En grève depuis le 17 juillet, A l’hôtel Ibis, les femmes de chambre sont malades du travail...

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

En grève depuis le 17 juillet, A l’hôtel Ibis, les femmes de chambre sont malades du travail...

Depuis le 17 juillet, les femmes de chambre de l’hôtel Ibis Batignolles de Paris 17ème  sont en grève. Leur revendication : moins de chambres à réaliser par heure. La CGT les accompagne, pour lutter contre la sous-traitance dans les hôtels. « On veut qu’ils baissent la cadence à trois chambres par heure et plus trois et demie », explique une gréviste originaire de Côte d’Ivoire.

Les femmes de chambre de cet hôtel trois étoiles sont employées par le groupe sous-traitant STN, spécialisé dans l'hygiène et la propreté.  Elles font grève depuis le 17 juillet pour leurs conditions de travail. Un piquet de grève est en place dans le hall de l'hôtel.

Ce 30 juillet, les filles préparent une action, elles vont faire un peu de bruit pour réveiller les clients. Quelques minutes plus tard, la vingtaine de femmes grévistes déambulent dans les couloirs pour que les clients de l'hôtel sachent qu’elles sont en grève.

Certaines sont vêtues à l’africaine, d’autres à l’occidentale, et quelques-unes arborent un mix des deux. Mais presque toutes portent un gilet jaune, floqué du logo « CGT Hôtels de prestige et économiques » (CGT HPE) ou un gilet rouge avec la revendication « Retrait des ordonnances Macron ».

Dans le hall de l’hôtel, les percussions, les sifflets et les slogans entonnés par les femmes de chambre les accompagnent lors de leurs tours du hall. L’une tape sur un tambour, une autre frappe avec une cuillère en métal sur une boîte en métal de Mido – du lait en poudre célèbre sur le continent africain.

« On fait beaucoup de chambres mais ça ne paie pas », déplore l’une des grévistes. Une autre gréviste d’une quarantaine d’années, d’origine malienne, exprime sa douleur : « Mes pieds sont gonflés, mais je suis là tous les matins à 9 heures et je reste jusqu’à 16 heures ». Elle travaille à l’hôtel Ibis depuis neuf ans et demi, et ce n’est pas sa première grève. Un précédent mouvement a permis l’obtention du treizième mois. Cette fois encore, elle fait grève car « C’est de pire en pire. On doit faire plus de trois chambres en une heure. Des fois, je fais trente chambres en sept heures. »

« S’ils ne baissent pas la cadence, qu’ils paient au moins les heures supplémentaires », suggère une collègue gréviste, elle aussi épuisée par l’enchaînement quotidien : faire les lits, balayer ou passer l’aspirateur, puis la serpillère, nettoyer la salle de bains et les toilettes, parfois les murs mais aussi les fenêtres. Tout ça en 17 minutes, selon la cadence indicative de trois chambres et demie par heure !

Le directeur perd patience lorsqu’une des manifestantes déverse par poignées des coupures de papier sur le sol. Les femmes de chambre continuent de crier : « STN voleurs, Ibis complice », puis « Frotter, frotter, faut payer » encouragées par un gréviste qui crie dans le mégaphone : « On va montrer à la France et au monde ce que nous subissons : du harcèlement moral et du harcèlement sexuel. Il y a du harcèlement sexuel dans cet hôtel. Le combat continue. » Des plaintes ont été déposées pour agression sexuelle et harcèlement moral.

A l’extérieur de l’hôtel sont installés des drapeaux de la CGT devant le hall. Permanente du syndicat, Tiziri Kandi est arrivée avec des tracts qu’elle distribue aux clients. Étudiante en sociologie, Tiziri Kandi a rédigé son mémoire de fin d’études sur le travail et la mobilisation des femmes de chambre et des gouvernantes des hôtels. Depuis, elle combat principalement la sous-traitance. Et tout ça pour environ 10 euros brut de l’heure et beaucoup sont à temps partiel.

Les femmes de chambre ne sont pas salariés de l’hôtel Ibis Batignolles (groupe Accor, leader hôtelier en Europe) mais de STN sous-traitant de Ibis pour le nettoyage des chambres.

