Budget 2020 : la macronie ignore l'Urgence sociale et l'Urgence écologique

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Budget 2020 : la macronie ignore l'Urgence sociale et l'Urgence écologique

En se limitant au credo des baisses d’impôts et en comprimant les dépenses sociales, le projet de loi de finances de 2020 ne répond pas aux grands défis de l’époque. Comme les précédents, c'est un budget d'austérité et une occasion de manquée de sortir de l'ornière qui nous conduit droit dans le mur.

Contrairement à ce qu'avait laissé entendre Macron au printemps de répondre un peu mieux à la demande sociale, le budget 2020 fait le contraire, c'est un pur budget libéral : baisse des impôts et donc affaiblissement des services publics et de la solidarité, renforcement des dépenses « régaliennes » et l’écologie aux oubliettes. Les ministres de l’économie et des finances ont martelé que c'était un budget de « continuité » ! Envolée les belles promesses de Macron.

Certes, ils ne peuvent oublier la crise sociale qui se manifeste depuis deux ans par une multiplication de conflits sociaux, c'est pourquoi les ménages auront une baisse de 5 milliards d’euros de l’impôt sur le revenu. Elle concernera la seule première tranche de l’impôt qui passerait de 14% à 11%. 12 millions de foyers fiscaux verront baisser leur impôt mensuel de 29 euros. Pour les 4.7 millions qui sont soumis à la tranche suivante de 30 %, la baisse sera de 10,42 euros par mois et par personne. Pour les autres, rien !

En complément, le dernier tiers de la taxe d’habitation pour ceux qui la payaient, sera supprimé. Rien de nouveau donc.

Mais notons que pour les plus riches, l’introduction du prélèvement forfaitaire unique (PFU) sur les revenus du capital et la réforme de l’impôt de solidarité sur la fortune ont bénéficié de 5 milliards par an depuis 2018, soit 15 milliards d’euros cumulés depuis 2018 en 2020 : trois fois la baisse globale pour les contribuables les plus modestes.

Le gouvernement poursuit sa politique de transfert des richesses publiques vers le capital. Ainsi l'impôt des grandes entreprises sera abaissé de 33,3 % à 31 %, avant d’être réduit jusqu’à 2022 à 25 % pour un montant global de 11 milliards d’euros. Ce sont autant de recettes en moins pour l'Etat et le moyen donné aux super riches de continuer à s'enrichir en dormant ! Au total, entre 2018 et 2020, le total transféré au capital représentera 9,4 milliards ! S'ajoute à cela l'annonce de Bruno Le Maire de sanctuariser le très contesté et coûteux Crédit Impôt Recherche (CIR, 6 milliards d’euros par an).

Mais dès lors, pour tenir le déficit, il a fallu maintenir les dépenses. Or comme on ne peut pas en même temps donner au capital et équilibrer les comptes, il manquerait selon le ministère, 30 milliards d’euros au budget depuis 2018. Or, parallèlement, le déficit public a reculé. Il a donc bien fallu trouver un financement à ces baisses d’impôts. Emmanuel Macron avait promis que la baisse de l’impôt sur le revenu serait financée « par des économies et la baisse des niches fiscales », autrement dit plus d'austérité !

C’est la baisse de la charge de la dette qui financera en partie ces cadeaux fiscaux. Les taux négatifs auxquels la France emprunte permettront de réduire cette charge de 3,5 milliards d’euros, mais cela ne permet pas de financer tout le manque à gagner.

Il a donc fallu trouver l’argent ailleurs sans raboter les niches fiscales des entreprises bien évidemment au nom de cette politique de l'offre véritablement suicidaire. La baisse sera de 650 millions d’euros et une grande partie sera compensée. Certes, la niche fiscale sur le mécénat des entreprises est réduite de 60 % à 40 % mais, parallèlement, la base imposable (l’impôt sur les sociétés) est aussi réduite. Surtout, l’État ne prendra pas en charge la différence pour le secteur culturel (le budget du ministère de la culture progresse de 20 millions d’euros en 2020 en volume). Ce seront donc les acteurs de ce secteur qui, in fine, paieront.

