Goulard rejetée, Macron se remettra t-il de l'humiliation ?

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Goulard rejetée, Macron se remettra t-il de l'humiliation ?

Il y a eu l’affaire Loiseau au printemps, il y a maintenant l'affaire Goulard ! C'est un nouveau coup encaissé par Macron venant de Bruxelles. Le rejet par une large majorité de députés européens de la candidature de Sylvie Goulard à la Commission a agacé Macron qui a déclaré avoir " besoin de comprendre " (sic) !

Il aurait du s'y attendre pourtant. Après deux auditions, Sylvie Goulard désignée par Macron, pour siéger dans la future Commission européenne, a vu sa candidature rejetée à une forte majorité. Jamais un candidat français à la Commission n’avait été désavoué par les parlementaires.

Ils sont 82 députés à avoir voté contre cette nomination au poste de commissaire chargée du marché intérieur, de l’industrie, de la défense, de l’espace, du numérique et de la culture. Et seulement 29 à l’avoir approuvée. C'est clair et sans bavure !

Interrogé à Lyon (Rhône), Emmanuel Macron a fait l'idiot en disant ne pas comprendre,  accusant Ursula Von der Leyen d'être responsable du naufrage. Pourtant, il connaissait les risques que faisait planer cette candidature avec deux enquêtes sur sa participation à un système d'emploi fictif présumé pour le Modem.

Et de conclure, l'air hébété : « Je ne comprends pas comment, quand la présidente de la Commission nommée a une discussion avec les trois présidents de groupe (de droite et sociaux-démocrate) se mettent d’accord sur quelque chose, ça peut bouger comme ça. [...] Je suis très détendu, ce qui m’importe, c’est le portefeuille. J’ai besoin de comprendre ce qui s’est joué de ressentiment, peut-être de petitesse. »

Macron oublie peut être que les Présidents de groupe sont une chose et les députés européens en sont une autre. Il y a des députés honnêtes qui ne sont donc pas prêts à laisser faire n'importe quoi et refusent d'être aux ordres.

Selon Macron, ce camouflet serait une vengeance politique. Pourtant, ce sont des eurodéputés issus de tous les courants, à l’exception des libéraux, qui ont voté contre.

Le Bavarois Weber, patron du PPE a réagi aux insinuations de Macron affirmant n’avoir jamais été « consulté avant les nominations des candidats ». L’Espagnole Iratxe García Pérez, patronne des sociaux-démocrates, a aussi démenti la version de Macron. De son côté, Von der Leyen a affirmé que « la nomination française reste ouverte ».

De leur côté, les députés français ont dénoncé le coup porté à l’influence française à Bruxelles. « Un camouflet pour Goulard, un désaveu supplémentaire pour la politique internationale du président de la République. Quand l’arrogance tient lieu de morale et les rodomontades remplacent la diplomatie, c’est l’influence de la France en Europe et dans le monde qui s’affaiblit » selon le socialiste, Olivier Faure. L’écologiste Damien Carême, qui a participé aux auditions a aussi critiqué : Il n’avait qu’à pas présenter cette candidate, c’est aussi simple que cela. ». Arnaud Danjean, élu Les Républicains (LR), se dit lui aussi « surpris par l’ampleur de la claque » : « Je voudrais qu’à Paris, ils sortent un peu de leur bulle, qu’ils soient moins arrogants et comprennent comment les choses se passent à Bruxelles. Le Parlement n’est pas la chambre d’enregistrement du bon vouloir d’Emmanuel Macron. »

Deux dossiers ont parasité les débats des commissions : l’enquête qui la vise, en France mais aussi au sein de l’Office européen de la lutte anti-fraude (Olaf), dans le cadre des emplois présumés fictifs du Modem au Parlement européen ; et son travail de consultante pour l’Institut Berggruen, un think tank américain, de 2013 à 2015, en parallèle à son mandat de députée. Ce dernier volet s’est avéré d’autant plus sensible – le financement par un homme d’affaires américain – que Sylvie Goulard devait prendre en charge le chantier de l’Europe de la défense.

Des députés ne comprennent pas pourquoi Mme Goulard a démissionné du gouvernement en 2017 à cause de l’affaire des assistants, et qu’elle s’estime aujourd’hui apte à devenir commissaire européenne – alors même que l’affaire est encore en cours.

