La tension monte entre Delevoye et les ministres Philippe et Buzyn sur la future réforme des retraites.

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

La tension monte entre Delevoye et les ministres Philippe et Buzyn sur la future réforme des retraites.

Pour mener à bout son travail sur la future réforme des retraites Jean Paul Delevoye souhaitait oeuvrer dans le calme, la sérénité et sans pression car il sait le dossier très explosif. Hélas pour lui, le 1er ministre et la ministre Buzyn se sont livrés à des déclarations, véritables ballons d'essai pour préparer l'opinion à un nouveau recul de l'âge du départ en retraite conformément aux voeux des libéraux de tout poil.

Le Monsieur Retraite est de ce fait au bord de la crise de nerfs pris entre le marteau et l'enclume avec d'un côté une pression du gouvernement pour introduire de nouveaux reculs sociaux et de l'autre des syndicats très méfiants qui n'entendent pas voir être remis en cause des acquis en cause comme l'âge de la retraite ou le niveau des pensions. Certains comme la CGT font même des propositions visant à sécuriser la situation des retraités et à garantir le départ en retraite choisi mais possible dès 60 ans.

Jean-Paul Delevoye tente de garder le cap avec les syndicats, très échaudés par les récentes déclarations sur l’âge de départ à 62 ans. Au point que dans l'entourage du ministre certains lâchent « Ça va chauffer » ! En effet, le haut-commissaire à la Réforme des retraites se serait bien passé de ces déclarations en chaîne de membres du gouvernement sur l’explosive question de l’âge légal de départ.

Une polémique amorcée le 15 mars sur Europe 1 par une petite phrase
d’Edouard Philippe sur un possible allongement de la durée du travail. Puis, quelques jours après, nouveau ballon d’essai de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. Et encore mercredi devant l’Assemblée où le Premier ministre a évoqué cette piste pour financer la réforme de la dépendance. Et le perroquet Griveaux qui n'en manque jamais une, vient d'en remettre une louche !

Impossible, depuis, d’éteindre cet incendie qui, malgré les démentis, reprend à chaque nouvelle sortie des uns et des autres… Y compris les médias, depuis plusieurs jours  ils se mobilisent et préparent leur dossier pour tenter de démontrer à l'opinion que vivant plus longtemps, il faudrait travailler plus longtemps. La pression libérale est en marche et vient rajouter de la colère à la colère.

Résultat, les syndicats ont l’impression d’être menés en bateau. Certains évoquent même en coulisses le possible point de rupture ! « Si les choses ne sont pas très vite clarifiées, tout est possible », menacent plusieurs d’entre eux. Un véritable coup dur pour Jean-Paul Delevoye, ce vieux routier du dialogue social choisi par Emmanuel Macron pour tenter d'endormir les syndicats ou du moins tenter de construire des passerelles avec ceux qui sont prêts à accepter des reculs sociaux au nom du réalisme.

Il est furieux après Agnès Buzyn. En effet, le 10 octobre, c’est droit dans les yeux que le haut-commissaire et la ministre des Solidarités et de la Santé ont assuré aux syndicats que le gouvernement ne toucherait pas aux 62 ans. Une promesse d’ailleurs inscrite dans le programme de campagne de Macron. « Ces engagements ne peuvent pas être remis en cause », a insisté, inquiet, hier le haut-commissaire dans le cadre d’un colloque au Sénat sur la future réforme intitulée « La parole aux partenaires sociaux ».

Et d’ajouter : « Quand il y a la tempête médiatique, il faut laisser retomber la poussière. »

En effet, depuis près d’un an, Jean- Paul Delevoye mène la concertation auprès des partenaires sociaux avec prudence. Les échanges en mode « déminage » doivent se poursuivre jusqu’à la fin mai-début juin, avant la remise des propositions, puis les arbitrages de l’exécutif et la présentation d’un projet de loi cet été. « Alors qu’il est encore au milieu du gué, sa méthode est maintenant écornée », fustige un proche du dossier.

« Les échanges sont francs et directs car il y a de la confiance. Mais désormais, il y a de la défiance », assène Philippe Pihet, le négociateur de Force ouvrière. « Pas vis-à-vis du haut-commissaire, mais vis-à-vis du gouvernement », poursuit-il. Et de qualifier d'« expert en bricolage », la ministre Agnès Buzyn.

Le négociateur de FO n’est pas seul à bouillonner. « Que cherche le gouvernement ? Pourquoi plombe-t-il ce dialogue constructif s’exaspère un responsable syndical de la CFTC. "Ils savent bien que les 62 ans, c’est une ligne rouge des syndicats".

Même Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, a exigé une « clarification » sur les intentions du gouvernement concernant l’âge légal de départ à la retraite. ■

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