La sous-traitance est un système connu dans le monde hôtelier. Et les grèves aussi. Fin 2018, les grévistes de l'hôtel Hyatt Vendôme sont sorties victorieuses de 87 jours de grève. L'une des plus longues grèves a eu lieu à l'Holiday Inn de Clichy en 2018. Une autre dure depuis trois mois, à l’hôtel NH de Marseille.

À l'Ibis Batignolles, les grévistes sont sur leur lieu de travail de 9 à 16 heures bien que certaine gréviste n’arrive qu’à 10 h 30 : « Je ne peux pas sortir plus tôt. Je dois préparer à manger à mon enfant avant de venir. Il a 8 ans, il doit se gérer seul pour que je puisse faire la grève », explique une gréviste.

Le syndicat va nous aider, il y a aussi la caisse de soutien sur Internet. "S’ils ne veulent pas baisser la cadence, on va continuer la grève. On ne se fatigue pas, on est là », ajoute une gréviste. La cagnotte en ligne vient de dépasser les 2 000 euros. C’est surtout la caisse de grève du syndicat qui va prendre le relais.

« Si on perd notre salaire, ce n’est pas grave », confirme une autre gréviste, qui se lève à 5 heures tous les matins car elle vient de Normandie. « On travaille dur mais ils ne nous respectent pas. Regardez toutes celles qui ne marchent pas bien. Il faut se battre. C’est mieux que de mourir ici. »

« C’est difficile de faire toujours les mêmes gestes, les mêmes mouvements »

Parmi les quinze revendications, au-delà de la cadence et de l’embauche des salariés par l’hôtel, les grévistes demandent le passage à temps complet, ainsi que quelques indemnités et primes, notamment pour la nourriture (7,24 euros, contre 2 euros actuellement) ou pour le nettoyage de leurs vêtements de travail.

Contactée il y a quelques mois, la CGT HPE a rappelé que pour soutenir une lutte sa condition est que 50% des salariés soient syndiqués. « Payer ses cotisations syndicales, ça dit quelque chose de sa volonté de se battre », affirme Tiziri Kandi. Un élément important pour cette salariée qui précise « l’objectif n’est pas de régler les choses individuelles mais de construire un rapport de force ». Et de combattre ainsi la sous-traitance.

Début juillet, la préparation du mouvement de grève s’accélère, à cause d’une dizaine de salariées inaptes, convoquées pour une mutation. « Je suis malade à cause du travail, j’ai des tendinites aux poignets », précise l’une des femmes concernées, dont la mutation serait suspendue, car elle n’a toujours pas reçu de courrier écrit. Le nombre de chambres à nettoyer tous les jours avait baissé pour elle, jusqu’à récemment.

Elle vient de faire un recours auprès de la Sécurité sociale, devant la crainte et la difficulté de retourner à une cadence de 21 chambres par jour. « J’ai toujours les douleurs, précise-t-elle. Ça ne guérit pas vite. C’est difficile de faire toujours les mêmes gestes, les mêmes mouvements. Mais je ne me laisserai pas faire. »

Autre revendication des grévistes, la suppression de la clause mobilité. En effet, il est précisé dans leur contrat un premier lieu de travail, ici l’Ibis Batignolles, mais aussi qu’elles peuvent être affectées « à tous chantiers situés dans les départements 75, 77, 78, 91, 92, 93, 94, 95 et 60 ». C’est d’ailleurs cette clause qui va donner lieu à un accrochage entre Tiziri Kandi et la direction de STN, en présence d’une huissière de justice mandatée par Accor.

Prochaine action prévue : demander à toutes les femmes de chambre qui les remplacent si elles ont bien un avenant en bonne et due forme et ainsi contrer le remplacement – légal – des grévistes, qui pénalise le mouvement, en le rendant moins visible et moins efficace. Une telle clause constituant une mobilité imposée et souvent subie et une arme anti-grèves dans les mains des directions.

A 15 h 30, les grévistes s’assoient pour une petite réunion de fin de journée. La grève est reconduite après un vote à mains levées. Tout le monde s'engage à être là le lendemain. Un rassemblement de soutien a eu lieu le 2 août à 12 heures devant l'hôtel Ibis Batignolles.

Les syndicalistes ont déjà prévu d’autres événements à la rentrée, comme un appel au boycott des hôtels du groupe Accor, dont les hôtels Mercure, Novotel, Pullman, mais aussi les autres Ibis.

Sources CGT et Médiapart

 

Publié dans Luttes sociales

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