Des députés de certains petits pays, se sont braqués quand ils ont vu que les candidats hongrois et roumaine étaient retoqués pour conflit d’intérêts avant même le début des auditions, tandis que Mme Goulard, avec une situation plus problématique, obtenait un feu vert. Deux poids deux mesures au profit des « grands pays » prétendument intouchables à Bruxelles, dont la France, ont provoqué leur colère. « Si elle avait été roumaine, elle aurait été retoquée avant même les auditions », ironise Damien Carême.

Pour l'Elysée, la vengeance viendrait du Bavarois Weber, qui rêvait de présider la Commission européenne, mais s’est vu barrer la route par Macron lors d’un sommet européen fin juin.

Ce qui est clair maintenant, c'est que Macron ne compte pas que des amis au sein des 751 députés. Son acharnement, pendant les européennes et après, à vouloir en finir avec le système des Spitzenkandidaten, ces chefs des partis politiques candidats à la présidence de la Commission, a laissé des traces. Comme certains le disent, quand vous ajoutez l'arrogance de Macron, il n'en fallait pas plus ! En écartant Weber, remplacé par l’Allemande Ursula Von der Leyen, le Parlement lui rappelle qu’il compte bien se faire entendre, au cours du mandat à venir, et de manière spectaculaire s'il le faut.

Habitué à la centralisation du pouvoir de la Ve République, Macron, qui se fait souvent un défenseur acharné de l’Europe, a pris, cette fois une leçon de politique européenne.

De la même manière qu’il ne voit pas le problème de conserver à la présidence de l’Assemblée nationale Richard Ferrand, malgré sa mise en examen pour « prise illégale d'intérêts », le chef de l’État s’était dit qu’il n’y en avait pas non plus à désigner Sylvie Goulard pour siéger dans la future Commission européenne. Certains de ses proches, à commencer par le patron du Modem François Bayrou, l’avaient pourtant prévenu.

La mise en garde des députés européens est claire : Macron ne peut agir avec le Parlement européen comme il le fait avec le Parlement français. La démocratie parlementaire ne peut pas se résumer à de la tambouille à cinq, entre Macron, Ursula Von der Leyen, et les présidents des trois groupes du Parlement.

Bellamy, chef de la délégation LR, a évoqué des « pressions » pour sauver le duo Macron- Goulard. Pressions de Macron vis-à-vis des députés français, mais aussi d’Angela Merkel sur les députés CDU-CSU, ou encore d’Ursula Von der Leyen pou sauver sa future équipe… Tout cela n’a pas suffi, loin de là.

Pour la première fois, deux candidats au poste de commissaire ont déjà été retoqués par la Commission des affaires juridiques fin septembre, avant même le début des auditions, en raison de conflits d’intérêts patents, selon les élus, la social-démocrate roumaine Rovana Plumb (S&D) et le conservateur hongrois László Trócsányi (PPE). Avec le rejet de Sylvie Goulard (Renew Europe), chacun des trois partis membres de la coalition a donc perdu l’un de ses candidats.

Le parlement européen doit voter en plénière à Strasbourg sur la Commission Leyen, le 23 octobre, pour entrer en fonctions le 1er novembre. La date du vote est incertaine, puisqu’il va falloir organiser les auditions des futurs candidats.

Qui va remplacer Sylvie Goulard ?

Avant Sylvie Goulard, d’autres noms avaient circulé : ceux de Michel Barnier, de Clément Beaune ou encore celui de Florence Parly qui n'en aurait aucune envie. Circulent aussi les noms de Ségolène Royal et d'Amélie de Montchalin. Une chose est sûre : le président de la République se retrouve à nouveau confronté à la problématique qu’il rencontre à chaque nomination à des postes clefs, celle d’un vivier étroit voire asséché au point de faire appel à la vieille garde socialiste. D’autant qu’il faudrait désigner une autre femme, pour respecter la quasi-parité du futur exécutif européen. Il faudra aussi tenir compte des voeux de Ursula Von der Leyen.

Autre enjeu : le portefeuille qui s’étend de la défense au marché intérieur, de l’espace à certains pans du numérique. La Française elle-même a botté en touche précisant que « ce n’est pas [elle] qui l’[a] conçu ». Ursula Von der Leyen pourrait donc restreindre le portefeuille confié au futur candidat français.

Sources Marianne

 

Publié dans Politique nationale, Europe

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