Aéronautique. Premier acte de résistance des salariés d’Airbus !

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Aéronautique. Premier acte de résistance des salariés d’Airbus !
Aéronautique. Premier acte de résistance des salariés d’Airbus !

Mercredi, à Toulouse plus de 7 000 salariés d'Airbus ont manifesté. Alors que la CGT conteste l’existence du plan qu’elle estime financier, FO, CFTC, CGC veulent limiter l’impact du plan et empêcher les licenciements.

Il n’est pas fréquent que les syndicats d'Airbus décident de l'action revendicative. Mais, lorsque cela survient, le résultat est spectaculaire. Ce mercredi matin un long cortège multicolore s’est élancé, de l’usine Saint-Martin, pour serpenter sur le site de l’aéroport de Blagnac et arriver devant le siège social d'Airbus. L’objectif des 8 000 participants était atteint. L'arrêt de travail a été de 1heure 30 et la banderole de tête affichait : « Non aux licenciements ».

14 931 emplois supprimés en Europe, dont 3 500 à Toulouse sont annoncés – du jamais-vu chez Airbus –, c'était le premier acte de résistance. Il est d'ampleur et réussi !

Le prétexte mis en avant pour justifier cette casse de l'emploi est bien sûr la crise du secteur et la baisse de production de 40 % décidée afin de tenir compte des demandes de report de livraison faites par les compagnies car il y a peu d’annulations de commandes : 66 connues au 2 juin... sur un carnet plein pour huit ans !

La direction d'Airbus se garde bien de parler des 40 milliards de profits réalisés ces dernières années et du cash dont elle dispose.

De même, l’annonce de 303 suppressions d’emploi supplémentaires dans la branche Defence & Space, alors que les commandes de satellites affluent, montre bien que le coronavirus a bon dos. La direction d’Airbus, comme dans les autres grands groupes industriels, veut profiter de la crise sanitaire pour améliorer sa compétitivité. C'est pourquoi elle engage un jeu de dupes qui vise à échanger la préservation de quelques centaines d'emplois contre la remise en cause d'acquis sociaux qu'elle entend annoncer lors d'une négociation prévue sur 4 mois.

Rappelons que le gouvernement a donné aux quatre « grands » de l’aéronautique (Airbus, Safran, Thales, Dassault) les clés pour gérer 1,5 milliard d’aide à la filière : à eux de décider qui doit faire faillite, qui doit être racheté... De l'argent pour restructurer, éliminer les sous-traitants, précariser l'emploi.

Audrey s'est confiée à l'Humanité : « il n’y a pas assez de transparence dans le plan social ». « Je ne sais pas si ces 3 500 suppressions d’emplois sont indispensables. En tout cas, je souhaite qu’on évite les licenciements secs », affirme-t-elle. La jeune femme reste sceptique : « Espérons que le plan soit fait pour sauver Airbus, pas pour les profits. » Embauchée en avril 2018, elle travaille dans le service en relation avec les sous-traitants de l’A320 : « J’étais impliquée dans la montée en cadence pour produire l’A320 et, tout à coup, la cadence retombe. »

Repousser le plan de la direction de six mois

« Quel message fait-on passer à la jeunesse ? » s’alarme Catherine, l’avenir semblait tout tracé pour ces jeunes et ils se trouvent aujourd’hui refoulés aux portes des usines. Elle craint « une explosion sociale ». Elle plaide pour que le plan de la direction soit repoussé de six mois, jusqu’à la fin 2021, pour en réduire l’impact, ce que le PDG Guillaume Faury ne semble pas décidé à faire.

« Il faut admettre que la baisse de charge est très importante, assure Éric, militant CFTC » Son syndicat a pour objectif d’amortir par la négociation la catastrophe sociale annoncée et contrer les licenciements secs. « Avec des mesures d’accompagnement, on pourrait éviter à Toulouse un millier de suppressions d’emplois. La direction doit apporter la preuve que ses choix garantissent l’avenir », veut-il croire.

Vincent se montre plus optimiste. « Airbus compte 7 500 avions sur son carnet de commandes. Les livraisons ont été reportées, pas annulées. Nous sommes dans le creux de la vague mais la reprise va venir », fait-il remarquer. L’État d’esprit de ses collègues ? « Il y a des inquiétudes mais nous sommes déterminés à trouver des solutions. Nous sommes soudés. La preuve ? La manifestation d’aujourd’hui »

Dans le cortège, une pancarte proclame : « L’A321 à Toulouse ! » Il s’agit de la nouvelle version de cet appareil, l’A321 XLR, qui devait être assemblée ici même avant que Guillaume Faury ne la « mette en pause ».

Une décision incompréhensible pour Vincent : « Ce sera le best-seller d’Airbus ! Grâce à son rayon d’action plus important, il sera plus efficient. Airbus doit se positionner sur ce créneau et dans le bon tempo. »

Derrière le grillage en bout des pistes. José intervient « C’est la première fois que je participe à une manifestation de cette ampleur, confie ce peintre sur avion. Ça montre que nous sommes solidaires. Airbus, c’est une famille. » Que pense-t-il des mesures de départ anticipé proposées par des syndicats ? « J’ai 48 ans, je suis loin de la retraite. Je ne sais pas de quoi demain sera fait », explique-t-il.

Des militants CGT portent une pancarte : « Pendant des années, les actionnaires ont bien profité. »

La CGT conteste le bien-fondé des suppressions d’emplois. À 42 ans, un chaudronnier-soudeur à l’usine Saint-Éloi a « l’impression que cette crise sert à restructurer la boîte ». Mathieu lui aussi peintre sur les avions, « ne comprend pas non plus ce plan de licenciement alors que l’État a versé 8 milliards d’aides publiques à la filière ». Il dit ce qu’il a sur le cœur : « Depuis quand les ouvriers comme nous, on coûte cher aux patrons ? »

La mobilisation était à l'ordre du jour aussi à Saint-Nazaire  "Aujourd’hui, on exprime notre mécontentement et on veut interpeller les salariés " a expliqué Régis Belliot, secrétaire de CGT Airbus, où le syndicat représente 11 % des salariés. A midi, un peu plus de 500 personnes se sont rassemblées devant l’usine de l’avionneur à Saint-Nazaire, en réaction aux suppressions de postes annoncées à Nantes (484), Saint-Nazaire (386) et chez le sous-traitant Stelia (201). Une manifestation avec 500 salariés a exprimé la solidarité avec la manifestation de Toulouse.

La CGT très implantée chez certains sous-traitants appelle à une manifestation des travailleurs de l’aéronautique d’Occitanie le 9 juillet jusqu’à l’aéroport de Blagnac, en lien avec les travailleurs d’Air France. Une coordination des syndicats CGT de la filière se met en place.

Sources : CGT - Humanité

Publié dans Luttes sociales, Industries

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