Réforme des retraites : un enjeu de civilisation de premier ordre.

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Réforme des retraites : un enjeu de civilisation de premier ordre.

Macron a réussi le tour de force de rassembler dans une même lutte aux enjeux de civilisation fondamentaux, l'ensemble des générations du peuple français.

Les plus jeunes, encore lycéens pour un grand nombre, des milliers d'étudiants considérés comme non travailleurs par la ministre de la Com gouvernementale, et qui devraient attendre 67 ans pour partir en retraite, l'ensemble des actifs directement menacés par une réforme injuste, inégalitaire et sexiste et tous nos anciens qui ne veulent pas voir leurs enfants et petits enfants souffrir voire mourir au travail, jusqu'à 64 ans, 66 ans et 69 ans alors qu'eux ont bénéficié d'une retraite dès leur 60 ans grâce au programme du CNR et au toujours moderne droit à la retraite par répartition et solidaire créé par le ministre communiste Ambroise Croizat à la libération.

Macron se devait de réagir, alors il a entrepris par calcul politicien et par fidèlité au capital, d'opposer les Français entre eux, espérant affaiblir le mouvement social en cours et lui permettant d'imposer sa contre-réforme rejetée très majoritairement par notre peuple et l'opinion publique.

Qualifié de Président des riches suite aux monstrueux cadeaux faits à cette catégorie de puissants qui ont fait sécession avec la France et notre peuple, et que Macron considèrent toujours comme les premiers de cordée de notre pays, alors que tous les autres sont montrés du doigt parce qu'ils ne sont rien. On comprend mieux la révolte des gilets jaunes dont les motivations rejoignent celles de ceux mobilisés massivement.

Le Président des riches a sans doute mal entendu et surtout mal compris cette lame de fond au point qu'aujourd'hui, il tente avec son projet de réforme des retraites de provoquer une autre scission, la pire de toutes : les Français nés à partir de 1975 soumis au nouveau régime et ceux nés auparavant, épargnés. Avec pour effet possible la naissance d'un conflit entre les générations.

Pourtant cela ne prend pas. Dans les manifs, dans les bus et les métros bondés, dans les repas de famille pas un gamin et pas un salarié encore en activité se permettraient de dire à son père, à son grand père ou à sa grand mère "causez toujours, vieux privilégiés!". Au contraire, ce qui est exprimé de plus en plus fort, c'est le besoin de solidarité entre générations, de rassemblement des jeunes et des moins jeunes pour obtenir une autre réforme qui soit juste et solidaire, qui ne casse pas ce que leurs aînés ont créé mais au contraire l'améliore, le consolide.

Dans les arrière-plans de Macron, il y a donc l'objectif de créer entre les générations une hostilité susceptible de mal tourner ou de bien tourner pour le capital. Paradoxe suprême, ces adeptes du droit à une retraite dès 60 ans et en bonne santé, pour se reposer et profiter de la vie après des années de labeur parfois terrible, laisseraient à leurs rejetons un monde fait d'obstacles infranchissables et d'horizon bouché provoqués par Macron lui-même.

Autant le dire, le projet de réforme des retraites de Macron, Philippe et Delevoye, présenté le 11 décembre, jette de l'huile sur le feu générationnel. En cause, le fameux couperet de la cohorte 1975 : les Français nés après cette année charnière passeront sous l'empire terrible du régime à points, leurs aînés y échapperont. L'exécutif espère ainsi déclencher une nouvelle lutte des classes d'âge lui permettant de faire oublier les responsabilité du patronat, du capital et de la finance.

Par les liens de Jean Paul Delevoye avec le monde de l’Assurance, par ceux de Macron avec les fonds de pension, la forfaiture de ce pouvoir est avérée et révélée au grand public. Il ne s’agit ni plus ni moins pour eux que de favoriser la vente à la découpe de l’avenir de tout un peuple pour les décennies à venir.

Non contents de brader le patrimoine commun, (Française des jeux, Aéroports de Paris), non contents de précariser le monde du travail avec la casse du code du travail, de briser nos services publics, de démolir notre système de santé, ils veulent avec la retraite à points plonger toute une partie de notre peuple dans la précarité et la pauvreté.

Ne nous y trompons pas : si le projet du gouvernement devait être mis en place sa traduction, dans les années à venir, serait une explosion du taux de pauvreté chez les retraités. Aujourd'hui ce taux est de 15 % en Europe. Il est de 19% au Royaume Uni et en Allemagne. Il n’est que de 7,3% en France. Un taux très en deçà du reste de l’Europe grâce à la qualité de notre système actuel.

Pour le capital, cette différence correspond à des milliards d'euros qui lui échappent encore, il faut donc aligner les taux de pauvreté vers le haut, rejoindre les plus mauvais élèves de la classe, en abaissant les pensions du plus grand nombre et en favorisant chez ceux qui le pourront le système d'épargne retraite individuelle avec les fonds de pensions ! Quant à tous les autres, s'ils veulent vivre et bien qu'ils travaillent plus longtemps, avec le calcul pernicieux de reprendre d'une main avec des retraites plus courtes donc moins de pension versée, ce qu'il a fallu lâcher un peu de l'autre main.

Casser notre système actuel c’est plonger à terme, comme le reste de l’Europe, quatre à cinq millions de futurs retraités dans la pauvreté.

Ne nous y trompons pas : Emmanuel Macron et ses sbires ont aussi peu d’états d'âme que ceux qui ont pu faire fortune sur le dos des esclaves, ou le font aujourd’hui en vendant des armes qui tuent et mutilent à travers tous les conflits sur la planète.

Avoir peu de considération pour l’humain comme pour la planète c’est dans l’ADN du capitalisme. La lutte pour un véritable droit à une retraite, c’est une lutte pour un choix de civilisation.

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