Santé, rien ne va plus dans les réanimations... au bord de l'asphyxie

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Santé, rien ne va plus dans les réanimations... au bord de l'asphyxie

Selon les professionnels, il manque 1 000 médecins réanimateurs en France. Un déficit aux conséquences lourdes au quotidien, et encore plus en situation de crise – épidémie ou canicule.

« La réanimation menacée d’extinction ! » C’est l’Association nationale des jeunes médecins intensivistes et réanimateurs (Anjmir) qui lance ce cri d’alarme. On peine presque à le croire, tant les services de réanimation, dont on a pu suivre jour après jour le taux d’occupation au plus fort de l’épidémie de Covid-19, ont montré qu’ils sont au cœur de la réponse aux situations de crise sanitaire.

Après les louanges dont les personnels médicaux et paramédicaux de la « réa » ont été couverts – à juste titre – par le gouvernement, on aurait également pu espérer que les problèmes structurels auxquels ils sont confrontés seraient enfin pris en compte.

Services sous-dotés

Visiblement, ce n’est pas le cas. « Un certain nombre de services de réanimation sont sous-dotés en médecins comme en personnels paramédicaux », explique Sacha Sarfati, interne au CHU de Rouen et président de l’Anjmir.

« Cela affecte déjà la prise en compte des patients en temps normal, mais encore plus pendant une crise comme celle que nous venons de connaître » où, estime-t-il, « on n’a pas pu combler ce déficit en entier ».

Or, à l’approche du choix de leur spécialité par les quelque 8 000 à 9 000 étudiants en médecine qui viennent de finir leur deuxième cycle d’études, les réanimateurs s’inquiètent :

« L’an dernier, seulement 72 postes de médecine intensive-réanimation (MIR) étaient disponibles pour l’ensemble du pays », rappelle l’Anjmir. « Cette année, le niveau des demandes remontées par les coordinateurs régionaux et les ARS s’élève à 101 postes », détaille Sacha Sarfati, qui précise : « Mais ces demandes ont été établies avant l’épidémie. Selon nous, il faut d’urgence porter à 150 le nombre d’internes en MIR formés chaque année. »

Cette demande corrobore celle du Conseil national professionnel de la médecine intensive-réanimation (CNP-MIR). Dans un document élaboré fin juillet et intitulé « Plan soins critiques », cette structure qui regroupe la plupart des instances de la réanimation pointe les carences de la France dans ce domaine.

Avec 5 058 lits de réanimation au total, la France affiche un ratio de 7 lits pour 100 000 habitants, à rapporter à ceux de l’Italie (8/100 000) ou de la Chine (9/100 000) et loin, très loin derrière les voisins allemands (24/100 000). Le CNP-MIR ne se prive pas de rappeler que cette faiblesse de la « réa » française

« s’inscrit dans le cadre d’une réduction globale des lits d’hospitalisation de soins aigus d’environ 30 % en vingt ans », dont les implications « sont majeures dès lors que le système est mis en tension par une crise sanitaire telle qu’une épidémie ».

Selon une enquête des services du ministère de la Santé lui-même, en 2017, 161 postes étaient déjà vacants en réanimation. D’après le CNP-MIR, notre pays présente un effectif médical moyen de 5,5 équivalents temps plein (ETP) par service, quand les recommandations européennes s’établissent à 9 ETP. Selon lui, la France présente donc « un déficit d’environ 1 000 médecins compétents en réanimation », qui « doit être comblé dans les plus brefs délais ». L’instance estime également qu’il faudrait « porter l’offre de lits de réanimation à 7 500 » pour « remettre la France à un niveau acceptable » et faire face aux futures crises.

Démographie vieillissante

C’est d’autant plus urgent, complète Sacha Sarfati, qu’il faut cinq ans d’internat pour former un réanimateur et qu’entre « 25 et 30 % des médecins réanimateurs ont aujourd’hui plus de 50 ans ».

Cette démographie vieillissante a déjà des répercussions dans le fonctionnement des services :

« La réa, c’est un service de soins continu, avec des gardes de nuit que des médecins plus âgés tendent à moins assurer. » Pour le CNP-MIR, qui rappelle que « le burn-out affecte jusqu’à 50 % des personnels médicaux et paramédicaux de réanimation », ce « déficit en ressources humaines (…) est une cause identifiée d’épuisement professionnel à moyen terme ».

Et après la première vague de l’épidémie, « le sous-effectif et l’épuisement professionnel risquent de se manifester lorsqu’une seconde vague touchera des équipes physiquement et psychologiquement épuisées ».

Sacha Sarfati s’inquiète à plus court terme encore :

« Dans ce contexte post-crise, où les services de réanimation ont déjà été mis à rude épreuve, un épisode de canicule comme celui qui arrive pourrait suffire à mettre en évidence les fragilités de la réanimation. » 

Olivier Chartrain
Article publié dans l'Humanité

Publié dans santé

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