 

Les grands chiffres du budget 2020. © Bercy Les grands chiffres du budget 2020. © Bercy

 

Alors même que la croissance ralentit et que l’environnement conjoncturel est maussade, limiter la progression des dépenses publiques en volume à 0,7 %, autrement dit à un rythme moitié inférieur à celui du PIB, est une politique clairement d'austérité qui va encore aggraver les inégalités, les injustices sociales.

Ce rythme, équivalent à celui de 2019, est encore inférieur à celui de la moyenne du quinquennat Hollande qui était de + 0,9 % (et représentait déjà un coup de frein historique) qui coûtât très aux socialistes.

Avec Emmanuel Macron la hausse des dépenses publiques en volume à 0,4 %. C’est un niveau historiquement bas. Certes, l’État est revenu sur l’objectif de 15 000 postes de fonctionnaires en moins pour le ramener à 10 500, mais c’est que l’ancien objectif était intenable. Et, en 2020, l’emploi public sera gelé par contre l'armée, la justice, la sécurité. seront gâtées. En somme, on prépare la guerre et on renforce les moyens de réprimer la contestation sociale qui explose partout.

Le budget de la défense va progresser de 1,7 milliard d’euros, celui de la police de 500 millions d’euros et celui de la justice (en réalité des prisons qui verront la création de 1 000 places) de 200 millions d’euros. Au total, plus de la moitié des hausses de crédits des ministères sont dirigées sur ces trois missions qui bénéficient par ailleurs de nombreuses créations de postes : plus de 3 200 emplois nouveaux, dont 1 500 pour le ministère de l’intérieur et 1 000 pour les centres pénitentiaires.

Ce "réarmement" selon l'expression de Bercy est typique d'un pouvoir qui est effrayé par les importants mouvements sociaux ( casse du code du travail, cheminots, Gilets jaunes, Hôpitaux et santé et maintenant retraite) et dont la vision néolibérale classique ne peut être accompagnée que par plus d'autoritarisme.

Cette politique se définit comme une austérité pure et simple et par un redéploiement des dépenses au détriment du social allié à des baisses d’impôts. Et quand l'Etat parle de maîtrise des dépenses publiques, Bercy éclaire le propos en parlant de « maîtriser les dépenses sociales » !

Le social et l'écologie sacrifiés !

Ainsi les dépenses sociales sont l'amortisseur du déficit public creusé par les cadeaux au capital et aux riches. Les prestations sociales ne seront revalorisées qu’à hauteur de 0,3 %, soit une baisse de 1 % en euros constants ! La réduction des aides personnelles au logement (APL) va permettre de rapporter un milliard en plus des économies déjà réalisées depuis trois ans (les fameux 5 euros de baisse mensuelle n’ont pas été rétablis depuis octobre 2017). Alors que le chômage de masse progresse, le budget « travail et emploi » est gelé et la scandaleuse réforme de l’assurance-chômage permettra de réaliser 480 millions d’économies en 2020 (en attendant de passer à 2 milliards d’euros chaque année à partir de 2022).

Alors même que le système de santé craque de partout avec un conflit social d'ampleur, les dépenses d’assurance-maladie (Ondam) sont revues à la baisse, de 2,5 % à 2,3 % en 2020. Devant la contestation qu'elle a généré, la suppression de la niche fiscale pour l’aide à domicile des seniors est abandonnée, mais elle est remplacée par des mesures d’économies du même ordre (110 millions d’euros en net), tandis que les micro-entrepreneurs, qui sont souvent des « vrais-faux » salariés, vont perdre leurs avantages fiscaux, pour 200 millions d’euros (600 millions d’euros en 2022).

L’heure est bel et bien au recul social et à de nouvelles inégalités. Les baisses d’impôts, qui sont un recul de la solidarité nationale en touchant l’impôt le plus progressif du système français, ne sauraient remplacer le besoin d'une politique pour le social que les « contre-réformes » de Macron mettent à mal. D'ailleurs, Bercy traduit cela en chiffres, en tablant sur une hausse de 1,5 % de la consommation des ménages en 2020, ce qui est certes davantage qu’en 2019 (+ 1,2 %) mais moins qu’en 2017, lorsque les impôts n’avaient pas baissé !

