La famille d’Adama Traoré appelle à une nouvelle journée d’action le samedi 13 juin

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

La famille d’Adama Traoré appelle à une nouvelle journée d’action le samedi 13 juin

Les mobilisations de ces derniers jours ont permis de faire avancer les choses dans l’affaire du jeune homme, mort en 2016 lors d’une interpellation. Un rapport de forces qui permet de « faire bouger les mentalités », estime Assa Traoré, la sœur de la victime.

La famille d’Adama Traoré veut « des actes judiciaires ». C’est ce qu’a déclaré ce mardi, à l’occasion d’une conférence de presse, Assa Traoré, la sœur du jeune homme de 24 ans mort en juillet 2016 après son interpellation par des gendarmes.

La veille, la ministre de la justice, Nicole Belloubet, avait proposé de rencontrer la famille, qui a refusé.

« Les discussions ne doivent pas avoir lieu dans un salon de l’Élysée mais devant les tribunaux. La République française doit être garante de la séparation des pouvoirs entre l’exécutif et le judiciaire, cette proposition de rencontre est donc un très mauvais signal »,

a réagi la jeune femme, posant devant une fresque réalisée par l’artiste JR, place Jan-­Karski, dans le 10e arrondissement de Paris, en hommage à son frère et à George Floyd, un Afro-Américain tué par un policier blanc le 25 mai dernier à Minneapolis.

« Si elle veut rencontrer quelqu’un, c’est le procureur, si quelqu’un doit être convoqué, ce sont les gendarmes. »

Un mouvement désormais mondial

Depuis quatre ans, la famille est engagée dans une bataille d’expertises judiciaires. La semaine dernière, après le succès du rassemblement organisé par le comité Vérité et justice pour Adama, dans l’affaire Traoré, mais aussi contre les violences policières en général, qui a réuni près de 20 000 personnes dans la capitale, la justice a annoncé « mettre tout en œuvre pour parvenir à la manifestation de la vérité ». Et dans un communiqué, les magistrats ont confirmé leur volonté d’entendre deux témoins clés dans l’affaire.

« Il aura donc fallu attendre quatre ans et l’installation d’un tel rapport de forces pour que, simplement, la justice fasse son travail », a poursuivi Assa Traoré.

Cette nouvelle avancée s’inscrit aussi dans un contexte beaucoup plus large de lutte contre les discriminations, mouvement désormais mondial, enclenché par le décès de George Floyd, dans des circonstances similaires à celles d’Adama Traoré.

«Depuis la fin du confinement, on entend beaucoup parler du “monde d’après”. Pour nous, ce “monde d’après” a commencé le 2 juin, dans les rues de Paris. Ce n’est que par une mobilisation populaire, et pas seulement de la jeunesse des quartiers populaires mais bien de tout le peuple français, que nous pourrons faire bouger les mentalités»,

estime Assa Traoré, qui souhaite inscrire ses revendications et son mouvement dans l’héritage des luttes pour les droits des immigrés.

La foule présente lors des manifestations pour dénoncer les violences policières et apporter son soutien aux familles des victimes est le témoin d’une génération qui refuse ces inégalités de traitement en fonction de la couleur de la peau. Pour Youssouf Traoré, petit frère d’Adama,

«il s’agit d’un travail collectif. Par notre action, nous prolongeons l’histoire de nos grands-parents qui se sont libérés du colonialisme. Nous nous revendiquons comme les héritiers d’une grande histoire de lutte qui aujourd’hui doit se faire avec l’ensemble des composantes du peuple français».

Pour un contrôle indépendant de la police

Porté par l’écho de cette actualité, le comité Adama appelle à un nouveau rassemblement le samedi 13 juin dans la capitale et demande au préfet de police de « laisser le peuple s’exprimer ».

Une mobilisation qui se poursuivra jusqu’à obtenir la vérité sur les circonstances de la mort d’Adama. Plus largement, le comité demande aussi « que toutes les techniques d’immobilisation soient formellement interdites » et que « la police française soit réformée », a encore ajouté Assa Traoré, et notamment que l’IGPN (Inspection générale de la police nationale) et l’IGGN (Inspection générale de la gendarmerie nationale) soient dissoutes pour être remplacées par des « corps extérieurs ».

Le comité n’avait pas prévu, en revanche, de participer aux manifestations organisées mardi soir pour saluer la mémoire de George Floyd et « combattre le racisme dans la police », à l’appel de plusieurs syndicats (CGT, FSU, Unsa), de partis politiques (EELV, PS, FI, PCF), d’organisations étudiantes et lycéennes (Fage, Unef, UNL), d’associations et ONG (Ligue des droits de l’homme, Mrap, Cran).

Bien qu’interdits par la loi en raison de la crise sanitaire, ces rassemblements ont été tolérés. Les manifestations « ne sont pas (autorisées) dans les faits (…) mais l’émotion mondiale, qui est saine sur ce sujet, dépasse au fond les règles juridiques qui s’appliquent », avait ainsi précisé, mardi matin, Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, au micro de BFMTV/RMC.

Lundi, ce dernier avait déjà annoncé quelques mesures pour améliorer la déontologie policière, dont l’abandon de la méthode d’interpellation dite de l’étranglement. Signe que le gouvernement est très attentif à ce mouvement qui prend une ampleur inédite. 

Sylvestre Rome
Article publié par l'Humanité

Publié dans Luttes sociales, Egalité

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