Gisèle Halimi : une grande dame nous a quitté...

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Gisèle Halimi : une grande dame nous a quitté...

Grande tristesse. Gisèle Halimi nous a quitté. A 93 ans elle est décédée dans la sérénité selon son fils. Avec sa disparition, la France perd une grande avocate, une militante féministe, humaniste, anti-colonialiste, progressiste. Une femme engagée pour « la Cause des Femmes » et des libertés car elle ne supportait pas l’injustice et ressentait l’impérieux besoin d’agir.

Gisèle Halimi était une militante militante des libertés, de l'émancipation, en particulier pour les Femmes et leurs Droits.

En 1971, Gisèle Halimi fonde avec Simone de Beauvoir l’association « Choisir la cause des femmes ». Elle deviendra la figure de proue du mouvement en faveur de ce que l’on appellera plus tard l'IVG. Elle est signataire du célèbre manifeste des « 343 salopes » paru dans le Nouvel Observateur, où 343 femmes déclarent avoir avorté à un moment où l’avortement est passible d’emprisonnement.

A Bobigny, le procès de Marie-Claire, une jeune fille de 17 ans, lui permettra de gagner la bataille de l’opinion en faveur de la légalisation de l’avortement. Gisèle Halimi appelle à la barre de nombreux témoins qui aident à faire bouger l’opinion. De ce combat politique et de cette victoire judiciaire et médiatique naitra la loi Veil en 1975 qui légalise l’IVG.

En 1974, l’avocate plaide pour 2 jeunes femmes qui accusent 3 hommes de les avoir violées pendant qu’elles campaient. La défense de Gisèle Halimi permet de faire bouger l’opinion et fait l’Histoire. Ce procès et les mobilisations féministes de la décennie 70 aboutissent au vote de la loi de 1980 qui reconnaît le viol comme un crime et le définit précisément.

Son livre « Djamila Boupacha » raconte sa défense de la militante FLN, Djamila Boupacha, arrêtée en 1960 pour une tentative d’attentat à Alger, dont les aveux ont été arrachés par la torture et le viol. Gisèle Halimi fait le procès politique des méthodes de l’armée française et d’une justice qui s’appuie sur la torture pour obtenir des aveux. Avec Simone de Beauvoir, elles réunissent un comité avec Jean-Paul Sartre, Germaine Tillion, Louis Aragon et Elsa Triolet, Geneviève de Gaulle, Aimé Césaire qui contribuera à donner une visibilité médiatique et internationale au procès.

Gisèle Hamili a commencé sa carrière en défendant les indépendantistes d’abord tunisiens puis les algériens du FLN en utilisant ces procès pour en faire des tribunes contre la colonisation et contre la torture.

Elle raconte son parcours dans un autre livre « avocate irrespectueuse », irrespectueuse de l’injustice et des institutions qui contribuent à ces injustices. Une position courageuse et singulière pour les avocats à l’époque, à qui l’on demandait obéissance et respect des « autorités » et de l’État. Ainsi, elle expliquait :

« Être avocate, pour moi, c’était le moyen de tenter de changer ce que je n’aimais pas dans ce monde : l’injustice, le rapport de force, le mépris des humbles, le mépris des femmes. Or, en disant qu’on allait respecter la loi, on disait que l’on allait respecter l’infrastructure la plus forte, la plus solide, d’une société que je voulais changer. Donc c’était contradictoire. »

Gisèle Halimi est élue députée de 1981 à 1984 avant d'être nommée ambassadrice de la France auprès de l'UNESCO par François Mitterrand.

Elle continuera à mener ces combats avec la gauche pour faire entendre sa voix, chaque fois que cela est nécessaire nécessaire. Par exemple, ces dernières années pour défendre la pénalisation des clients de prostituées.

Dans un autre de ses livres, "Fritna", Gisèle Halimi a raconté son enfance dramatique. Née à Tunis dans une famille juive très pauvre, elle a vécu ce que signifiait alors d’être considérée comme inférieure, juste un corps qu’on doit protéger pour pouvoir un jour la marier. Gisèle Halimi a ressenti au plus profond de son être l’absence d’amour de sa mère. Elle a ainsi témoigné :

« Ma mère ne m’aimait pas. Ne m’avait jamais aimée, me disais-je certains jours. Elle, dont je guettais le sourire – rare – et toujours adressé aux autres, la lumière noire de ses yeux de Juive espagnole, elle dont j’admirais le maintien altier, la beauté immortalisée dans une photo accrochée au mur où dans des habits de bédouine, ses cheveux sombres glissant jusqu’aux reins, d’immenses anneaux aux oreilles, une jarre de terre accrochée au dos tenue par une cordelette sur la tête, elle, ma mère dont je frôlais les mains, le visage pour qu’elle me touche, m’embrasse enfin, elle, ma mère, ne m’aimait pas. » écrit-elle dans cet émouvant récit.

Surmontant cet amour qui manque au moment où l’on en a tant besoin, Gisèle Halimi a su donner aux femmes et aux hommes qui en avaient le plus besoin sa voix douce et déterminée pour faire reculer l’injustice.

Gisèle Halimi est engagée depuis toujours pour la cause anticolonialiste et les droits de l’homme. Cet engagement elle le manifestera encore à côté du peuple palestinien, elle l'exprimera avec conviction :

"Un peuple aux mains nues – le peuple palestinien – est en train de se faire massacrer. Une armée le tient en otage. Pourquoi ? Quelle cause défend ce peuple et que lui oppose-t-on ? J’affirme que cette cause est juste et sera reconnue comme telle dans l’histoire. Aujourd’hui règne un silence complice, en France, pays des droits de l’homme et dans tout un Occident américanisé. Je ne veux pas me taire. Je ne veux pas me résigner. Malgré le désert estival, je veux crier fort pour ces voix qui se sont tues et celles que l’on ne veut pas entendre. L’histoire jugera mais n’effacera pas le saccage. Saccage des vies, saccage d’un peuple, saccage des innocents. Le monde n’a-t-il pas espéré que la Shoah marquerait la fin définitive de la barbarie ?"

Ce cri prend toute sa force aujourd'hui !

Nous n'oublierons pas Gisèle Halimi. Ses combats continueront à inspirer les générations qui viennent. Respect à cette grande dame.

Publié dans Libertés Démocratie

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