Un jeudi noir pour Macron et Philippe...Quelle issue ?

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Un jeudi noir pour Macron et Philippe...Quelle issue ?

Macron et Philippe comptaient bien que la très forte réaction à leur projet de réforme des retraites ne durerait que quelques jours, que l'opinion publique basculerait en leur faveur et que la CFDT viendrait les tirer d'un mauvais pas. Hélas pour eux, nous sommes au 17ème jour de lutte et déjà se prépare une 4ème journée nationale le 9 janvier après les deux journées historiques des 5 et 17 décembre qui ont mis chacune plus d'un million de personnes dans les rues et plusieurs millions de salariés en grève. La CFDT pressée par sa base a du rejoindre le mouvement.

L'opération de Philippe cette semaine est un "flop". Après les rencontres bilatérales, celle avec l'ensemble des syndicats est un échec et pour cause le 1er ministre est resté droit dans ses bottes, façon Juppé en 1995, au point que l'idée d'un retrait de cette réforme rassemble de plus en plus de monde. L'opinion publique reste très majoritairement opposée à cette réforme et soutient le mouvement social engagé. Même la CFDT qu'il s'agissait de rallier, reste sur ses gardes. « Il n'y a pas eu d'avancée notable sur l'équilibre », dit-elle. L'on ne se convertit pas d'un coup au compromis qui plus est, en l'état serait très mauvais pour tout le monde.

Faut-il s'étonner de cette situation. Absolument pas. Le macronisme s'est construit sur la certitude que la réforme n'est possible en France qu'avec du courage des gouvernants, de la maîtrise technique et de professionnalisme qui mette hors jeu le politique. Ce que Fillon avait annoncé au début des présidentielles de 2017 avant que ses déboires politico-médiatiques viennent plomber sa campagne !

Depuis le début du quinquennat, les réformes sont passées en force alors que les partenaires sociaux étaient relégués au rang de figurants. La casse du code du travail, la réforme de la SNCF, les privatisations, les plans santé, l'assurance chômage. Le patronat et une partie des électeurs, de droite surtout, approuvaient. Le macronisme s'imposait aux forceps, les résultats viendront valider la démarche a posteriori : tel était le raisonnement de Macron et de sa clique, appuyés par une majorité de députés à l'Assemblée Nationale dont la représentativité est en lourd décalage avec la majorité des électeurs.

Et puis les « gilets jaunes » sont passée par là. Le mouvement s'est conjugué avec un fort mouvement dans la santé notamment autour de l'hôpital public mis en grand danger par les différentes lois des gouvernements successifs. Simultanément deux autres éléments plombaient un peu plus le macronisme, d'une part les Français vivent de plus en plus mal alors qu'une poignée ne cesse de s'enrichir et d'autre part la multiplication des "affaires", celle de Delevoye étant la dernière en date, en plein coeur de l'affrontement de classes sur les retraites.

Emmanuel Macron en voulant changer de pied, s'est pris les pieds dans le tapis. Une nouvelle fois, il a sous-estimé les capacités de notre peuple à résister à ses réformes néolibérales d'autant que peu à peu l'arnaque se fait jour aux yeux de nos concitoyens notamment avec les dispositions sur la retraite des cadres dont l'enjeu financier est de 72 milliards d'euros sur lesquels lorgnent les entreprises au détriment de notre Sécurité Sociale.

Macron disait après les Gilets Jaunes que la réforme devait se faire « avec » les Français et, partant, avec les acteurs sociaux. A ceci près que, pour lui, il s'agit une conversion radicale uniquement dans le discours, alors que son projet de réforme des retraites est d'abord pensé contre les Français et que ceux-ci le constatent clairement au fur et à mesure que les arguments sont avancés par les syndicats ou les partis politiques opposés à cette réforme.

Macron est donc pris à son propre piège. Doit-il jouer le pourrissement du conflit ? Doit-il renoncer et sortir grandi ? Qui est-il s'il recule, qui le suivra à droite s'il pactise avec les syndicats, fussent-ils réformistes ? Rompre avec le passé reste dans sa tête soutenu par la droite la plus dure, et dans un autre coin de sa tête, il sait que s'il passe en force, il peut dire adieu à un deuxième mandat. Le dilemme est crucial, mais à jouer avec les allumettes on finit toujours par se bruler !

Il doit donc tenter une voie médiane, « une transition » : faire des avancées sur les entreprises de transports pour préserver Noël, des ouvertures sur la pénibilité, mais rester d'une fermeté absolue sur le pseudo équilibre du système en limitant le coût des retraites à 14% du PIB, poussé par le patronat et par les fonds de pension tel BlackRock.

Reculer oui, mais en trompe l'oeil et surtout pas sur le point dur qu'il a fixé, entrouvrir la porte pour montrer qu'il y a de lumière, mais rester maître du jeu, car Macronisme et compromis ne rimeront jamais.

Bien sûr on est très loin de là. Le projet de réforme est toujours fortement rejetée par l'opinion publique même si Edouard Philippe a réussi à ouvrir un cycle de discussions, et le camp des partisans du retrait et de l'ouverture de négociations pour consolider le système actuel des retraites a tendance à s'élargir notamment avec une gauche politique qui a ouvert les portes de son rassemblement avec un meeting commun à l'initiative des communistes.

C'est peut être de ce côté que se trouve l'issue à l'affrontement actuel entre le travail et le capital et ses représentants politiques, Macron en tête.

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