Le gouvernement lâche 15 milliards € de soutien à l'aéronautique

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Le gouvernement lâche 15 milliards € de soutien à l'aéronautique

L’industrie aéronautique française et européenne ne connaissait pas la crise. La crise sanitaire conjuguée à la crise économique ont un impact terrible sur le transport aérien, les compagnies aériennes et les constructeurs aéronautiques. Le trafic mondial s’est réduit au strict minimum. Les commandes d’avions ont été repoussées.

Depuis plus de 30 ans l'industrie aéronautique et spatiale connait une forte croissance soutenue par une augmentation constante du trafic aérien, 6% en moyenne depuis 1994.

Cette industrie produit et innove. Les carnets de commandes d’Airbus étaient remplis pour de longues années avec des effets positifs pour des centaines de PME dans toute la France. La crise a mis un coup d’arrêt à cette croissance avec des conséquences pouvant être terribles pour l'emploi d'autant que le redémarrage sera lent. Le trafic aérien ne devrait pas revenir à son niveau de décembre 2019 avant 2 ans.

Cela a des conséquences chez les constructeurs et leurs sous-traitants. Par exemple Airbus a fait le choix de réduire de 35 à 40 % les cadences de production de ses principaux programmes.

  • 300 000 emplois directs et indirects sont impactés et 100 000 seraient directement menacés.
  • 35 000 ingénieurs sont concernés et avec eux des compétences rares
  • Des territoires peuvent être appauvris par des faillites parmi les 1300 entreprises industrielles qui composent le tissu aéronautique français, notamment dans le Sud-Ouest de la France.
  • 34 milliards d’euros par an d’excédents commerciaux sont menacés.

Ces enjeux sont connus et sont humains, sociaux, territoriaux, économiques, écologiques et financiers.

Telles sont les motivations du ministre de l'économie mardi 9 juin pour justifier un plan de 15 milliards d'euros de l'Etat de soutien à la filière aéronautique française. Les 7 milliards annoncés pour Air France étant inclus dans l'enveloppe.

Les grands groupes de l'industrie aéronautique tels que Air France, Airbus, Safran, Thalès, Dassault et leurs sous-traitants vont être servis. Il semblerait à l'écoute des ministres que des contre parties seraient demandées aux entreprises du secteur et notamment à ces grands groupes. Pourtant ce plan ne conditionne pas les aides au maintien de l’emploi alors que de nombreuses entreprises de la filière envisagent des suppressions de postes.

A quoi va donc servir cet argent ? Sur cette question centrale c'est le plus grand flou. Le ministre de l'économie parle d'une industrie plus compétitive. Cela signifie t-il qu'une nouvelle fois le coût du travail serait ciblé avec moins d'emplois et moins de salaires ?

Il parle aussi d'une industrie "décarbonée" c'est à dire qui fabrique des engins de transports plus économes en carburant et émettent moins de gaz à effet de serre, une diminution indispensable pour lutter contre le réchauffement climatique.

Certains pensent qu’il faut profiter de la crise actuelle pour rebâtir un secteur aérien résilient, respectant l’objectif des accords de Paris [sur le climat de 2015] consistant à limiter le réchauffement global à moins de 2 °C. Malgré que de grands progrès aient été accomplis, en 70 ans ans, selon les chiffres du  Gifas, la consommation des avions au siège par kilomètre a baissé de 80 %, les seules innovations technologiques ne suffisent plus.

Ils estiment qu'il faut imaginer une transformation profonde du secteur. La cadence actuelle de réduction des émissions, environ 1 % à 2 % par an, est insuffisante face au taux de croissance annuel du secteur, qui dépasse les 5 %.

Les principales annonces à retenir:

  • Création d'un fonds d'investissement de 500 millions d'euros (un milliard à plus long terme) pour soutenir les PME et ETI, auquel abondent l'Etat, mais aussi Airbus, Safran, Thales et Dassault.
  • Mise en place d'un fonds de 300 millions d'euros spécifiquement dédié à la robotisation et à la numérisation de la filière.
  • Attribution d'aides qui permettront aux compagnies aériennes de ne payer leurs avions qu’au bout de 18 mois au lieu de 6 actuellement.
  • Maintien d’un dispositif de chômage partiel de longue durée pour faire face à la baisse d'activité.
  • Versement sur trois ans d'1,5 milliard d’euros d’aides publiques pour soutenir la transition écologique. Objectif ? "Parvenir à un avion neutre en carbone en 2035".

