Pourquoi et comment l'impérialisme fait feu de tout bois au Moyen Orient et en Méditérranée

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Pourquoi et comment l'impérialisme fait feu de tout bois au Moyen Orient et en Méditérranée

Après la catastrophe survenue au Liban, deux nouveaux événements ont attiré l’attention dans la région : Les tensions en Méditerranée provoquées par la Turquie pour la recherche et l’appropriation de gisements gaziers dans des zones maritimes contestée par la Grèce d'une part et l’accord de normalisation des relations entre Israël et les Émirats Arabes Unis d'autre part.

Ces deux événements singuliers n’en sont pas moins intimement liés à une réalité commune : La recherche de rapports de forces au sein de l’impérialisme dans une région sensible par ses enjeux géostratégiques et énergétiques.

Après la disparition de l'Union Soviétique, le terrain était libre pour des interventions militaires majeures en Irak, Syrie, Yémen, Libye... qui ont modifié les données régionales. À la fin du duopole d’alliances autour de l’URSS et des USA assurant un équilibre conflictuel dont l’existence de la Palestine était l’un des sujets majeurs, s’est substitué un affrontement dans lequel de nouvelles alliances se nouent autour des puissances régionales, agissant pour le compte de forces impérialistes d’un rang majeur (USA et UE), et aussi pour leur propre compte.

Ces puissances régionales : Israël, Iran, Turquie, Arabie Saoudite veulent étendre leur influence. Elles sont à l’origine et interviennent dans les conflits en cours, en particulier en Syrie, en Libye ou au Yémen. Un axe s'est créé autour de la Turquie qui met à profit son ambivalence d’alliances à la fois avec la Russie et au sein de l’OTAN pour pousser ses pions en Méditerranée. Privée de ressources énergétiques gazières et pétrolières elle veut imposer son « droit » à rechercher et exploiter ces ressources dans des espaces maritimes que lui conteste la Grèce.

La Grèce, membre de l’Union Européenne et de l’OTAN, comme la Turquie, y recherche abri et appui, entrainant une escalade à laquelle la France n’est pas étrangère. Quoi de plus naturel dans ces conditions, pour la Turquie d’affirmer son soutien au peuple palestinien pour rallier à sa cause les pays de la région qui sont sous son aile et tenir des discours nationalistes et « anti-impérialistes »! Dans ce domaine, la Grèce n’est pas en reste et attise de son côté le ferment nationaliste.

Les peuples turcs et grecs n’ont rien à gagner à cet affrontement, comme le soulignent les Partis Communistes de Grèce et de Turquie dans une déclaration commune :

« Les deux Partis Communistes notent que les relations entre les deux pays sont encore compliquées par la concurrence entre les classes bourgeoises de Grèce et de Turquie pour devenir la plaque tournante de l’énergie et un centre de transit et leur lutte acharnée pour la distribution de la richesse énergétique dans la région. Cela fait partie du conflit plus large entre les classes bourgeoises, les monopoles et les alliances impérialistes qui ont fait déjà couler le sang des peuples de Syrie et de Libye et menacent le golfe Persique. Ces intérêts contradictoires n’ont rien à voir avec les intérêts des peuples ».

L’accord entre Israël et les Émirats Arabes unis (EAU) relèvent de la même recherche de redéfinition du rapport des forces, avec comme axe une alliance en opposition à l’Iran et à la Turquie. Les relations entre ces deux pays ne sont pas nouvelles, ce qui l'est, c’est qu’elles formalisent et officialisent l’abandon du peuple palestinien dont l’enjeu ne présente plus d'intérêt face à la concurrence au sein de l’impérialisme.

Les EAU ne sont pas seuls, ils rejoignent l’Égypte, la Jordanie, l’Arabie Saoudite dans des relations officielles ou officieuses avec Israël, soutenues par les USA. L’un des promoteurs importants de l’accord EAU Israël n’est autre que le gendre de Trump à l’origine du sinistre plan d’annexion d’une grande partie de la Palestine par Israël !

Les affirmations par les EAU que leur accord aurait stoppé l’annexion des territoires palestiniens, est un mensonge cynique et une honteuse hypocrisie.

Les événements dans la zone Méditerranée, Moyen et Proche-Orient doivent être analysés et compris en lien étroit avec l'exacerbation liée à la redéfinition des rapports de forces régionaux et mondiaux. Aucun continent n’échappe à cette donnée, c’est vrai en Europe, on le voit avec l’Ukraine et la Biélorussie, c’est vrai en Afrique, en Asie et en Amérique.

Ce sont les plus grands dangers pour les peuples car ces contradictions propres à l'impérialisme s’accompagne d’une montée en puissance des capacités et des budgets militaires des États. Car l'impérialisme ne recule devant rien pour ses conquêtes nouvelles (Territoires, sous-sols, exploitation des hommes et marchés) ou pour défendre son pré carré que sont ses marchés, l'exploitation des sous-sols et des travailleurs des pays qu'il domine et occupe.

Pour les peuples, l’alternative est simple : ou ils accompagnent leurs dirigeants capitalistes (néolibéraux ou sociaux libéraux) au risque de devenir leur chair à canon ou ils s'engagent dans les mobilisations, renforcent leur solidarité pour défendre la paix partout dans le monde, pour faire respecter la souveraineté de chaque Etat, pour conquérir le progrès social, environnemental et démocratique avec des propositions radicales de transformation à porter au coeur des luttes contre le capital et engager un processus de dépassement du capitalisme et de ses multinationales et ouvrir la voie à une nouvelle civilisation.

Une des données majeurs également de la période, ce sont des soulèvements populaires puissants autour d'exigences rassembleuses qui viennent bousculer les jeux et projets capitalistes. Ayons à l'esprit le soulèvement populaire au Liban depuis plus d'un an, celui  du Mali ou de l'Algérie ou aux USA où dans les villes se poursuivent les manifestations avec des travailleurs, des jeunes, des classes moyennes surendettées, des Blancs, des Noirs, des Latinos, des Asiatiques, unis dans l’action, et pas les uns sans les autres.

Ce qui est tout à fait nouveau, c’est le degré atteint par ces convergences, y compris à l’échelle mondiale avec des rassemblements de masse souvent interdits et toujours réprimés. C’est le cas en France, en Allemagne, en Italie, en Espagne, en Autriche, en Pologne, mais aussi en Amérique latine, au Brésil, au Mexique, en Argentine, au Chili, en Asie, au Japon, en Inde, au Sri Lanka, et jusqu’en Australie ou en Nouvelle-Zélande.

Ce mouvement, caractérisé par l’ampleur et la durée, a permis la mise en échec la tentative de Trump et du capital de tenter un coup d’état militaire soit au Venezuela soit à Cuba soit ailleurs.

Nous sommes dans une phase d'accélération des évènements et d'aggravations des contradictions où s'affrontent le capitalisme mondialisé et financiarisé et les peuples appelés à l'époque de la guerre froide "le 3ème grand", la période a changé mais les données majeures restent les mêmes et si nous voulons éviter un monde unipolaire autour de l'impérialisme le plus puissant, plus que jamais ce 3ème grand doit intervenir, se faire entendre et prendre les pouvoirs au capitalisme pour que domine l'intérêt général et la paix.

 

Publié dans Moyen Orient, International

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