L’Assemblée nationale vote la précarisation des contrats courts, mais voyons plus loin !

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

L’Assemblée nationale vote la précarisation des contrats courts, mais voyons plus loin !

Le 15 mai, sous prétexte d’urgence sanitaire, le gouvernement a fait voter la possibilité pour les employeurs de déroger aux règles de reconduction des CDD jusqu'à la fin 2020. Un coup supplémentaire contre le code du travail déjà largement affaibli par l'exécutif.

Poursuivre le détricotage du code du travail. C’est ce que porte la loi « sur les diverses dispositions urgentes face à l’épidémie de Covid-19 » et qu’a voté l’Assemblée le 15 mai. En fait, le gouvernement change tout simplement les règles de reconduction des CDD et des contrats précaires sous prétexte d’urgence sanitaire. Cette décision s'appliquera jusqu'à la fin 2020 mais c'est la durée qui est visée.

Une loi "gloubiboulga" selon André Chassaigne

Le projet de loi a été largement critiqué par une grande partie des groupes parlementaires en raison des 33 habilitations qu’il contenait. Il donnait toute latitude au gouvernement à légiférer dans un délai pouvant aller jusqu’à trente mois (sur le Brexit) sur des sujets aussi divers que la réforme des cours criminelles, les conseils d’administration des associations de chasseurs ou l’harmonisation du traitement des demandes d’indemnisation des victimes des essais nucléaires français. Un vrai « gloubiboulga » pour le Président du groupe communiste André Chassaigne.

En fait, le gouvernement en noyant les sujets, s’emploie à camoufler son objectif de casser le droit du travail et à asséner un coup de boutoir à la protection des plus fragiles.

Au travers d'un amendement gouvernemental pour l’inscrire directement dans la loi, l’exécutif révolutionne le CDD et autres contrats courts. Ainsi une simple « convention d’entreprise » pourra fixer « le nombre maximal de renouvellements possibles pour un contrat de travail à durée déterminée » et « fixer les modalités de calcul du délai de carence entre deux contrats ».

Déjà, assouplies par la loi travail 2, les règles des contrats de ce type sont bouleversées. Chaque branche peut désormais définir, dans le cadre des négociations qui s’y déroulent entre syndicats et patronat, la façon dont elle entend réguler l’emploi des contrats courts, sur leur durée, leur renouvellement ou leur nombre total pour un même salarié. La seule règle est fixée par la jurisprudence européenne : un CDD ne peut pas durer plus de 5 ans !!

C’est donc dans l’entreprise, que les dérogations seront négociées pour tous les contrats courts signés avant la fin de l’année. La seule « ligne rouge » brandie par la CFDT et FO en 2017 vole en éclat sous les applaudissements des députés macronistes qui se foutent totalement des "jours heureux" et accélèrent un après COVID-19 pire qu'avant !

Leur "jour d'après" sera pire qu'avant !

Selon Mme Penicaud, il faut « trouver une solution pour maintenir les compétences ». Elle ose affirmer que ce nouvel assouplissement a pour but de « protéger les salariés les plus précaires » et éviter les « ruptures des contrats courts » alors que le gouvernement fait l'inverse, et pour une durée de sept mois, en abaissant les règles encadrant les CDD.

Face à cette violente attaque, le député communiste Pierre Dharréville a accusé le gouvernement de vouloir précariser des conditions d’emploi. « Vous dégradez encore ce qui était inscrit dans les ordonnances [Pénicaud] », lança-t-il au ministre Marc Fesneau qui considère que la « souplesse » et « l'agilité » doivent être offertes au patronat.

Les socialistes et une vingtaine de « marcheurs » très timidement ont demandé de maintenir la primauté d’un accord de branche qui garantit un contre-pouvoir plus fort face aux employeurs et une égalité de traitement des salariés dans un même secteur.

La députée LREM Cendra Motin considère que les entreprises ont besoin de "souplesse". Vieil argument patronal pour liquider un peu plus le code du travail insupportable au néolibéralisme et augmenter la surexploitation des salariés et leur insécurité.

