Macron croit que le Liban est encore sous protectorat français. Le néocolonialisme a la vie dure !

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Manifestation lors de la venue de Macron à Beyrouth
Manifestation lors de la venue de Macron à Beyrouth

Manifestation lors de la venue de Macron à Beyrouth

Si les politiques ne respectent pas leurs engagements en matière de réformes, Macron viendra en rendre compte aux Libanais. Tout le monde peut interpréter cette phrase comme il l'entend, sachant que le mot "les politiques" couvre beaucoup de monde, mais pour le Liban on peut penser qu'il s'agit des responsables actuels, donc des partis maffieux et corrompus rejetés par l'ensemble de la société libanaise en soulèvement depuis le 17 octobre 2019 !

Lors de son 2ème voyage au Liban, Macron a brandi la menace de sanctions si les reformes n’avançaient pas et que certains responsables libanais s’avéraient impliqués dans des affaires de corruption ou de terrorisme.

Pour Macron tout tourne autour de ses réformes qu'il veut imposer au peuple libanais alors que celui-ci est engagé dans le sauvetage de leur ville après les explosions du 4 août qui ont fait plus de 190 morts. Pressé par le soulèvement populaire, les actuels dirigeants libanais sont plus que récalcitrants à mettre en oeuvre les réformes néolibérales requises par Macron et que le peuple ne veut pas !

Il semblerait que Macron ait réussi à arracher aux dirigeants politiques un engagement important : la formation en 15 jours d’un « gouvernement de mission », une formule sur laquelle il insiste, qui doit mettre en œuvre les réformes exigées par la communauté internationale. On est en pleine ingérence !

On est aussi en pleine ignominie, il se dit qu'Emmanuel Macron ne lésinera pas à recourir à des moyens persuasifs pour les inciter à agir. Il a assuré que si d’ici à quelques semaines, les engagements n’étaient pas respectés, le Liban risquerait de ne recevoir aucune aide financière internationale pour mettre fin à la crise et financer la reconstruction de Beyrouth.

C'est le même chantage que celui utilisé par l'UE avec Tsipras, ancien 1er ministre de Grèce : vous obéissez autrement vous n'aurez pas un seul euro de la communauté internationale (UE et FMI). Et pour bien se faire comprendre, Macron rajoute lourdement « C’est la dernière chance pour le système (libanais) », a t-il déclaré dans des propos rapportés hier par le site Politico qui ne le grandissent pas et déshonorent un peu plus la France. Les libanais attendent mieux, beaucoup mieux de la France que ce chantage odieux !

Dans cette interview, il affirme que les trois mois à venir seront « cruciaux » pour qu’un véritable changement intervienne au Liban. Dans le cas contraire, ajoute-t-il, il se dit prêt à « changer d’approche et à soutenir des mesures punitives », allant d’un gel du plan international d’assistance financière au Liban à des sanctions contre la classe dirigeante, précise encore le média. Il brandit la menace de la force ! Ainsi Macron a pris la grosse tête, il veut imiter Trump jusqu'à se permettre d'annoncer des sanctions alors que le Liban est en pleine crise sociale et économique ! Quelle inhumanité !

Conscient d'avoir mordu le trait, il a tenu à préciser que ces moyens ultimes ne sont pas la priorité pour le moment. « On n’enclenche pas des sanctions parce que des gens ne prennent pas leurs responsabilités politiques ».

Une telle politique de sanctions nécessiterait une base légale inexistante en France, alors que les États-Unis disposent déjà d’une batterie imposante de sanctions dans les cas de terrorisme et de corruption.

« Ce n’est un secret pour personne que les États-Unis envisagent d’imposer des sanctions à l’encontre de certains Libanais en vertu de la loi Magnitski (Magnitski Act) », avait affirmé en février le secrétaire d’État adjoint pour les Affaires du Proche-Orient, David Schenker, qui arrive aujourd’hui à Beyrouth alors que Macron s'en va.

M. Schenker annonçait à l’époque, un nouveau train de sanctions à l’encontre du Hezbollah, avant de souligner que les membres du parti chiite ne seront plus les seuls visés. « La corruption et la résistance à la réforme ne sont pas une spécialité du Hezbollah. D’autres groupes au sein des différentes communautés et partis politiques s’opposent aux réformes (dans le pays) et se livrent à des actes de corruption », avait ajouté M. Schenker.

Le Liban est donc placé sous haute surveillance par l'impérialisme américain avec Macron comme tête de pont en Europe. Il est revenu à la charge pour fixer une date butoir aux responsables et manier la stratégie de la menace. Il y aura ainsi « un mécanisme de suivi » aux discussions qu’il mène avec les responsables politiques « en octobre, puis en décembre », a-t-il assuré. « Je reviendrai en décembre », a t-il précisé.

« On ne libérera pas l’argent du programme CEDRE », « tant que ces réformes ne sont pas enclenchées sur le calendrier qui a été prévu », a t-il encore prévenu, en assurant qu’il allait « mettre le poids pour que ces réformes passent par un engagement des forces politiques ».

Si les engagements pris par les responsables libanais concernant les réformes ne sont pas tenus et respectés, Macron a promis de revenir au Liban pour en rendre compte devant le peuple libanais qui pourtant l'avait plutôt fraîchement accueilli début août car opposé à toute ingérence de la France dans les affaires libanaises.

Si Macron a sa feuille de route, qu'il n'oublie surtout pas que le mouvement social libanais et les partis politiques non confessionnels ont aussi leur propre feuille de route et qu'ils entendent bien la faire aboutir en poursuivant leur rassemblement et leur mobilisation quoiqu'en pensent, disent et font Macron et les Etats-Unis. Et cette feuille de route n'a pas le parfum du néolibéralisme, ceci expliquant pourquoi Macron et Trump accélèrent leurs interventions pour gagner de vitesse le peuple libanais !

Que ces forces du renouveau libanais sachent qu'ils ont toute la solidarité internationaliste des communistes français.

Publié dans Moyen Orient, International

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