Les salariés sont donc concernés directement ainsi il faut savoir que des plans aggravant la situation du personnel vont se succéder chez EADS, Thalès, Dassault, Airbus, Safran et Air France, les effectifs de productions et d’études et même des services associés sont menacés. Les salariés des sociétés de sous traitance, les salariés intérimaires vont être en première ligne pour se retrouver sans emploi.

Cette crise est donc en fait triple, sanitaire et sociale et économique, se nourrissant des tares d'un système financier qui ne vit que pour lui même et qui laisse la quasi totalité des populations devant les pires difficultés.
 
La politique du transport, de la recherche fondamentale et appliquée, de la création d'aéronefs ne doit plus être laissée dans les seules mains du capital, des PDG et des Banques privées. D'autant plus quand des fonds publics massifs sont en jeu. Elle doit faire l’objet de décisions démocratiquement élaborées, avec des droits et pouvoirs nouveaux pour les salariés, au niveau des Etats, de l’Europe et d’instances socio-économiques au niveau mondial démocratiquement gérées, sous contrôle de l’ONU.
 
En effet, les 15 milliards étant lâchés, toutes les entreprises vont se précipiter pour demander des aides. Mais avant de les servir, ne faut-il pas en premier lieu demander un état des lieux sérieux des situations et connaître ceux qui ont touché des dividendes ces dernières années ? Ne faut-il pas aussi mettre en place un dispositif pour contrôler l'usage de l'argent. Est-il utile à l'emploi, aux salariés, à la formation, à la recherche, à l'innovation et à la transition écologique ?
 
Les aides de l'Etat doivent servir à imposer aux firmes de se tourner vers les objectifs correspondant aux besoins. Se pose donc la question d’un débat d’orientation, du pouvoir des salariés et de leurs représentants et des élus aux différents niveaux.
 
La question première et urgente est d'empêcher la casse des emplois, des compétences et des revenus. En ce sens le chômage partiel doit être indemnisé à 100% et être "utile" aux salariés, à leur projet professionnelle et à leurs besoins d'enrichir leurs savoirs.
 
Les Communistes veulent faire avancer de manière offensive, le débat avec leur proposition majeure et innovante : la mise en place d'une sécurité d'emploi et de formation et de revenus. Il s'agit d'organiser avec les salariés leur mise en formation sans rupture de leur contrat. leur salaire devenant un revenu de formation financé par l'argent du chômage partiel indemnisé par l'Etat et complété par l'entreprise pour qu'il y ait sécurisation du revenu des salariés en formation. 
 
Cela permet d'éviter le chômage, le non-travail forcé, de gâcher les fonds publics et d'instituer une rotation vertueuse entre travail et formation au lieu d'une rotation nuisible entre travail et chômage. On élèverait alors les compétences de tous et on préparerait l'avenir sur de nouveaux programmes. C'est une nouvelle élévation culturelle des salariés, des atouts pour notre industrie et la voie d'une nouvelle civilisation.  
 
Le plan prévoit également 1,5 milliards d'euros sur trois ans pour favoriser la Recherche et le Développement et décarboner le transport aérien. C’est trop peu d’'autant que l'abandon en avril du projet de motorisation électrique E-Fan par Airbus a été un très mauvais signal.

Enfin, l’avion décarboné du futur reste à inventer. Il nécessitera l’intervention de l’État et la mobilisation des salarié.es concerné-es, en leur ouvrant des pouvoirs nouveaux.

Nous savons qu’il n’est pas question avec Macron, le Medef ou le GIFAS de «jours heureux». Leur avenir risque d'être plus noir qu'avant la crise. C'est donc en termes de luttes, d’actions et aussi de débats d’idées que les militants doivent se mobiliser avec les salariés. Le Parti Communiste Français est prêt à mettre tout son poids pour cela.
 
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