Qui sont les Gilets jaunes et que demandent-ils ?

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Qui sont les Gilets jaunes et que demandent-ils ?

Alors que le grand débat organisé pour répondre à la colère des Français exprimée par de multiples luttes sociales est terminé, l'Observatoire société et consommation (Obsoco) publie une étude sur le profil des "Gilets jaunes" dont le mouvement est inédit par son ampleur, sa durée et le soutien qu'il rencontre dans l'opinion publique.

Qui sont les gilets jaunes?

L'Observatoire société et consommation (Obsoco) s'est penché sur la question. Un panel de 4000 personnes âgées de 18 à 70 ans et représentatif de la population française a été interrogé.

«Si on les caricature, on risque de ne pas les comprendre. Il faut se départir du profil type, des stéréotypes» précise d'emblée Philippe Moati, professeur d'économie à l'université Paris Diderot, co-fondateur de l'Obsoco et en charge de cette étude.

«L'ampleur du phénomène est considérable. Ce mouvement touche quasiment tout le monde. C'est loin d'être un phénomène marginal» constate Philippe Moati. En effet. L'enquête révèle que 49% des personnes interrogées se considèrent «gilets jaunes» et qu'au total, «le mouvement impliquerait d'une manière ou d'une autre quelque 60 % de la population».

Un profil proche de l'ensemble des Français

Le profil des 49% de «gilets jaunes» actifs n'est pas éloigné de l'ensemble de la population française. «Si on cherche des différences, on en trouve. Mais elles sont modestes.» Il ressort que les «gilets jaunes» impliqués dans le mouvement sont un peu moins diplômés que la moyenne nationale: 38% de CAP/BEP contre 25 % pour l'ensemble de la population et 12% de bac+2 et plus, contre 21 % pour la moyenne nationale. Ils sont surreprésentés parmi les CSP - (42 % des «gilets jaunes», contre 36 % dans l'ensemble de la population). Ces chiffres s'explique par la forte implication des ouvriers. Les artisans, commerçants et chef d'entreprise de moins de 10 salariés sont également surreprésentés.

Concernant l'âge et le sexe des «gilets jaunes», il n'y a «pas trop de différences» avec l'ensemble de la population.

L'enquête révèle seulement qu'il y a peu plus d'hommes parmi «les gilets jaunes les plus impliqués» et qu'ils sont un tout petit peu plus vieux que la moyenne (47 ans en moyenne contre 44 ans l'ensemble de l'échantillon interrogé).

«Géographiquement, ils ne vivent pas tant en périphérie que ça». Les habitants de la région parisienne sont légèrement sous-représentés par les «gilets jaunes» (13 % contre 19 % pour l'ensemble de la population) qui habitent davantage dans de petites et moyennes villes (de 2 000 à 100 000 habitants). Les habitants du Sud-Ouest sont surreprésentés chez les «gilets jaunes».

 

Qu'est-ce qui caractérise alors un «gilet jaune»?

Ils sont plus pessimistes que l'ensemble des Français, déjà relativement pessimistes. Ils ont aussi une défiance accrue vis-à-vis des acteurs économiques et institutionnels.

D'après l'étude, 63 % des «gilets jaunes» affichent un très faible niveau de confiance à l‘égard des partis politiques, des élus locaux, de l'Union Européenne, de la justice et des médias, contre 52 % sur l'ensemble de l'échantillon. Vis-à-vis du monde économique - grandes entreprises, grande distribution, industrie agroalimentaire: 61 % des «gilets jaunes» affichent un très faible niveau de confiance.

Politiquement, leur sensibilité, est proche de celle de l'ensemble de la population, ils ne se reconnaissant dans aucune tendance» note l'étude. Ainsi, 15% des «gilets jaunes» très impliqués se déclarent «très à droite». Ce qui n'est pas beaucoup plus que la moyenne (8 % dans l'ensemble de l'échantillon). La part des sympathisants de droite tombe à 7 % (13 %) et celle des personnes proches des mouvements écologistes à moins de 3 % (5 %).

Un gros manque de pouvoir d'achat

Comme beaucoup de Français «les gilets jaunes» veulent pouvoir consommer normalement et ne pas être privés par la faiblesse de leur pouvoir d'achat. Ainsi 33% des «gilets jaunes» très impliqués veulent pouvoir consommer plus, contre 24% de l'ensemble des personnes interrogées.

Beaucoup veulent un iPhone, pouvoir voyager en avion, partir en vacances...Mais tous ne le peuvent pas. D'où ce sentiment de frustration et d'injustice exprimé à travers la colère de beaucoup de gilets jaunes» mais aussi de Français et de retraités. La consommation est devenue très importante dans notre société. Mais pour beaucoup, y a un décalage entre le vouloir et le pouvoir d'achat ce qui conduit à des privations devenues insupportables.

Que demandent-ils?

Parmi les principales revendications des «gilets jaunes», trois reviennent fréquemment. En premier lieu: l'augmentation du pouvoir d'achat est citée par 66 % des «gilets jaunes» interrogés. Vient ensuite la baisse de la rémunération des élus et des hauts fonctionnaires d'État, citée par 58 % d'entre eux, puis la réduction des taxes sur les carburants qui revient dans la bouche de 53 % des «gilets jaunes».

En revanche, d'autres revendications comme le référendum d'initiative citoyenne, la possibilité d'abroger des lois, ou encore la réduction du nombre des élus et des représentants du peuple, peinent à réunir un consensus parmi les «gilets jaunes». L'environnement est aussi loin derrière.

Une synthèse en phase avec ces exigences

Après avoir traité les Cahiers d'Espoir remplis dans notre canton et une réunion de synthèse, nous constatons que les demandes fortes exprimées par les gens, qu'ils soient gilets jaunes ou pas, rejoignent ces exigences des Gilets Jaunes.

Ainsi, la première demande exprimée est celle d'une forte revalorisation des salaires et des pensions avec 3 exigences :

  • Porter le SMIC à 1800 € bruts avec une revalorisation équivalente des grilles de salaires dans les entreprises, la mise en oeuvre de l’égalité homme/femme et la limitation de 1 à 10 de l’écart entre les salaires.
  • Augmentation minimum de 200 € des pensions avec un minimum égal au SMIC net et indexation des pensions sur les salaires.
  • Revalorisation du point d’indice des fonctionnaires du même ordre que celle du SMIC

C'est sur ces bases que beaucoup de nos concitoyens déclarent vouloir poursuivre et amplifier les mobilisations en commençant par le 19 mars.

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