " a " ébranlé " les professeurs des écoles qui voient se profiler la possibilité de regroupements entre écoles et collèges dans des " établissements publics des savoirs fondamentaux ". " Les enseignants se sont sentis dépossédés de cette loi, juge Francette Popineau. Ils ont bien vu que leurs représentants n'avaient pas eu leur mot à dire. " Ils voient dans l'article 1 un " serrage de vis ".  Cet article, présenté comme un préambule du texte, rappelle " l'engagement et l'exemplarité " des fonctionnaires de l'éducation nationale.

Il ne crée aucune obligation juridique supplémentaire pour les enseignants… " mais il est vécu comme une intimidation ", avance Francette Popineau.

Enfin parmi les causes de cette colère le refus du Ministre Blanquer " de discuter, de dialoguer, c'est l'autoritarisme avant tout. Selon les syndicats, plusieurs rappels à l'ordre envoyés par le ministère ou les chefs d'établissement et diffusés sur les réseaux sociaux ont cristallisé la colère. Il y a eu, le 8 mars, la lettre de la direction des ressources humaines qui qualifiait le refus de certains enseignants de faire passer les évaluations obligatoires en CP de " faute professionnelle ".

De même, le fait de " mettre 20/20 " à tous les élèves, ou de ne pas remplir les bulletins du semestre a valu des rappels à l'ordre à certains enseignants mobilisés contre les réformes.

" Je n'étais pas convaincue que l'évaluation pouvait être un levier fort"  concède Claire Guéville, chargée des lycées au SNES-FSU. "Mais la réaction du ministère devant ces mouvements, a montré qu'aucun dialogue n'était possible. "

Ces dernières semaines, les professeurs du lycée ont privilégié des mobilisations dont les modalités se diffusent d'un établissement à l'autre dans une logique de " collectif autogéré " par les enseignants : démissions de postes de professeurs principaux, refus de remplir les bulletins, happenings divers.

Le premier degré n'est pas en reste avec les " stylos rouges ", un mouvement né sur Facebook et difficile à quantifier, qui encourage lui aussi les actions comme la rétention de notes. L'appel à la grève a aussi mobilisé dans ses rangs.

La profession est plutôt familière de ce mode d'action, rappelle Laurent Frajerman, spécialiste de l'engagement enseignant et chercheur à l'institut de la FSU ainsi qu'à Paris-I-Panthéon- Sorbonne : deux tiers des enseignants ont déjà fait grève au cours de leur carrière, contre un tiers de tous les salariés français, selon ses chiffres.  " Si le climat devient porteur, le potentiel de grève est important dans l'éducation nationale. Les petites actions - des dernières semaines - peuvent être considérées comme préparatoires, dans une profession où l'étape d'après reste toujours la manifestation ", avance-t-il.

La prochaine est prévue le 30 mars, à l'appel de l'ensemble des syndicats enseignants.■