Ce 15 mai, la majorité LREM et MoDem est donc parvenue à faire ce qu'elle n'avait pu faire il y a trois ans. Les plus fragilisés ne sont décidément pas la préoccupation de ceux qui se qualifiaient il y a encore peu de « nouveau monde ». Leur "jour d'après" sera bien pire que le jour d'avant.

Ce recul social s'organise à marche forcée. En effet, pour le capital l’objectif est de retrouver le plus vite possible un niveau de profits acceptable et de sur-accumuler les liquidités nécessaires pour investir sur un avenir qui lui rapporte encore plus, mais très sombre pour la société ! Cela ne sera pas sans casse, nous susurre chaque jour les politologues qui envahissent les médias. Pour les fanatiques du profit et de la finance, le monde de demain sera encore plus globalisé et plus technologique et nécessairement pour tous plus incertain encore.

La patronat et le capital ordonnent, le pouvoir politique exécute !

Avec l’épidémie, le néolibéralisme n’entend pas renoncer, se mettre en question ou faire son autocritique. Certains peuvent y croire, mais ils n'ont pas le droit de cultiver des illusions et l'inertie du mouvement social que cela peut provoquer. Avec cette réforme des CDD, démonstration est faire une nouvelle fois que le néolibéralisme entend bien agir encore plus brutalement, car il ne peut ignorer le cataclysme que va provoquer la crise économique et financière. Son programme est clair, le mensonge est devenue sa règle, son arrogance, le déni et son mépris ses méthodes de gouvernement.

Cet objectif se traduit aux niveau des entreprises par la recommandation du gouvernement : elles ont carte blanche pour faire ce qu’elles veulent et sans contrainte. Leur unique crédo c’est faire repartir l’économie, et ce, à n’importe quel prix.

Le couple patronat/gouvernement n’est donc pas dans l’improvisation ou l'hésitation. Il cherche à gagner du temps pour construire son « union sacrée, son unité nationale  » afin d'éviter la riposte sociale des travailleurs et du pays. Cette orientation fonctionne au nom d’un désastre annoncé dont nous pourrions nous relever, selon certains experts, qu'en 2026 voire 2035 dans le pire des cas.

Leur objectif est de dynamiter le droit social et pour une très longue période ! « Il va falloir se retrousser les manches, car outre la récession le problème de la France c’est qu’elle est engoncée dans une culture de lutte des classes  » dit Marc Touati qui a pour modèle les dogmes de la rentabilité et de la performance. Ce qui n’est rien d’autre que la méthode Amazon ou Renault Sandouville qui viennent d’être condamnés par les tribunaux pour non respect de normes de sécurité pour les salariés.

Il y a quelques années, Denis Kessler, vice président du patronat déclarait  « il s’agit aujourd’hui ... de défaire méthodiquement le programme du Conseil National de la Résistance (CNR). La France a besoin d’un traitement de choc ».  Geoffroy Roux de Bezieu le président du Medef qui se rappelle des propos de son ainé, a précisé : « Il faudra bien se poser la question tôt ou tard du temps de travail, des jours fériés, et des congés payés pour accompagner la reprise  » ! Edouard Philippe a saisi la ficelle et annonce que la crise « ce sera de plus en plus un choc économique, un choc social, les français doivent se préparer à un effort long ». Le gouvernement a aussitôt fixé le cadre de ses recommandations. C’est la copie conforme des exigences patronales.

Un vaste coup de balai social

Une nouvelle réforme du code du travail se prépare avec une application sans aucune date limite. Elle concernera un droit du travail aménagé, la remise en cause des congés payés, des 35h pouvant aller jusqu’à 60 heures de travail hebdomadaire, une redéfinition des droits des chômeurs et une restriction des libertés individuelles et collectives.

Le gouvernement bafouant les responsabilité des députés, a décidé de fonctionner par ordonnances et directives, il met en musique les demandes patronales en volant des jours de congés aux fonctionnaires et en jetant dans l'insécurité la masse du salariat pour l'accoutumer à cette "rotation contrainte" entre emploi précaire et chômage qui couplée avec la flexibilité créé les conditions d'une augmentation de la productivité et des profits.

