Intervention de Frédéric Boccara en meeting à Belfort

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Intervention de Frédéric Boccara en meeting à Belfort
Intervention de Frédéric Boccara en meeting à Belfort

Merci de votre invitation

Ce soir je suis très fier de venir intervenir au meeting pour soutenir votre liste ici, à Belfort. Parce que c’est une terre de luttes et une liste de lutte. Vous êtes dans un esprit à la fois de construction et de résistance. Et cela, ça fait chaud au cœur. Et cet esprit vous l’avez inauguré tôt.

Vous savez vous engager dans des luttes. Pour ces récentes années je veux citer Alstom, General Electric, l’hôpital, ce sont celles auxqueles j’ai été amené a participer, et qui vous marquent. Il y a aussi celles pour les services publics, que ce soit la culture, que ce soit la santé, l’enseignement le transport ferroviaire ou urbain mais aussi l’énergie.

Vous savez aussi, je crois, que résistance et alternative vont ensemble. Donc résistance et construction vont ensemble.

Vous savez aussi à quel point il est nécessaire de prendre pied dans les institutions. Ce n’est pas parce que on est dans la bataille dure, dans le « contre », pied à pied, qu’il faut abandonner les institutions, bien au contraire.

Vous savez à quel point pourtant ces institutions peuvent être le relais de la logique du capital, le relais de la logique mortifère où le capital domine par son accumulation, le profit capital c’est de voir tout argent pour qu’il fasse contre les êtres humains, contre l’humain d’abord.

C’est quoi le capital ?

Ce n’est pas purement l’argent. Nous, nous ne sommes pas contre l’argent en soi. Nous voulons que l’argent serve à développer.

Mais le capital c’est avoir tout argent pour qu’il fasse plus d’argent, que de l’argent. Avoir tout argent pour qu’il s’accumule. C’est une folie.

Nous voulons de l’argent qu’il serve non pas qu’il domine.

C’est d’ailleurs ce qui, pendant longtemps, a fait l’union des communistes et des chrétiens en France.

Il faut savoir que je viens de dire une phrase du Pape actuel « François ». Eh oui : « l’argent doit servir et non dominer » dit-il.

Donc, cette logique mortifère les institutions actuellement, elles la répercutent partout, que ce soit les communes, l’Etat, mais aussi les agglomérations et les départements ou les régions. Et à chaque fois il faut fusionner, parce que soit disant ça couterait moins, mais ça va être terrible en réalité.

Mais vous savez aussi que ces institutions, elles pourraient jouer un autre rôle. Elles pourraient permettre d’actionner des leviers pour appuyer des projets, des de services publics. On a parlé, vous avez parlé ce soir, de culture, avec les bibliothèques, on a parlé de la santé, on a parlé aussi de l’appui à nos anciens ou aux gens qui sont en précarités, on a parlé du dialogue avec les jeunes et de ce qui se passe dans les cités ; les quartiers paupérisés.

Et puis, les institutions, elles peuvent appuyer les projets des travailleurs pour une nouvelle industrialisation ! D’ailleurs, là où il y a de l’argent, il y a des leviers. Là où il y a des leviers, il faut exercer des pouvoirs. Et les exercer dans la bonne direction !

Si vous me permettez de m’arrêter un peu. Car on m’a demandé de développer un petit peu.

Le capital ce sont des coûts, bien sûr. Mais c’est en réalité 3 choses : ce sont des coûts, des pouvoirs et une logique. … Sans parler des « coups » qu’on prend !

Et le capital, c’est toujours ces 3 choses.

Cette logique de l’argent pour l’argent, elle s’impose à l’hôpital. Du coup il ne reste plus rien pour le développement des salariés et des soignants qui sont en souffrance, de même que les malades. Quand on a rencontré les soignants, ici même à Belfort, en juin dernier, ils nous disaient qu’ils ne se disaient plus « comment ça va ? » après s’être dit bonjour de peur de faire éclater en larmes l’interlocuteur ou l’interlocutrice !

