Quand l'incendie de Notre Dame peut rendre les milliardaires heureux...

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Quand l'incendie de Notre Dame peut rendre les milliardaires heureux...

Depuis l'incendie de la cathédrale, les promesses de dons des grandes fortunes françaises affluent pour sa reconduction. Des millions d'euros qui seront en partie financés avec l'argent du contribuable.

Au lendemain de l'incendie de Notre-Dame de Paris, plusieurs grandes fortunes françaises ont sorti leur carnet de chèques et promis d'importants dons. La famille Pinault, propriétaire du groupe de luxe Kering, 100 millions d'euros, suivie par le groupe LVMH et la famille Arnault, première fortune de France, avec 200 millions, tout comme la famille Bettencourt-Meyers et le groupe L'Oréal. Total entend de son côté donner 100 millions d'euros, la famille Bouygues 10 millions et la famille Decaux 20 millions d'euros. 

Des sommes conséquentes qui démontrent que l'argent existe bien et que l'ISF, s'il était rétabli, ne jetterait pas sur la paille ces milliardaires qui se précipitent pour financer la reconstruction de Notre Dame espérant redorer leur blason avec une forme de "charité" indécente.

Des dons qui permettent des réductions d'impôts

En effet ces versements donnent droit à d'importantes réductions d'impôts, qu'ils soient réalisés à titre personnel ou via leurs entreprises respectives. Dans le premier cas, la "réduction de l'impôt sur le revenu est égale à 66% du montant des dons dans la limite de 20% du revenu imposable" (voir le site Service-public.fr). Si un particulier fait un don de 1 000 euros, il obtient donc 660 euros de réduction d'impôts. La réduction d'impôts est encore plus intéressante si le particulier est assujetti à l'impôt sur la fortune immobilière (qui a remplacé l'ISF) : elle est alors de 75%, dans la limite de 50 000 euros !

Pour les entreprises. Pour un don à une "œuvre d'intérêt général", un mécène privé voit son impôt sur les sociétés réduit de 60% dans la limite de 0,5% de son chiffre d'affaires annuel.

Certaines voix, dont celles de l'ancien ministre et collaborateur de la famille PinaultJean-Jacques Aillagon, ont aussitôt demandé qu'une réduction spéciale de 90%, réservée aujourd'hui à l'achat public d'œuvres jugées "trésor national", soit appliquée dans le cas de Notre-Dame. L'indécence de cette proposition était telle au moment où les Français demandent plus de justice fiscale, que ce traitement spécial qui n'a eu les faveurs de Franck Riester le ministre de la Culture.

En 2018, L'Oréal a réalisé un chiffre d'affaires de 26,9 milliards d'euros, ce qui lui donne le droit à une réduction maximum de 134 millions d'euros. Son don de 100 millions d'euros va lui donner la possibilité de déduire 60 millions d'euros du milliard d'impôts sur les sociétés dont s'acquitte le groupe, selon La Croix.

Une sorte d'optimisation fiscale ?

L'opération serait en revanche très intéressante pour Total. Avec son don de 100 millions d'euros, le groupe peut prétendre à une réduction d'impôts de 60 millions d'euros, alors qu'il n'a payé que 30 millions d'euros d'impôts sur les sociétés en 2016. La loi lui permet même de reporter l'excédent sur les 5 années suivantes. En clair, si le montant de son impôt sur les sociétés est toujours de 30 millions d'euros, Total pourrait ne payer aucun impôt sur les sociétés pendant deux ans.

Tous ces cadeaux aux milliardaires inquiètent Gilles Carrez, rapporteur du programme patrimoine pour la commission des finances de l'Assemblée nationale. "C'est la collectivité publique qui va prendre l'essentiel [des frais de reconstruction] en charge, explique-t-il au Monde. Sur près de 700 millions d'euros [de dons annoncés le 16 avril], environ 420 millions seront financés par l'Etat, au titre du budget 2020".

De son côté, l'économiste Maxime Combes, du mouvement Attac, dénonce un "indécent Téléthon des milliardaires" et propose que ces entreprises et grandes fortunes paient "leurs impôts, tous leurs impôts". Une référence à l'évasion fiscale pratiquée par certains.

Ces protestations justifiées ont entrainé Jean-Jacques Aillagon a retiré sa proposition de réduction à 90%. Et la famille Pinault a finalement annoncé qu'elle ne demanderait pas sa déduction fiscale.

Des sommes minimes par rapport à la fortune

D'autres voix se sont élevées pour remettre en perspective le montant de ces dons, en les comparant avec la fortune personnelle des intéressés. Selon le magazine américain Forbes (en anglais), qui réalise chaque année un classement des milliardaires, la fortune de Bernard Arnault et sa famille s'élève à plus de 67 milliards d'euros. Avant éventuelle réduction d'impôts, son don correspond donc à environ 0,15% de sa fortune personnelle. Si on transpose ce montant à un salarié au SMIC, qui gagne environ 1 200 euros net mensuel, cela correspondrait à un don de... 1,8 euro.

La "charité" des milliardaires ne leur coûte pas cher et leur permet même de se redorer le blason, sur le dos des contribuables !

Publié dans Finances-riches

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