Industrie. Le patronat prêt à risquer des contagions à la chaîne

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Industrie. Le patronat prêt à risquer des contagions à la chaîne

Sous la pression des travailleurs et des syndicats plusieurs entreprises non vitales dans la lutte contre le coronavirus ont été contraintes de fermer leurs portes et de mettre leurs salariés soit en télétravail soit au chômage partiel. D'autres n'ont rien voulu savoir et ont poursuivi leurs activités avec l'appui de la ministre du travail. Ces derniers jours certaines ont annoncé qu'elles reprendraient leur activité dans la semaine qui vient.

Un article de l'Humanité revient sur cette question alors que les syndicats se mobilisent pour obtenir l'arrêt des entreprises jugées non vitales au nom de la protection de la santé des travailleurs concernés. Ils peuvent compter sur les communistes qui n'acceptent pas qu'au nom de ses profits, le capital puisse mettre en danger la santé et la vie des salariés.

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Ainsi PSA, ArcelorMittal, Dassault… après une trêve de quelques jours, les grands groupes rongent leur frein et organisent la reprise des usines non vitales malgré le confinement. Un risque sanitaire inconsidéré au nom des profits.

Il y a celles qui n’ont jamais arrêté de tourner et d’autres qui tentent de rouvrir leurs lignes malgré la montée en puissance de l’épidémie dans le pays : nombre d’usines françaises font le pari risqué d’exposer leurs ouvriers au Covid-19, prétendant avoir mis en place des mesures de sécurité renforcée. Mis sous pression par les syndicats et les salariés ayant fait usage de leur droit de retrait sur plusieurs sites dès le début du confinement, les grands groupes comme Airbus, PSA, ArcelorMittal, Dassault, Michelin ou Vallourec, qui avaient temporairement baissé le rideau, entendent dans les jours qui viennent relancer les machines.

« On travaille épaule contre épaule et face à face »

« Il faut prévenir les scientifiques que ce n’est pas la peine de chercher un vaccin, puisque, visiblement, il suffit d’avoir un badge PSA pour être immunisé contre le coronavirus», ironise malgré la colère Jean-Pierre Mercier, délégué CGT central chez le constructeur automobile. Cette semaine, Peugeot-Citroën organise en effet le redémarrage d’un atelier test dans son usine de moteurs de Douvrin (Pas-de-Calais), officiellement pour expérimenter une batterie de mesures de prévention dont la mise en place de distances de sécurité, l’équipement du personnel en masques, etc.

« Certaines mesures sont applicables mais d’autres comme les distances… impossible ! Ils ont compacté les usines depuis des années : on travaille épaule contre épaule et face à face », affirme le syndicaliste.

« En réalité, le but est de pouvoir le plus vite possible alimenter les usines terminales pour être prêts à abreuver, voire inonder le marché dès que le confinement sera levé », ajoute-t-il.

La réaction en chaîne pourrait être faramineuse : «  S’ils rouvrent les sites de montage – d’après nos informations, la direction l’envisage dès la semaine prochaine –, on va être 30 000 à 35 000 salariés à être rappelés, rien que chez PSA. Si on compte l’impact que cela aura sur les fournisseurs ou les sous-traitants, ce sont encore des dizaines de milliers de travailleurs qui vont devoir sortir bosser, ce qui serait un véritable coup de poignard dans le dos des soignants qui appellent les gens à rester chez eux », précise Jean-Pierre Mercier.

« Ceux qui décident de nous remettre au boulot n’ont jamais mis les pieds dans les ateliers. Je les invite à venir travailler avec un masque sept ou huit heures par jour, tous les jours, et de risquer de ramener cette merde de Covid-19 chez eux au lieu de décider derrière leur tablette comme Carlos Tavares (PDG de PSA – NDLR) », s’insurge Régis Scheenaerts, élu CGT au CSE du site de Douvrin.

De fait, le poids de la filière automobile dans ce processus de redémarrage productif semble considérable. Que ce soit dans l’industrie du pneu ou dans la sidérurgie, l’impératif de fournir les usines de véhicules particuliers s’impose un peu partout.

« Michelin essaie de nous faire croire qu’on va reprendre pour faire des pneus de tracteurs pour aider ces agriculteurs héroïques qui nous nourrissent dans cette période de crise sanitaire… mais, d’une part, il n’y a pas d’urgence à changer ses pneus, mêmes lisses, dans les jours qui viennent. Et, d’autre part, on travaille surtout pour l’automobile », pointe Michel Chevalier, délégué syndical central CGT dans le groupe au bibendum.

Chez Dassault, la production devait reprendre ce lundi sur certains sites

« Pour justifier le redémarrage du train à chaud, on nous explique qu’il s’agit dans un premier temps de faire du packaging, comme des conserves pour l’alimentaire, soit. Mais dans un deuxième temps, le but est d’alimenter la filière auto, et là-dessus, on n’est pas d’accord », indique Lionel Burriello, délégué CGT ArcelorMittal sur le site de Florange (Moselle).

Alors que la région Grand Est se trouve dans l’œil du cyclone pandémique actuellement, 12 cas de contamination avérés ont été dépistés et au moins 60 cas sont suspectés dans l’aciérie. « Et ça ne dérange pas ArcelorMittal de rouvrir alors même que l’inspection du travail n’a pas encore rendu les conclusions de son enquête suite à notre procédure de danger grave et imminent », pointe le syndicaliste.

« On sait qu’ArcelorMittal a quelques boîtes de masques, mais ils ne les donnent ni aux ouvriers ni aux hôpitaux d’à côté qui crient à l’aide », ajoute-t-il, appelant les salariés qui se sentiraient en danger à exercer leur droit de retrait.

Mais, au-delà de l’automobile, l’aéronautique n’est pas en reste. Chez Dassault, la production devait reprendre ce lundi sur certains sites. Tandis que d’autres constructeurs comme Airbus ou Safran Helicopter Engines avaient déjà en partie rouvert leurs portes la semaine dernière.

Et qu’importent les conséquences. « Insupportable, les patients vus ce jour en consultation sont tous en activité aérospatiale, automobile, informatique… » s’insurgeait vendredi sur son compte Twitter le Dr Jérôme Marty, médecin généraliste au nord de Toulouse et président de l’Union française pour une médecine libre (UFML). Rien que dans la région de Toulouse, ce sont plus de 100 000 salariés qui travaillent dans la filière aéronautique.

Dans un communiqué paru jeudi, 22 syndicats CGT et Unsa d’entreprises aéronautiques demandaient l’arrêt des activités non vitales et le maintien des salaires du personnel ne pouvant télétravailler. « Notre santé doivent passer avant les profits », martèlent-ils.

Loan Nguyen