Cette logique, c’est aussi le capital contre l’entreprise. General Electric, c’est un fonds de pension américain qui le domine, qui veut faire son pognon. Et puis il y a ce qui est en cours sur le nucléaire, avec une liquidation, où ils veulent tout vendre, liquider, quitte à désarticuler pour faire vite de l‘argent, « réaliser son capital » comme ils disent. Prendre ses gains. Nouvelle version de « prends l’oseille et tire-toi ! ».

Et vous portez une responsabilité et vous portez la pointe d’un fer de lance nationale et européenne pour le nucléaire, qui pourrait pourtant servir grandement à une vraie transition écologique en France. Et nous avons nationalement la responsabilité de faire avec vous et de vous appuyer et de trouver ensemble des solutions à la hauteur des besoins !

Mais, le capital contre l’entreprise, c’est aussi Alstom, avec sa fusion avec Bombardier dont les conséquences sont loin d’être claires...

On pourrait faire toute une longue liste. Parce que le capital, aujourd’hui, il va contre l’entreprise, contre la production et la réponse aux besoins des gens, contre l’argent pour les compétences de tous les salariés qu’ils soient ouvriers, techniciens, ingénieurs ou chercheurs

Il va contre les recherches et l’élaboration d’inventions hardies. Il va même contre le potentiel matériel, les outils productifs. Alors qu’on a besoin d’une coopération et d’un développement de tous les travailleurs, en réalité on coproduit ensemble, tous les salariés. Et ce n’est pas seulement ceux qui sont dans la production ou la recherche, voir le marketing, mais aussi la formation, les enseignants, si présents dans vos rangs !

Le capital va aussi contre les PME, contre tout le réseau de sous-traitance, avec ses compétences, son potentiel productif et créatif, comme ici avec le plan de suppression d’activités à GE. Mais c’est aussi le cas avec le coronavirus, où on va laisser les PME et les TPE, y compris les commerces et les artisans se débrouiller. Nous proposons au contraire qu’un dispositif vienne les aider à maintenir les salaires et l’emploi, par des avances à 0% et une mobilisation des fonds mutualisés du chômage partiel mais en allant au-delà du seuil d’indemnisation du chômage partiel. L’Etat et la BCE doivent s’engager en ce sens.

Le capital va aussi contre les services publics : avec tout à la fois sa politique d’austérité budgétaire et la façon dont les marchés financiers d’engraissent sur sa dette. Il s’agit de l’éducation, tant dans sa dimension nationale que dans ses dimensions locales (tout le périscolaire), la santé, la culture. Et bien sûr la protection sociale qui est particulièrement attaquée dans sa dimension retraites pour satisfaire le capital et son avidité de profits.

En effet, pour ces services publics, qui sont pour une très grande part des dépenses d’avenir, les communes pour leur investissement, tout comme l’Etat pour l’ensemble de ses dépenses, les besoins peuvent parfois excéder les recettes. On a alors recours à l’emprunt. C’est normal. Le problème c’est qu’alors ce sont les marchés financiers ou les banques qui en usent pour prélever avec les intérêts une véritable dîme contre les services publics. En 2019, le capital a prélevé plus de 40 Md€ sur l’Etat ! C’est énorme. C’est l’équivalent des dépenses pour tout l’enseignement scolaire national (écoles + lycées) !! Et ceci au détriment en particulier des communes.

Sans compter ce que les banques prélèvent sur les communes, la vôtre peut-être ? Savez-vous d’ailleurs savoir que les banques font payer plus cher aux communes moins riches ? C’est le monde à l’envers… pour le bénéfice du capital.

Nous demandons un outil de financement des investissements des communes prêtant à 0% et aussi la renégociation de l’ensemble du stock d’endettement. La Banque centrale européenne (BCE) doit être mobilisée en ce sens. Dans l’immédiat, le pôle public bancaire français peut l’engager, avec la Caisse des dépôts et la Banque des territoires, et exiger son refinancement par la BCE.

