Après le tacle sur les libertés, l'ONU tacle à nouveau la France sur le logement

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Après le tacle sur les libertés, l'ONU tacle à nouveau la France sur le logement

Au terme d’une mission de neuf jours, la rapporteure spéciale des Nations unies sur le droit à un logement décent a dressé, ce week-end, un bilan critique de la situation en France.

La France de Macron s'était déjà faite accrochée par la haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Michelle Bachelet, ancienne présidente du Chili, qui a appelé les autorités françaises à enquêter sur les violences policières commises pendant les manifestations des « gilets jaunes » depuis la mi-novembre 2018. Cela fut fait en des termes mesurés : « Nous encourageons le gouvernement à poursuivre le dialogue et demandons urgemment une enquête approfondie sur tous les cas rapportés d’usage excessif de la force », a affirmé à Genève Michelle Bachelet.

Maintenant, l'ONU s'en prend sévèrement à la France de Macron sur la question du logement !

Comme quoi, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond en "Macronie", au point que notre pays n'apparait plus être le "pays des droits de l'homme" qui fut souvent pris en référence par les démocrates du monde entier. L'autoritarisme macronien est très visible chez nous, il l'est aussi devenu dans le monde au point que les institutions internationales sont obligées de ne pas laisser passer ce qui est de véritables remises en cause des droits fondamentaux.

Au terme de neuf jours de visite, Leilani Farha, la rapporteure spéciale des Nations unies sur le droit à un logement décent, a dressé un bilan très sévère de la situation des mal-logés et sans-logis en France. « Sur cette terre d’abondance, sixième puissance économique du monde, j’ai vu beaucoup de souffrances », a-t-elle résumé.

Ce qui caractérise la situation française, selon elle, c’est d’abord la contradiction entre de grands principes, parfois inscrits dans la loi, et une mise en pratique qui fait défaut. La France s’est ainsi dotée du temps de Jacques Chirac, du droit au logement opposable (Dalo), une avancée unique en Europe. Mais beaucoup de personnes jugées prioritaires Dalo sont toujours sans toit, parfois depuis dix ans, quand la loi fixe un délai maximal de six mois.

« Bien que la France ait un stock de logements sociaux, beaucoup n’y ont pas accès », a souligné la rapporteure.

Quelques 167 200 personnes ont pu être logées depuis 2008 grâce à la loi Dalo, notamment hors de la région parisienne, mais 62 900 étaient encore sans solution en février de cette année. Des abris de court terme mais aucune solution pérenne

L’accueil des sans-abri est un autre aspect contradictoire de la politique française. Il y a bien le 115, numéro de téléphone accessible 24 heures sur 24. « Mais quand vous appelez, personne ne répond ! » tranche Leilani Farha, qui en a fait l’expérience elle-même. « Il y a en France un droit inconditionnel à être mis à l’abri, mais il n’y a pas d’abris », a-t-elle aussi souligné.

De fait, le nombre de personnes sans domicile fixe (SDF) a crû de 58 % entre 2001 et 2012.

Des chiffres qui ont sans doute augmenté depuis, si en on juge par les 3 600 personnes à la rue décomptées à Paris lors de la dernière Nuit de la solidarité. « Le gouvernement fournit des abris de court terme, et encore, pas de façon très satisfaisante, et aucune solution de long terme », a fustigé la représentante de l’ONU. De fait, il n’est pas rare de voir des places d’hébergement proposées pour une nuit seulement ou, à l’inverse, des familles logées pendant des années dans des hôtels n’offrant pas des conditions de vie acceptables à long terme.

Rencontrée par la rapporteure de l’ONU, une Guinéenne, victime de violences sexuelles sur la route de l’exil, s’est ainsi retrouvée avec son bébé dans un de ces hôtels, dans une chambre sans fenêtre, juste en face des toilettes des hommes !

« La situation des sans-abri est due à l’échec de l’État à mettre en oeuvre le droit au logement, pas à des problèmes psychologiques, de drogues ou parce que ces gens sont feignants et sans emploi », a rappelé la représentante de l’ONU. Tout en saluant l’adoption du principe du « logement d’abord », elle s’est interrogée sur sa mise en application. « Je ne suis pas certaine que ça fonctionne très bien. »

Les expulsions systématiques sont des traitements cruels et inhumains. Elles sont un autre aspect problématique de la politique du gouvernement.

À Calais, dans un campement à Marseille habité par des Roms, comme dans un bâtiment administratif squatté à Toulouse par des exilés, la rapporteure a constaté que la réponse des autorités à ces conditions de vie indignes était toujours le recours à l’expulsion forcée. À aucun moment des efforts n’ont été entrepris, ni par l’État ni par les autorités locales, pour fournir un accès à l’eau, aux sanitaires, à la collecte d’ordures, à la santé. Et pour cause : l’idée est souvent de ne même pas fournir le minimum pour faciliter les évacuations. "Il y a pourtant des règles internationales qui encadrent l’expulsion", a rappelé Leilani Farha. "Toutes les alternatives doivent avoir été explorées. Or, je ne suis pas convaincue que cela ait été fait."

La situation est particulièrement dramatique à Calais, où les exilés sont chassés du lieu où ils ont posé leurs tentes toutes les 48 heures, souvent avec violence. Leurs affaires sont alors confisquées ou détruites et ils perdent dans ces opérations des biens précieux, comme leurs papiers ou les derniers objets qui restent de leurs périples. « Ces expulsions systématiques ne relèvent pas seulement d’une violation du droit au logement. En droit international, ce sont aussi des traitements cruels, inhumains et dégradants. » ■
 

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