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Comment une poignée d’entreprises et de riches actionnaires profitent de la pandémie de COVID-19

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Comment une poignée d’entreprises et de riches actionnaires profitent de la pandémie de COVID-19

Alors que les débats sur l’impact de la crise de la Covid-10 sur les entreprises battent leur plein, en France et partout dans le monde, dans le cadre des plans de relance qui vont être mis en œuvre par les Etats, Oxfam publie un nouveau rapport sur le partage des richesses au sein des grandes entreprises mondiales pendant la crise.

Le rapport montre comment une poignée d’entreprises, essentiellement américaines, réalise des bénéfices exceptionnels pendant la crise, alimentant la fortune de leurs fondateurs et de leurs riches actionnaires alors même qu’une large partie de l’économie mondiale est encore à terre [1].

Le rapport « Covid19 : les profits de la crise » révèle une économie à deux vitesses :

  • 32 entreprises [2], qui comptent parmi les plus grandes multinationales de la planète, devraient enregistrer cette année une hausse spectaculaire de leurs bénéfices, soit 109 milliards de dollars de plus que leur bénéfice moyen réalisé au cours des quatre années précédentes.
  • Une large partie de ces bénéfices a été reversée à de riches actionnaires, alimentant les inégalités mondiales. Les 25 milliardaires les plus riches du monde ont vu leur richesse augmenter de 255 milliards de dollars entre la mi-mars et la fin mai seulement, soit une augmentation moyenne de 10 milliards de dollars [2]
  • Jeff Bezos pourrait, avec les bénéfices qu’il a réalisés pendant la crise, verser une prime 105 000 dollars aux 876 000 personnes employées par Amazon dans le monde, y compris les quelques 10.000 salariés en France, tout en restant aussi riche qu’il l’était avant la pandémie de coronavirus.

Pour rester compétitives face à ces nouveaux géants, de nombreuses entreprises en Europe, mais aussi en Inde, au Brésil, ou en Afrique, continuent de verser coûte que coûte des dividendes à leurs actionnaires, malgré des résultats en berne, plutôt que d’investir dans l’emploi, les revalorisations de salaires et l’investissement dans la transition écologique :

  • Alors même que la demande de ses produits chute depuis la pandémie, le constructeur automobile Toyota a distribué aux actionnaires plus de 200 % des bénéfices qu’il a réalisés depuis janvier.
  • BASF, le géant allemand de la chimie, a versé plus de 400 % de ses bénéfices aux actionnaires au cours des six derniers mois.
  • Dans les 3 ans précédant la crise, les trois plus grandes structures hospitalières privées d’Afrique du Sud ont versé 163% de leurs bénéfices à leurs actionnaires. Pendant la crise, elles n’avaient pas les moyens de payer des fournitures médicales à leur personnel.

Ce phénomène concerne aussi les entreprises françaises : 23 entreprises du CAC 40 ont décidé de verser coûte que coûte des dividendes cette année.

Malgré les appels à la modération du gouvernement [3], le CAC 40 aura versé au moins 37 milliards de dividendes pendant la crise [4]. Ce choix s’explique par une dynamique de long terme mise en lumière par Oxfam France dans son récent rapport « CAC 40 : des profits sans lendemain » [5] dans lequel l’ONG rappelle qu’un quart du CAC 40 a versé plus de dividendes qu’il n’a fait de bénéfices depuis 10 ans, puisant dans les réserves pour payer ses actionnaires.

Ces choix stratégiques produisent le même effet qu’au niveau mondial : les dividendes colossaux versés aux actionnaires contribuent à creuser les inégalités. Ainsi le patrimoine cumulé des 500 plus grandes fortunes de France a progressé de 3 % en 2020, battant ainsi un nouveau record malgré la crise.

Pour Quentin Parrinello, porte-parole d’Oxfam France :

"Si beaucoup des entreprises, y compris les plus grandes, sont en situation de fragilité c’est précisément parce qu’elles ont accordé une part de plus en plus grande à la rémunération de leurs actionnaires ces dix dernières années. Oxfam n’est plus la seule à pointer du doigt ce problème structurel : la Commission européenne a récemment publié un rapport montrant qu’au cours des 25 dernières années, la part des revenus des entreprises européennes dédiés aux actionnaires a été multipliée par 4, au détriment de l’investissement.

Le gouvernement et les parlementaires qui vont bientôt examiner le plan de relance doivent tirer les conclusions de toutes ces analyses convergentes : aujourd’hui, nous avons le choix de relancer la croissance aveuglément ou d’orienter notre modèle économique pour qu’il soit plus juste, plus durable, plus résilient.

La première des priorités est de ne pas signer de chèque en blanc aux grandes entreprises. Sans conditions, les aides publiques risquent de renforcer encore davantage la mainmise des actionnaires sur les choix stratégiques des entreprises, accroître la déconnexion avec l’économie réelle et retarder la transition écologique. Et à la fin, ce sont les plus pauvres qui paient le prix de cette économie à deux vitesses ! ».

Au niveau mondial, Oxfam appelle les gouvernements à taxer les entreprises qui ont réalisé des bénéfices exceptionnels pendant la crise et à prendre des mesures en faveur d’un partage plus équitable des richesses et des pouvoirs au sein des entreprises, pour que ceux-ci ne profitent plus exclusivement aux dirigeant.e.s et aux actionnaires, mais aussi aux salariés, aux fournisseurs, aux consommateurs et aux communautés

En France, l’ONG demande au gouvernement et aux parlementaires de conditionner l’octroi de l’ensemble des crédits du plan de relance à la mise en place d’objectifs socio-écologiques pour les grandes entreprises :

  1. Refuser la baisse aveugle des impôts de production.
  2. Publier un plan de transformation de l’entreprise comprenant : l’empreinte carbone directe et indirecte, une trajectoire de réduction de cette empreinte carbone alignée avec les objectifs de l’Accord de Paris et un plan d’investissement permettant le respect de cette trajectoire.
  3. Interdire le versement de dividendes et de bonus PDG pour le prochain exercice budgétaire (2021).
  4. Ne pas faire peser le financement du plan de relance sur les plus pauvres et au contraire de mettre à contribution celles et ceux qui ont le moins pâti de la crise.

Quelques compléments d'informations

[1] Quelque 400 millions de personnes ont déjà perdu leur emploi, et l’Organisation internationale du Travail (OIT) estime que plus de 430 millions de petites entreprises sont en danger.
[2] Microsoft; Intel; Apple; Walmart; UnitedHealth; Facebook; Google; BHP ; Nestlé ; Merck & Co ; CVS Health ; Amazon ; Procter & Gamble; Visa ; Cisco Systems ; Johnson & Johnson ; Home Depot ; Roche ; Oracle; Deutsche Telekom; Reliance Industries
[3] Le milliardaire français Bernard Arnault a vu sa fortune augmenter de 26% (ou 20 milliards de dollars) entre le début de la pandémie et la fin du mois de mai. Entre mai et septembre, sa fortune a continué d’augmenter.
[4] https://www.20minutes.fr/economie/2750927-20200330-coronavirus-bruno-maire-appelle-entreprises-recours-chomage-partiel-verser-dividendes
[5] Au total, le CAC 40 aura versé entre 37 et 40 milliards de dividendes, soit près de 66% des dividendes prévus avant la crise.
[6]
« CAC40 : des profits sans lendemain ? », Oxfam France – Le Basic, juin 2020.

 
 
 

 

 
 
 
 

 

 

Publié dans Economie, Finances-riches

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