Les êtres humains, l'emploi et les masses salariales sont les variables d'ajustement pour atteindre la rentabilité financière recherchée.

Les fonds publics est le second volet de leur exigence. Macron distribue les milliards aux entreprises et à la finance. Une aide de 110 milliards aux patrons est annoncée. A cela s’ajoute 300 milliards de garantie par l’état pour assurer les prêts bancaires, des délais de paiement des cotisations sociales, des remises d’impôts, etc. Par contre on ne touche pas aux dividendes alors que leurs versements en 2019 se sont élevés à 49,2 milliards d’euros soit 15% de plus qu’en 2018, on refuse de remettre en place l'ISF sans parler de l'évasion fiscale qui prive chaque année le budget du pays de 80 milliards !

Le gouvernement a décidé la prise en charge conditionnelle du chômage partiel mais c’est encore une aide supplémentaire apportée aux entreprises. On connait par ailleurs les multiples pressions qui sont et seront exercées pour imposer le travail à domicile, le télé travail. On admet les « dérogations  » mais elles ne doivent pas être exorbitantes. Pour s’en assurer les inspecteurs du travail voient leurs interventions réduites au strict minimum, certains sont sanctionnés pour avoir eu recours à leurs prérogatives.

Ils veulent museler par avance la contestation

Mais, ce n’est pas tout ! Craignant l'expression de la colère, Macron et le gouvernement, anticipent et veulent museler toute contestation, ils investissent dans la surveillance des citoyens au prétexte d'un état d’exception permanent.

Depuis trois ans, les violences policières ont atteint des sommets. Avec les gilets jaunes et depuis le début du confinement, près de 480 000 verbalisations sur 8,2 millions de contrôles effectués au 6 avril. Avec le projet « stop covid » on passe à une autre étape. Il permettra par la collecte d’informations personnelles de placer toute la population sous bracelet électronique et potentiellement à les rendre suspects. Cette mise en fiche des citoyens par le traçage numérique se fait avec le concours de Microsoft auquel Macron a confié le stockage des données de santé, initiative mettant un terme au secret médical. Nous rentrons peu à peu dans une fascisation rampante.

Il ne s'agit pas ici de dénoncer on ne sait quel "complot", non, il s'agit bien d'une accumulation de faits politiques, législatifs et sociaux (anti) très cohérents qui s'inscrivent dans la réponse néolibérale à la terrible crise du capitalisme financiarisé et mondialisé. Ils ne construisent pas des "jours heureux" mais un recul de civilisation sans précédent.

Face au capital, être lucide et résister sans attendre !

Face à une telle offensive qui a lieu maintenant,  nous devons faire preuve de lucidité. Sans une résistance résolue, ils amèneront la France et la planète à la catastrophe. Les CDD ou les jours de congés des fonctionnaires ou les 60h de travail par semaine ne sont que l'apéritif, profitant de la pandémie, ils ont pris une longueur d’avance. Dans l’immédiat la réponse ne saurait être l’union sacrée, l’attentisme ou ce capitalisme "vert" sans odeur et sans contenu qu'ils veulent nous imposer.

Dans les luttes sociales, chaque travailleur, chaque citoyen doit devenir un résistant, un inventeur et un constructeur de l'avenir d'un monde où le libre développement de chacun sera la condition du développement de tous !

Le Parti Communiste et chaque communiste doivent être les fers de lance de ce grand rassemblement populaire agissant ! Cela est fidèle à leur engagement d'un siècle et d'autant plus pertinent aujourd'hui, qu'ils ne sont pas des voyageurs sans bagages. Ils disposent de propositions crédibles qui ne méritent qu'à être connues et mises en débat dans tout le pays !

C'est dans la résistance au Capital, dans chaque lieu de travail (atelier, bureau, service, centre de recherche, école etc), qu'ils doivent faire vivre cette démarche en assumant  les responsabilités et les choix décidés par les travailleurs à l'issue de débats démocratiques avec eux et avec toutes les forces se situant sur le terrain du changement de société par un dépassement du capitalisme. De cette grande bataille émergera une autre civilisation.

