De nouveau la colère s'est exprimée massivement ce samedi au Liban

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

De nouveau la colère s'est exprimée massivement ce samedi au Liban
De nouveau la colère s'est exprimée massivement ce samedi au Liban
De nouveau la colère s'est exprimée massivement ce samedi au Liban

Contenue quatre jours durant, depuis les explosions au port de Beyrouth, qui a fait jusqu'ici 158 morts et plus de 6.000 blessés, la colère populaire a explosé hier, place des Martyrs où les manifestants ont afflué par milliers dès 15 heures.

Munis du drapeau libanais, c'est en conspuant les responsables politiques, accusés d’incurie et d’incompétence et tenus responsables de la tragédie du 4 août, que les contestataires ont convergé, en masse, vers la place des Martyrs. Une scène souvent répétée depuis ce célèbre 17 octobre 2019, le jour où tout a commencé.

« Mon gouvernement a tué mon peuple », lit-on sur une pancarte en carton. « Vous étiez des corrompus, vous êtes devenus des meurtriers », dit une autre. « Vous êtes confortablement assis sur vos sièges ? L’histoire retiendra que votre mandat fut celui des tragédies », « Nos lendemains seront meilleurs parce qu’ils ne peuvent pas être pires », autant d'expressions qui illustrent la colère d’un peuple meurtri pour qui la double explosion du port de Beyrouth est symbolique des conséquences tragiques, au delà de la crise économique et financière aiguë que traverse le pays depuis plusieurs années, que peut avoir l'incurie, la corruption, et l'incompétence de la classe politique libanaise.

« Je suis venu hurler la rage, la colère, affirme Charif Majdalani, écrivain. Nous sommes tous venus dire la même chose : cassez-vous ! »

Sur la place des Martyrs, qui porte ce nom en hommage des Libanais pendus par les Ottomans, des potences ont été dressées à quelques mètres de la statue en bronze. Avec des silhouettes grandeur nature en carton pendent les hommes politiques, la corde au cou : le Premier ministre Hassane Diab, le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, le chef du Parlement, Nabih Berry, le leader du courant du Futur, Saad Hariri… aucun responsable politique n’est épargné y compris le chef de l’État, Michel Aoun.

« Je suis descendue manifester pour mon fils et pour tous les enfants du Liban, lance Mirna. Je veux qu’ils restent au Liban et qu’ils reconstruisent le pays. Je ne veux pas les voir vivre ce que nous avons vécu. Aujourd’hui, comme à chaque fois que je descends, je garde l’espoir de voir venir le changement. Je ne serais pas venue si je n’étais pas armée de cet espoir. Il est important de ne pas baisser les bras. De continuer à essayer, jusqu’à ce que le changement ait lieu. »

Plus loin, Maya, la trentaine, une inconditionnelle du mouvement populaire depuis ses débuts. Ses yeux brillent de colère. « Si, après la tragédie de Beyrouth, le peuple doit tenir bon jusqu’à ce qu'il les (responsables politiques) dégage »

Makram, la quarantaine, est convaincu que ce rassemblement est différent, parce qu’il est motivé par « la douleur et la colère » dit-il. Il est sûr que nous allons être attaqués, mais l’important c’est de rester dans la rue, jusqu’à ce que le changement ait lieu. »

La contestation passe à la vitesse supérieure et prend d'assaut des ministères. «Beyrouth, une ville sans armes », « Beyrouth capitale de la révolution ». Voilà ce que l'on pouvait lire, en ce samedi de la colère, sur les banderoles déroulées sur la façade du Palais Bustros, quartier général de la diplomatie libanaise. Le perron est noir de monde.

Le Palais Bustros a été investi par les manifestants qui ont décidé d’en faire leur quartier général. « Thaoura, thaoura, », crie la foule autour du général à la retraite, Sami Rammah, qui lit un communiqué, dans lequel il annonce que le Palais Bustros sera désormais « le siège de la révolution ».

Ceux qui ont déroulé ces deux banderoles aux couleurs du Liban, sont les mêmes qui criaient, dans le centre-ville de Beyrouth, mais aussi au Palais Bustros, leur colère, après la tragédie, et leur rejet de la classe politique libanaise.

Le Palais Bustros n'est pas le seul ministère à avoir été pris par les manifestants. Ils ont aussi investi les locaux des ministères de l’Environnement, de l’Énergie, de l’Économie et de l’Association des banques du Liban. Des actes forts qui montrent la détermination des manifestants à ce que les choses changent vraiment de fond en comble. Une détermination aussi a montré aux forces extérieures étrangères que rien ne se décidera sans l'accord du peuple libanais !

