Personne ne peut plus croire E. Macron...

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Personne ne peut plus croire E. Macron...

Le président de la République assure que rien ne sera plus jamais comme avant la crise sanitaire. Mais tout, dans ce qu’il dit ou fait, est le contraire. Ne soyons pas étonnés, il y a un an, il a déjà lancé la promesse de changement…et on a eu l'inverse !

Macron avait assuré : « Nous ne reprendrons pas le cours normal de nos vies, comme trop souvent par le passé dans des crises semblables, sans que rien n’ait été vraiment compris et sans que rien n’ait changé. » C’était en plein mouvement des « gilets jaunes ». Il avait annoncé au sortir de la crise que plus rien ne serait comme avant. Un an et demi après, il l’a répété : « Sachons, dans ce moment, sortir des sentiers battus, des idéologies, nous réinventer – et moi le premier. »

Bien qu'il y ait deux crises jumelles qui s'exacerbent, la crise sanitaire d'une part et la crise économique et financière d'autre part, les mots sont les mêmes. Dans la majorité, chacun a ses plans pour l’après. La même petite musique émerge des mêmes couloirs ministériels. Il faut tout repenser, retrouver « le dépassement » de 2017, ne se fermer aucune porte. La perspective de 2022 est déjà dans toutes les têtes.

Ce coup-ci, ce sera pour de bon. D’ailleurs, les macronistes parlent aujourd’hui de l’« acte III » pressés d'oublier l'"acte II" qui n'a jamais vu le jour. Les acteurs n’ont pas bougé, leurs idées non plus. Le grand débat à l'issue de la crise des gilets jaunes n'a servi à rien, si ce n'est à tromper !

Il y a eu quelques mea culpa sur les « petites phrases » de Macron et sa fâcheuse tendance à se mêler de tout. Mais la nature a rapidement repris le dessus. Le premier ministre a prononcé un second discours de politique générale où il promettait « un profond changement de méthode » afin de « remettre l’humain au cœur de nos préoccupations ». Et ensuite ? C'est encore l'inverse qui s'est fait !

Des projets adoptés au pas de charge, sans en modifier une seule virgule. « C’est pour le mettre en place que nous avons été élus », insistent le gouvernement et sa majorité. Les corps intermédiaires que l'on avait assurés d'une meilleure écoute, n’ont pas tardé à se rendre compte de la supercherie. Il leur a suffi de voir la réforme de l’assurance-chômage, pour comprendre que les promesses n’étaient pas au rendez-vous. S’est ensuivi l’explosif dossier des retraites et les mobilisations sans précédent, avec au final un 49-3, dégainé alors que le pays connaissait ses premiers cas de covid-19. Démonstration que rien n’avait changé.

Pourtant, tout macroniste jurait à l’époque que les revendications avaient été entendues et tout était désormais fait dans les règles, y compris la réforme de l’hôpital présenté en novembre 2019. Tous vantaient le caractère « exceptionnel » des mesures annoncées. Du jamais vu. Il aura fallu la pandémie mondiale – et une confrontation avec des infirmières – pour que Macron consente à reconnaître « une erreur dans la stratégie ».

Un « plan massif » pour l’hôpital a été promis mais « il n’y a encore rien de très concret », déplore le collectif Inter-Urgences. La mise en place de la deuxième partie de la réforme de l’assurance-chômage, qui touchera les plus fragiles, a été renvoyée en septembre. Quant au projet de loi retraites, il n'est que suspendu, des macronistes se demandent même s’il ne faudrait pas le reporter « dans le cadre d’un nouveau projet présidentiel ».

Cela en dit long sur leur incapacité à sentir le pays. Tout comme le fait qu’une centaine de députés de la majorité aient envisagé que les salariés puissent donner des congés payés aux soignants. À entendre ces propositions et voir plusieurs ministres se féliciter des trois premières années du quinquennat on en vient presque à croire qu’on vit sur une autre planète, dans un autre monde.

La crise a donné raison à tous ceux qui expriment leur colère dans la rue depuis des mois. A contrario, elle a mis à nues les politiques, toutes au service des mêmes, les ultra riches et les grands groupes mondiaux et les arrangements d’un pouvoir incapable de se remettre en question. À ce titre, le sujet des masques est révoltant. Pendant plusieurs semaines, l’exécutif n’a cessé de mentir pour cacher la pénurie. Lundi soir, Macron a renoué avec le déni, en assurant qu’il n’y avait « jamais eu de rupture » de stock !!!

Ces propos ont indigné les Français notamment les soignants. Ils vérifient que Macron n’a tiré aucune leçon de la période, car il est dans l'incapacité de mesurer la force du rejet dont il est l'objet. Lui qui avait affirmé, lors de ses vœux, qu’« on ne bâtit rien sur des mensonges ou des ambiguïtés » continue de jouer les fauteurs de troubles, accentuant une crise de légitimité menant certains députés macronistes à quitter le navire avant qu'il ne coule !

Ses prestations plongent une partie de ses soutiens dans la consternation. Mais lui ne comprend pas que le personnel soignant se moque éperdument des médailles qu’il envisage de leur remettre. Toute la déconnexion du pouvoir tient pourtant dans ce symbole : les soignants comme les citoyens ne sont pas des enfants attendant un Carambar comme récompense de leur engagement pour la santé et la vie des patients. Ceux qui défilent dans les rues le 1er-Mai ne sont pas des « chamailleurs ». Ceux qui luttent depuis des années contre les politiques néolibérales qu’on leur impose n’ont pas besoin de « pédagogie » supplémentaire. Ceux qui affichent leur défiance vis-à-vis d’un État en déliquescence ne sont pas des « Gaulois réfractaires au changement ».

Alors, quand interrogé sur cette défiance grandissante, Macron ne devrait pas répondre, qu’il ne s’« interroge pas sur [ses] états d’âme ». En effet, il ne s’agit pas de ses états d’âme, mais de son exercice effectif du pouvoir. Lorsqu’il explique que « nous sommes un pays qui, depuis des décennies, connaît le doute et les divisions », Macron ne fait que se défausser de ses responsabilités. C’est la caractéristique de son quinquennat : il est au cœur de tout, et pourtant, rien n’est jamais de sa faute.

« Ce qui est important, dans cette période, c’est que s’il doit y en avoir un dernier pour défendre la République dans toute son unité, c’est moi. » Moi, moi, toujours moi ! Alors que des millions de citoyens agissent eux, conformément à l'intérêt général, en refusant de les écouter et en insistant lourdement, il ne fait que préparer le boomerang qu'il prendra dans la figure le moment venu !

Publié dans Politique nationale

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article