Budget anti-social, le budget 2020 sera donc un nouvel handicap pour la France dans la mesure où il va laisser filer le chômage, le sous-emploi, en rien il ne va générer de la croissance ! Certes les baisses d’impôts pour les ménages auront un effet sur la croissance, mais les classes moyennes (plutôt supérieures puisqu’elles représentent les 40 % de ceux qui paient l’impôt) qui bénéficieront de ces baisses vont consommer une partie de ces fonds mais une partie sera épargnée, surtout lorsque la conjoncture est mauvaise, que l’emploi est précarisé et qu’il est désormais plus facile de licencier.

Ce soutien n’est certes pas inutile, mais c’est un soutien a minima, d'ailleurs arraché par le mouvement social à un gouvernement qui, jusqu'au début de l'année, refusait toute mesure complémentaire en faveur des ménages.

Cela ne fait pas la politique économique sérieuse et ambitieuse dont a besoin le pays avec des transferts directs aux populations fragiles (qui seront donc réduits) et par des investissements publics. On comprend pourquoi : les dépenses des collectivités territoriales seront toujours plafonnées à 1,2 % (soit une baisse en valeur réelle puisque l’inflation sera à 1,3 %) et jusqu'en 2020, et on doit s’attendre à ce que les restrictions des dépenses augmentent encore avant le grand chambardement de la fiscalité locale.

Or, les collectivités sont les premiers investisseurs publics. L’État devrait donc prendre le relais. Il ne le fera pas. Bruno Le Maire, affirme que la politique monétaire ne suffit plus, qu'il faut un relais budgétaire et renvoie celui-ci à l'Allemagne qui refuse ce rôle.

Pourtant, les besoins sont lourds, très lourds. D'une part au plan de la santé, il faut 100 000 emplois supplémentaires de suite, il faut construire également des écoles, des hôpitaux, des lignes nouvelles de chemin de fer, des milliers de logements sociaux et bien évidemment au plan environnemental et pour la lutte contre le climat. Oui, il y a Urgence sociale et Urgence climatique !

A écouter Bercy, tout cela est délaissé. Certes, est évoquée une augmentation de 800 millions des crédits pour la transition écologique dans lesquels les crédits des transports et d’autres ministères sont ajoutés. Un chiffre qui est surtout un affichage de communication. Il est inférieur de plus de moitié à l’augmentation du budget de la défense ! Du côté écologie les choses ne bougent guère. De quoi raviver la colère des jeunes générations exprimée par Gretha Tunberg à l'ONU.

Pourtant tout reste à faire. Les experts sont d’accord pour dire qu’il faut investir 30 milliards par an dans la transition écologique. Les taux sont actuellement négatifs pour les prêts jusqu’à 15 ans de maturité pour la France. Il serait donc possible à l’État de contracter des prêts actuellement sans payer d’intérêts pendant 15 ans. Ce serait donc le moment ou jamais de réaliser ces investissements et de prendre la transition écologique au sérieux. Il serait aussi possible que la France soit exigeante avec l'Europe afin que la BCE crée un fonds pour le développement économique et écologique et pour le développement des services publics que la BCE alimenterait avec de la création monétaire. Cet argent serait plus utile à l'ensemble des peuples européens et le climat que d'aller vers la finance comme c'est le cas aujourd'hui.

Ce budget réduit ainsi à néant les beaux discours du président à la tribune de l’ONU qui n'étaient au fond qu'un sommet d'hypocrisie !

Même la fiscalité écologique est au point mort. Les niches fiscales défavorables à l’environnement sont estimées de 6 milliards d’euros (par le conseil des prélèvements obligatoires) à 11 milliards d’euros (par les ONG). En 2020, on se contentera de réduire de 200 millions d’euros la niche fiscale sur le gazole non routier sur le BTP, les agriculteurs étant épargnés. Ce qui transparaît dans ce budget, c’est bien le manque d’ambition dans cette question.

C’est qu’en réalité, comme l’a rappelé Bruno Le Maire, l’exécutif compte sur la belle loi du marché : les impôts baissent, les ménages consommeront et les entreprises investiront. Et tout se passera bien.

Non seulement cette politique ne dynamise pas l’économie, mais elle ignore les deux urgences du moment, sociale et climatique. En se limitant à vouloir baisser les impôts et à transférer des richesses budgétaires vers le capital, elle aggrave l'insécurité sociale, les inégalités et les injustices et conduit notre pays et les générations futures dans le mur.

Plus que jamais l'action et le rassemblement pour la mettre en échec et faire triompher une alternative progressiste !

Sources : Médiapart - AFP - PCF