"Cela n’est plus possible" affirme Ghassan qui observe que la colère exprimée hier est différente. « Aujourd'hui, la colère est silencieuse. Les gens sont tristes. Ils marchaient comme s’ils étaient à des obsèques et c’est lorsque cette colère a éclaté qu’elle est devenue très violente », dit-il en commentant les heurts qui ont eu lieu dans le périmètre du Parlement avec les forces de l’ordre.

« Nous voulions nous exprimer différemment, nous imposer, cesser de recevoir des coups et commencer à en donner », ajoute Ghassan pour expliquer la prise des ministères. Il estime, que ce nouveau round du soulèvement populaire est appelé à durer. Parce que la rage est trop grande, presque étouffante chez les manifestants, déterminés cette fois à faire en sorte que leur mouvement aboutisse.

« Nous voulons occuper tous les ministères, confie un militaire à la retraite. Si nous avons commencé par les Affaires étrangères, c’est parce que nous avons voulu envoyer un signe aux capitales étrangères, notamment occidentales. Nous voulons qu’elles nous écoutent ». Il dit être déterminé à ne pas baisser les bras. « Nous sommes prêts à mourir pour notre patrie, pour nos fils », hurle-t-il.

Les agressions des forces de l'ordre ont débuté dès 15 heures, lorsque des manifestants ont lancé des projectiles vers les barrières qui entravent les accès au Parlement. Les forces de l’ordre ont riposté avec des bombes lacrymogènes repoussant les manifestants vers la place des Martyrs.

Plus les affrontements s’intensifiaient et plus la foule grandissait. Vers 18 heures, les gens, des hommes, des femmes, des manifestants venus en famille, avec enfant et grands-parents, affluaient encore vers la place des Martyrs. L’autoroute de Dora vers Saïfi était tellement bloquée que les personnes ont laissé leur voiture, poursuivant à pied.

Alors que les affrontements s’intensifiaient, des appels sont lancés par haut-parleurs pour demander aux manifestants de ne pas quitter les lieux.

En début de soirée, les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre se durcissent. Dans son bilan, la Croix-Rouge libanaise, précise, elle, avoir transporté 63 blessés vers les hôpitaux et soigné 175 personnes sur place.

Vers 23 heures, le calme était revenu à la place des Martyrs, où quelques manifestants campent.

La puissance des manifestations a conduit le 1er ministre a une intervention dans laquelle a proposé la tenue d'élections législatives anticipées pour sortir de la crise "structurelle" du pays. Des législatives anticipées est l'une des principales revendications du mouvement populaire contre la classe dirigeante.

"Lundi, je soumettrai au Conseil des ministres un projet de loi pour la tenue d'élections législatives anticipées." "J'invite l'ensemble des partis politiques à s'entendre sur la prochaine étape. Ils n'ont pas beaucoup de temps. Je suis prêt à assumer mes responsabilités pendant deux mois supplémentaires, jusqu'à ce qu'ils aboutissent à un accord", a-t-il ajouté.

Plus tôt dans la journée, les députés du parti Kataëb, Samy Gemayel, Nadim Gemayel et Elias Hankache, ainsi que la députée indépendante Paula Yacoubian, avaient annoncé leur démission du Parlement, trois jours après celle de Marwan Hamadé.

"Gérer la calamité qui a frappé le pays relève d’une grande responsabilité. Une seule partie ne pourrait pas, seule, supporter la situation actuelle. Le pays ne peut pas tolérer les surenchères politiques. La douleur est trop grande, et chacun est tenu de laisser de côté ses comptes électoraux et son discours populiste. Aujourd'hui, nous devons assumer notre responsabilité nationale. Le pays vit une catastrophe massive, dépassant de loin sa résilience", a déclaré Hassan Diab.

Dans cette courte allocution, le Premier ministre a également évoqué l'enquête sur la déflagration qui a dévasté le port de Beyrouth et qui est, selon lui, "l'un des résultats de la corruption". "L'enquête révélera les faits, et ne prendra pas trop de temps ; les enquêtes seront menées à terme et s'étendront à tous les acteurs de cette catastrophe. Tous les responsables devront être entendus, a-t-il assuré, promettant que personne ne bénéficiera de protection.

 

Publié dans Moyen Orient

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