Comme quoi les services publics, c’est politique !

Mais j’irai plus loin. Pour nous les services publics, c’est le cœur. Car c’est le développement humain et l’émancipation. L’industrie et les services qui vont avec sont indispensables, créateurs de richesses réelles et répondant aux besoins matériels, mais l’éducation, la culture sont presque un but en eux-mêmes. Les deux doivent aller de pair. Tout au contraire de ce que fait le capital, qui les oppose. L’émancipation humaine des femmes, pour nous, ce n’est pas que le 8 mars. C’est tous les jours !

Précisément en matière d’émancipation, le capital va contre la sécurisation de tous les moments de la vie. Il s’attaque aux retraites, à l’indemnisation du chômage, à la sécurité de l’emploi, tant par les plans de licenciements que par les ordonnances travail qu’il a obtenues de Macron. Or, nous connaissons toutes et tous la fameuse phrase de Laurence Parisot, ancienne présidente du MEDEF, le mouvement du patronat français : « La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait à cette loi ? ». Eh bien précisément, toute une lignée d’émancipation humaine et de civilisation, c’est d’échapper à cette précarité, par la société, en faisant société et en maîtrisant la production de nos moyens d’existence et d’émancipation. Michel Etiévent en a parlé avec la création de la Sécurité Sociale après-guerre, et le combat mené par Ambroise Croizat et ses camarades.

Et vous savez aussi vous rassembler. Pas seulement sur un contenu, comme on le dit souvent. Mais aussi sur une bataille. Sur des axes de bataille, maintenant et après. Sur une liste à l’occasion des élections. Et au-delà pour la construction des batailles nécessaires à venir. Résistance, alternative et propositions vont ensemble. Cela nécessite un travail d’élaboration, dans un rassemblement exigeant qui va de pair avec un travail sur le rapport de forces : l’élaboration et les idées viennent conforter et renforcer le rapport de forces. C’est ce qu’avait travaillé le Conseil national de la Résistance, le CNR. Avec des transformations novatrices dans 3 directions à la fois : les objectifs sociaux avec la création de la Sécurité sociale, les pouvoirs avec la création des comités d’entreprises et les nationalisations de grandes entreprises productives, les moyens financiers avec la nationalisation des grandes banques et la création du Fonds de développement économique et social, le FDES.

Vous savez vous rassembler ai-je dit, entre communistes, qui proposent une vision, une analyse et une organisation tenace, mais aussi militants associatifs porteur d’un enracinement, d’une connaissance du terrain et de la vie de tant de gens, syndicalistes, résistants et lutteurs, aux avant-postes de la bataille contre le capital, mais aussi créateurs parce que producteurs, sans vous rien de tout cela ne serait arrivé, me disait Muriel Ternant. Et puis, encore un mot sur les communistes : c’est aussi que nous sommes un repère, une continuité des combats, où dès 1982-83 nous avons alerté sur le tournant que prenait alors la gauche et avons tenté de nous y opposer, à notre façon.

Alors, on peut prendre chaque domaine, grande multinationale comme General Electric ou Alstom, Services publics, PME , Retraites, santé, … Dans chaque domaine, les institutions pourraient appuyer une autre orientation. C’est pourquoi vous vous rassembler pour prendre du pouvoir sur ces institutions, avec qu’elles permettent d’en exercer sur les entreprises, sur les banques, sur les services publics. Vous l’avez toutes et tous dits, je crois, chacune et chacun à sa façon.

Je voudrais finir en illustrant un peu ce qu’une institution bien précise pourrait faire : la commune. Ce qui est d’ailleurs dans le programme de votre liste.

Elle pourrait agir sur les entreprises. Mais en s’attaquant au capital. En étant un levier face au capital, et en appui aux luttes. C’est-à-dire tout autrement que ce qu’a fait la municipalité actuelle, qui a racheté les locaux et bâtiments, à travers la SEM, pour accompagner la suppression d’activité et d’emploi. Chose que dénoncent d’ailleurs fort peu les autres listes, me semble-t-il !

