Leurs actes s'appellent : des violences policières. Un point c'est tout !!!

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Leurs actes s'appellent : des violences policières. Un point c'est tout !!!
Invité sur BFMTV, le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez, aurait fait selon certains médias, une boulette, en parlant de "violences policières". Un terme que les ministres prennent soin de récuser depuis des mois. Il s'agit pour l'exécutif de nier une évidence mise à nue par les multiples vidéos et reportages pris en direct à l'occasion des manifestations sociales et pacifiques.
 
Car comme chacun doit le savoir, et surtout comme le gouvernement n'a de cesse de le répéter, les "violences policières", ça n'existe pas : qu'il s'agisse d'un croche pied volontaire à une manifestante, d'un tir de LBD à bout portant ou d'un coup de poing au visage d'un homme à terre, il s'agirait toujours, de "faits individuels" de policiers qui subiraient une grande pression. Mais sans savoir quoi exactement ni la provenance : les manifestants, la hiérarchie dans la police, de l'exécutif ?

Laurent Nunez a tenté d'expliquer que c'est "un terme qui laisse à penser qu'il y a un système organisé qui voudrait que la police soit répressive pour faire taire une contestation". "Les policiers, évidemment, ne sont pas violents. La violence de l'Etat, c'est une violence qui est légitime, c'est-à-dire qu'elle est très encadrée", a-t-il soutenu.

Un discours bien rodé, jusqu'à l'horrible lapsus : "Certains essaient de faire croire que les violences policières sont dirigées contre…", dit Laurent Nunez avant de s'interrompre. Perdu ! Il a prononcé les mots interdits.  Embarrassé, il se croit obligé de se reprendre : "Ce qu'ils appellent, pardon, les violences policières - ce que nous nions totalement -, serait dirigé pour réprimer un mouvement contestataire."
 
Ainsi l'expression "violences policières", doit être reniée, disparaître du langage courant, combattue en permanence par le gouvernement et ses ministres. Nicole Belloubet expliquait que, selon elle "le terme violences policières caractéris[ait] une volonté de l'Etat, sciemment pensée". "Je crois que nous ne sommes pas du tout dans ce cadre-là", insistait-elle, convenant cependant que certains faits n'étaient "pas acceptables" et devaient "être sanctionnés". Sibeth Ndiaye, affirmait quant à elle "refuse[er] qu'on jette l'opprobre sur nos policiers parce que ce sont des hommes et des femmes qui font un travail de grande qualité". (sic)

Bien évidemment cela est contesté, notamment par Sébastian Roché qui dit : "Il y a une confusion intellectuelle majeure entre la légitimité et la matérialité. Sous prétexte que certains gestes utilisés par les forces de l’ordre sont légaux, ce n’est pas de la violence. Mais dans certains pays la décapitation est légale, ce n’est pas pour autant que ce n’est pas violent". (Répondant à un interview de Marianne)

C'est Macron lui même, le 8 mars, qui a évoqué cette proscription langagière : "Ne parlez pas de 'répression' ou de 'violences policières', ces mots sont inacceptables dans un Etat de droit", a t-il voulu expliquer à un jeune lors du Grand débat national. Castaner, lui avait alors emboîté le pas, en déclarant : "Il faut arrêter de parler de violences policières, je ne connais pas de policier qui attaque des manifestants." (sic) pourtant les vidéos tournaient alors en boucle sur les réseaux sociaux démontrant tout le contraire.

Mais comment de telles contre vérités sont elles possibles alors que la réalité filmée nombre de fois montre totalement l'inverse. Selon la documentation opérée par Médiapart, la police a pourtant infligé 578 blessures à des manifestants ou journalistes entre novembre 2018 et décembre 2019. Au 21 novembre dernier, 313 enquêtes judiciaires étaient ouvertes à l'encontre de policiers. Combien sont-elles à avoir débouché ? N'y a t-il pas un sentiment d'impunité qui apparait comme scandaleux aux yeux de millions de nos concitoyens ?

Depuis la publication sur les réseaux sociaux, de plusieurs vidéos montrant des actes de violence inqualifiables sur des manifestants, le discours de l'exécutif a été légèrement infléchi, Macron a fait pression sur l'Intérieur lui réclamant des "propositions" rapides "pour améliorer la déontologie" des forces de l'ordre. Aussitôt Castaner a lui aussi changé  de ton : "C’est l’honneur de la police qui est en jeu, on ne fait pas de croche-pied à l’éthique, sauf à s’abaisser, à abaisser la police", a-t-il rappelé.

Sébastian Roché donne son sentiment sur ces annonces : "... mais ces paroles n’engagent en rien. Les politiques, jusqu’à présent aveugles sur la question, ont fait mine de découvrir ce problème. C’est un premier pas dans la bonne direction. Une fois le problème reconnu on peut envisager de le traiter convenablement. Néanmoins, une question subsiste : comment le personnel politique n’a t-il pas pu voir ce que tout le monde a vu ? Si ce n’est par déconnexion avec le monde réel ? Comment n’ont-ils pas vu qu’il fallait envisager sérieusement une réforme de la police ?"

Une concession donc dans la bataille idéologique certes mais n'est ce pas que du verni pour tenter de cacher une autre réalité, celle d'un régime devenu toujours plus autoritaire qui violente les manifestants et les parlementaires quand il veut passer en force et à la hussarde un projet de réforme de retraite rejeté majoritairement par les Français depuis 3 mois.

Certes des groupuscules anti-police existent et dont l'unique but : en découdre avec la police lors des manifestations. A plusieurs reprises cela s'est passé. Mais on observe une asymétrie évidente des armes de police utilisées contre les manifestants qui n'ont jamais été armés comme les forces de l’ordre. Combien de personnes éborgnées ? Combien de personnes dévisagées ? Combien de personnes mutilées ? Cela peut déplaire, oui, mais c’est bien en France que la police a tiré sur des civils non-armés et dont certains très pacifiques et qui rejettent toute forme de violence.

La régression sociale s'accompagne presque toujours de l'autoritarisme, de la répression et de la violence des forces de l'ordre ou patronale, alors que le progrès social et de civilisation sont indissociables de la démocratie et de l'élargissement des libertés collectives et individuelles. C'est une donnée de l'histoire de France depuis la révolution française.  L'exécutif français devra faire avec !

Publié dans Libertés Démocratie

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