Lutte pour nos retraites : quelques réflexions politiques ...

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Lutte pour nos retraites : quelques réflexions politiques ...

Rien y fait. Les mobilisations sont reparties à la hausse avec 1 300 000 manifestants dans la journée de vendredi avec un plus grand nombre de villes avec des manifestations. Et la veille, les syndicats avaient fortement innové avec des manifestations aux flambeaux qui ont été de réels succès.

Pourtant, tant Edouard Philippe que Laurent Berger avaient fait de la pédagogie. On retire l'âge pivot qui est le résultat d'un compromis et non d'une concession aux luttes selon Philippe, l'objectif d'équilibre étant concédé par Berger qui lui, criait victoire. Cela fait un flop retentissant dans l'opinion, alors que la droite monte au front pour demander le durcissement de la réforme car elle sent Macron hésiter, vaciller, fébrile en voyant jour après jour s'amenuiser son potentiel électoral aussi bien à gauche qu'à droite.

Surtout que dans le même temps, l'ensemble de la gauche se rassemble et propose des axes forts pour une réforme de progrès social et de civilisation démontrant la nocivité de la retraite par points et la modernité de la conception historique issue du programme du CNR qui n'a pas pris une ride : On cotise selon ses moyens et on reçoit selon ses besoins !

La droite à quelques semaines des élections sentant l'opportunité de se saisir des hésitations du chef de l'Etat est aux aguets afin de décréter la fin du « Macron réformateur » et de remobiliser ses troupes alors que le socle des soutiens à Macron est de plus en plus ancré à droite.

Concéder aux syndicats, tenir compte de la vieille sociale démocratie de la majorité présidentielle, et maintenir les réformes régressives afin de ne pas perdre sur son aile droite. Tel est le jeu subtil que Macron doit jouer pour limiter la casse aux municipales et laisser ouverte la perspective d'un second mandat en 2022. Est-il assez fin politique, assez intelligent, assez expérimenté pour cela?

On peut en douter. Dans la semaine, trois mauvais moments de communication vont encore fragiliser sa position. D'une part en visite dans les territoires palestiniens occupés, il ne dit pas un mot sur la création de l'Etat de Palestine faisant reculer la position historique de la France sur l'exigence de deux Etats côte à côte vivant dans la paix et le progrès, d'autre part dans l'avion du retour, certainement excédé par les accusations de régime autoritaire dont il fait l'objet, il renvoie les Français à voir la "dictature" ailleurs alors que le climat de violences accélère une régression démocratique lourde de danger pour l'avenir de la France, enfin Castaner sentant que le parti du président va subir une lourde défaite aux municipales se permet une note aux préfets leur demandant de ne comptabiliser les résultats dans le national que ceux des villes de plus de 9000 habitants, ce qui provoque l'ire de tous les partis et celle de l'Association des Maires de France.

Ce sont autant d'erreurs de jeunesse que de peaux de banane sous les pieds d'Edouard Philippe qui doit peu à peu faire des concessions pour garantir les droits acquis des fonctionnaires notamment, quitte à alourdir le coût de la réforme. Poussé par les mobilisations, le 1er ministre parle de « progrès social » et de pénibilité sachant très bien qu'il ne sera cru que par les moutons.

Tout cela contribue au renforcement des mobilisations, et surtout à la hausse du soutien et de la sympathie pour le mouvement (à 51 % chez Ifop). Quelque 61 % des Français pensent qu'Emmanuel Macron devrait « prendre en compte les contestations et retirer la réforme », selon Elabe-BFM.

La lecture s'est imposée d'un président « autoritaire » à 72 %, (+1), au détriment de sa capacité à rassembler (19 %, -3). Le compromis Philippe-Berger n'a pas changé le regard de l'opinion sur cette réforme injuste. C'est le flop total et le début du boomerang à l'image des 1 300 000 manifestants de ce vendredi 24 janvier.

Cette réforme à laquelle Emmanuel Macron s'accroche, reste essentiellement vue comme injuste, inégalitaire et dangereuse pour les femmes. Le soutien à l'action du président est corrélé à la position sociale des sondés : seuls 9 % des ouvriers l'approuvent.

Il y a neuf mois, à la sortie du grand débat, le chef de l'Etat lançait le temps du « protéger » est venu. Sauf qu'il y a un hic plus puissant : les traits forts de Macron construits en début du mandat, se sont perpétués et renforcés au fur et à mesure des évènements : notamment le président des riches, l'arrogance et l'autoritarisme.

Autant dire un quinquennat raté tout comme sa réforme des retraites, sauf pour les 1% des super-riches qui se gavent alors que les autres n'ont rien et qu'on veut encore leur prendre le peu qu'il leur reste !

 

Publié dans Luttes sociales

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