Amazonie ou l'hypocrisie de Macron

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Amazonie ou l'hypocrisie de Macron

Des ONG déplorent un "double discours" de la part du chef de l'État sur les feux de forêt qui ravagent l'Amazonie depuis plusieurs semaines.

"Notre maison brûle. Littéralement". Le 22 août dernier, Emmanuel Macron a qualifié en ces termes les violents incendies qui ravagent la forêt amazonienne depuis plusieurs semaines, déplorant même une "crise internationale".

Depuis, le président français n'a eu de cesse de montrer sa volonté de stopper ces feux, en annonçant suspendre la signature de l'accord UE-Mercosur [un projet d'accord commercial avec plusieurs pays d'Amérique du Sud], ou en déclarant par exemple que la France était "une puissance amazonienne" durant le sommet du G7.

Mais si Emmanuel Macron n'a pas manqué d'exercer une forte pression sur le président brésilien Jair Bolsonaro, la France semble pourtant loin d'être exemplaire en ce qui concerne la protection de cette zone, notamment en Guyane française. 

Dans une tribune publiée sur franceinfo dimanche, le Grand conseil coutumier des peuples amérindien et bushinengué dénonce même cette hypocrisie du gouvernement français, déclarant être "dans l'étonnement" vis-à-vis du positionnement d'Emmanuel Macron, et déplorant le fait que "le véritable problème est politique et économique, et est soutenu par la majorité des dirigeants au niveau mondial".

L'Express a posé trois questions à Marine Calmet, chargée du plaidoyer au sein de l'association Nature Rights, qui défend la préservation des droits de la Nature et des peuples autochtones en Guyane. Elle est aussi porte-parole du collectif "Or de question", qui lutte contre le projet de la "Montagne d'or" dans cette zone et dénonce un "double jeu" de la part du gouvernement français.  

L'Express. Quelle a été votre réaction face aux incendies qui ravagent la forêt amazonienne ? 
 
Marine Calmet. Comme tout le monde, nous avons été très choqués par ces images. Nous avons été atterrés par les propos du président brésilien, Jair Bolsonaro, qui reflètent le peu de considération qu'il a pour la planète et la vie en général.
 
Mais, au-delà des incendies, nous assistons à une destruction de la forêt amazonienne extrêmement inquiétante. En Guyane, nous sommes au premier rang de ce triste spectacle. L'impact lié au changement climatique est visible : il perturbe la floraison des plantes, les cycles des animaux... Mais c'est encore compliqué de savoir quels seront les impacts à long terme sur la forêt. Ce dont nous sommes certains, c'est que les étendues naturelles se meurent, et nous assistons à une déforestation qui menace clairement notre territoire.  
 

Lorsqu'on survole la Guyane, on voit des grosses balafres dans le sol, où d'énormes flaques de boue ont remplacé les arbres. On voit des bateaux qui raclent le sol à la recherche d'or, ce qui provoque une contamination au mercure, qui empoisonne les peuples autochtones. C'est un spectacle affligeant. 

En quoi les propos d'Emmanuel Macron peuvent-ils vous sembler hypocrites ?  

Je pense qu'il y a un double jeu : c'est toujours plus simple d'aller critiquer ce qui se passe chez le voisin plutôt que faire son mea-culpa.

Nous assistons à un double discours qui est grave, notamment pour la protection de la forêt primaire. La vérité, c'est qu'il existe encore des permis miniers délivrés aux entreprises en Guyane. Ce gouvernement a permis de délivrer 360 000 hectares de terre à l'industrie minière : contrairement à ce qu'on essaie de nous faire croire, il n'y a pas de frein à cette activité minière.

Même si Emmanuel Macron a annoncé que le projet de la "Montagne d'or" ne se ferait pas, rien n'est enterré. La compagnie chargée du projet a même demandé un renouvellement de la concession, donc nous ne sommes pas certains d'être engagés vers une sortie totale de l'industrie minière en Guyane. 

Et ça ne s'arrête pas là. Nous voyons également de plus en plus de projets de biomasse qui menacent la forêt. Ce mode de production énergétique repose sur la combustion du bois... Concrètement, cela veut dire qu'on met la main sur des hectares de forêt, qui vont ensuite être brûlés pour produire de l'énergie, et rien n'est fait pour lutter contre cela, au contraire. On ne va pas dans le bon sens !

En Guyane, le gouvernement français n'est absolument pas à la hauteur, non plus, pour contrôler l'orpaillage illégal, qui détruit la forêt à petit feu. Les contingents ne sont pas suffisants pour contrôler la forêt, qui ne nous appartient plus : on arrive, sur le territoire, à plus de 10 000 orpailleurs illégaux, et rien n'est fait par le gouvernement français pour les stopper.  

Quelles solutions doivent être mises en place selon vous ? 

Les peuples autochtones ont posé de grandes revendications, notamment pour obtenir leur part de décision sur les territoires de Guyane. Il serait temps d'écouter et de faire preuve d'humilité par rapport à l'appel du Grand conseil coutumier des peuples amérindien et bushinengué, et de laisser la gestion de ces territoires aux peuples qui les connaissent le mieux, et qui ont toujours su les protéger.

Ce n'est qu'en s'appuyant sur la connaissance de ces peuples que nous pourrons protéger ces étendues.  

Concernant la décision d'Emmanuel Macron de ne plus soutenir le Mercosur, on ne peut que s'en réjouir. Mais cela permettra-t-il vraiment de bloquer la ratification de ce traité ? On est en droit de s'en inquiéter. Idem pour la proposition d'Annick Girardin de créer un fonds international contre les feux de forêt et le reboisement : l'initiative est intéressante, mais elle ne prend absolument pas la mesure de la responsabilité que nous avons vis-à-vis de ces territoires.

À aucun moment, les peuples autochtones concernés n'ont été représentés dans ce genre de décision.

Il s'agit maintenant de trouver une voie d'apaisement. Jair Bolsonaro est clairement en train de réaliser une de ses promesses de campagne : raser la forêt amazonienne pour pouvoir installer l'agro-industrie dans le pays. Il a été élu sur l'idée de dire : "Nous n'avons plus de place pour les terres autochtones". Nous nous devons d'empêcher cela.

Actuellement, par les relations que nous entretenons avec le Brésil, nous approuvons indirectement leur politique. Aujourd'hui, le gouvernement français doit être plus concret, tant dans la parole que dans l'action, pour démontrer que nous ne cautionnons pas cette politique.

 

 

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