Dès maintenant, créer un grand mouvement populaire agissant !

Il s'agit donc d’appeler dès maintenant et de partout à l'action, à la résistance et au rassemblement. Il faut refuser de céder aux pressions de toutes sortes, appeler à l'action pour se libérer, poursuivre le blocage de l'exploitation et de la machine à profits, autant que pour construire une autre civilisation par laquelle les travailleurs s’émanciperont de la dictature patronale. L’entreprise pour cela est décisive car c'est là que se nouent les contradictions de classe.

Ils nous préparent un «jour d’après» pire qu'avant ! Et nous sommes qu'au début d’une crise économique et monétaire exacerbée par la crise sanitaire. La catastrophe boursière s’annonce. De nombreux économistes prévoient son explosion pour les mois à venir.

Où en sera le capitalisme triomphant qui conduit l'humanité et la planète à l’abime ? Que restera- t-il de cette fameuse et fumeuse 3ème voie visant à aménager le capitalisme, comme ce qu'on appelle par effet de mode le "capitalisme vert", avec les prétentions ringardes de la social démocratie qui s’effondrent jour après jour.

C’est maintenant qu'il faut se situer clairement dans le débat et l’action. Et d'un point de vue politique, ou l'on choisit de faire comme hier avec une démarche de sommet qui efface les idées révolutionnaires et conduit une politique d'accompagnement du capitalisme avec de nouvelles déceptions qui feront le lit du nationalisme le plus hideux, ou l'on choisit le combat quotidien, la promotion des idées radicales et transformatrices et sur ces bases on construit un grand mouvement populaire portant les trois volets cohérents d'une autre logique : satisfaction aux besoins sociaux - mobilisation des moyens financier pour les atteindre avec une autre utilisation de l'argent des entreprises, des banques, des institutions et de l'Etat - de nouveaux pouvoirs aux travailleurs, aux citoyens, aux usagers, aux représentants des salariés dans l'entreprise et la cité pour changer les critères de gestion actuellement arc-boutés sur la rentabilité et la chasse aux coûts. 

Il s'agit bien de conquérir par l'action une rupture fondamentale avec la logique actuelle imprimée par le capitalisme et ses relais néolibéraux pour lui imposer une logique de progrès, de développement, de partage et de coopérations.

N'ayons pas peur de l'autogestion

Le pire serait l’attentisme ou considérer que tout cela est un mauvais moment à passer. Dans la période on assiste à une foule d’initiatives prises en charge par les gens eux-mêmes et pour l'intérêt général. Il en ainsi pour les masques où devant l'absence condamnable de l'Etat les couturières volontaires ont pris en charge leur confection et des citoyens volontaires leur diffusion gratuite aux citoyens. Il en est ainsi des soignants et des personnels qui devant l'ampleur de la pandémie ont pris les choses en main dans l'hôpital et ses services pour les réorganiser, pour libérer des lits, en conquérir de nouveaux, pour soigner les patients. Tout cela s'est fait avec une haute administration, des cadres et des managers à la "calculette" absents car confinés dans le télétravail, mis hors jeu et dépassés. Au final, ils n'avaient comme seul choix laisser faire et applaudir l'efficacité retrouvée des actions professionnelles des soignants et de l'hôpital public.

C'est bien tout cela qu'il faut faire grandir et généraliser en faisant preuve d'imagination, d'intelligence et de patience, en prenant des initiatives avec les salariés du public comme du privé, dans l'entreprise comme dans la cité, du local au mondial en passant par le national et l'Europe et en poussant à l'expression et à la créativité de chacun pour entrer dans l'ère de l'autogestion démocratique.

Jean Chambon Section de Pierre-Bénite

Signez la pétition portant cette démarche de fond : https://www.change.org/p/emmanuel-macron-des-milliards-pour-l-h%C3%B4pital-pas-pour-le-capital

 

 

 

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