Il s’agit au contraire de faire levier sur les entreprises pour des projets de développement de l’activité, de l’emploi, des qualifications, pour des investissements matériels et de recherche. Faire levier sur les entreprises et sur les banques.

C’est ce que vous proposez avec le Fonds local pour l’emploi et la formation, véritable institution nouvelle.

Cela prolongerait et renforcerait la bataille que vous menez avec les travailleurs de GE et les syndicalistes pour qu’une institution comme la BPI, banque publique d’investissement, vienne s’impliquer pour financer les investissements, ou pour prendre des participations, avec des critères précis : un développement de l’activité et des richesses créées et de l’emploi.

Ainsi, au lieu de participer ainsi de la baisse du « cout du travail », l’intervention publique serait un appui face aux marchés financiers (détenteurs d’une part importante du capital de GE comme d’Alstom) et à leur logique mortifère de rentabilité financière.

Vous proposez une autre institution nouvelle. Elle peut être créée immédiatement, au niveau de la commune, voire de l’agglomération. Il s’agit du CESEL, conseil économique social et environnemental. Porteuse d’une mobilisation de la commune, elle serait porteuse aussi d’une nouvelle citoyenneté. Bertrand Chevalier, votre tête de liste, insiste beaucoup dessus. Il a annoncé d’ailleurs que son premier acte serait de réunir ce CESEL.. S’il était élu maire, bien sûr !

Il s’agit de quoi ? Il réunirait les représentants des salariés, des citoyens, les élus, les forces vives, les associations, le patronat, les banques, etc. pour faire le point sur la façon dont l’argent public et privé a été utilisé, et pour faire le point des besoins de développement d’activité, de formation, d’emploi ou de services publics. Des engagements y seraient pris. Il permettrait d’en suivre la réalisation, avec l’appui des services publics qu observent et suivent ces activités. Il pourrait s’appuyer sur le Fonds local pour l’emploi et la formation.

Voyez, nous sommes porteurs de l’avenir. Nos solutions, nos voies sont les pistes de l’avenir. Pourquoi ?

Parce que nous savons que le véritable nouveau monde c’est celui où les femmes et les hommes, toutes leurs capacités, sont le but et le moyen de la société. Nous sommes porteurs de l’avenir, car c’est cela qui est au cœur de la révolution informationnelle qui travaille le vieux monde du capital. Le vieux monde du capital et de la domination de tout par le capital financier !

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Tout cela, nous le disons, vous le dites fort et haut.

Et ce n’est pas toujours évident. IL faut ceux qui se lèvent. Et vous êtes de ceux-là.

Alors, en cette période, je voudrais vous livrer une belle citation de Marie Curie, qui m’accompagne beaucoup en ce moment : « on ne fait jamais attention à ce qui a été fait, on ne voit que ce qui reste à faire »

C’est vrai qu’il reste beaucoup à faire. Mais vous avez énormément fait et réalisé !

Vous avez faut bouger les lignes, ici à Belfort. Vous portez une perspective politique. Une perspective avec du fond. Et une perspective sociale : une perspective d’être ensemble, de vivre ensemble, de faire société dans notre diversité. Ce qu’illustre votre liste et sa composition.

Vous mettez dans le paysage politique l’idée que face à Macron, face à tous les feux qu’il pousse derrière sa démagogie, un rassemblement de progrès contre la domination du capital financier sur tous les domaines de la société est possible. Il doit se construire au-delà, dans les luttes et dans les élections, au niveau des communes, comme des départements et des régions, et bien sûr au niveau national.

Muriel me le disait. Votre liste peut être celle du REVEIL, le réveil du sens et le réveil de la politique. Le réveil de celles et ceux qui luttent et travaillent, pour une autre vie, une vie émancipatrice.


 


 


 

Publié dans Elections, Economie

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