Algérie. Un référendum aux allures de mascarade constitutionnelle par Rosa Moussaoui

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Algérie. Un référendum aux allures de mascarade constitutionnelle par Rosa Moussaoui
Les Algériens sont appelés dimanche aux urnes pour se prononcer sur des amendements cosmétiques à la loi fondamentale. Terne, la campagne a surtout été marquée par les appels au boycott.
 
Son élection aux allures de passage en force, voilà un an, n’est pas parvenue à redonner légitimité à un régime à bout de souffle. Sa Constitution amendée, que le président algérien, Abdelmadjid ­Tebboune, soumet ce dimanche aux suffrages des Algériens, est tout aussi contestée. Au terme d’une campagne atone, ce référendum apparaît surtout comme une manœuvre de plus pour tenter de tourner la page du soulèvement populaire, dans un contexte de durcissement répressif. L’abstention, à l’issue du scrutin, devrait battre encore des records.

Dans le camp du oui à cette loi fondamentale rebricolée, toute l’arrière-garde du régime, Front de libération nationale (FLN) en tête, a exalté sans convaincre une « République nouvelle », censée consacrer les droits et les libertés qu’exige sans trêve le hirak depuis le 16 février 2019. « 1954 : la libération, novembre 2020 : le changement », promet, grandiloquent, le slogan officiel. Argument repris par l’appareil militaire : mardi, en passant les troupes en revue à Béchar, le chef d’état-major de l’armée, Saïd Chengriha, a exhorté les Algériens à prendre part à cette consultation, « une étape importante, à travers laquelle le peuple algérien continuera à suivre la voie de l’édification de l’Algérie nouvelle ».

Les opposants, eux, appellent à boycotter les urnes. Ils voient dans le texte soumis aux électeurs un « changement de façade », plutôt qu’un « changement de régime », et pointent une architecture institutionnelle inchangée, qui laisse intact le système de confiscation et de concentration des pouvoirs hérité des lendemains d’indépendance.

« Les Algériens sont sortis en masse dans la rue pour demander un changement de système, pour aller vers la démocratie, la liberté. Ils aspiraient à une Assemblée constituante souveraine, pas à des amendements constitutionnels rédigés par quelques-uns au sommet, en vase clos. Aucune discussion n’a eu lieu à la base, nous subissons simplement le rouleau compresseur de la propagande ­ médiatique. On est loin des revendications populaires », tranche Aouicha Bekhti.

Cette avocate qui défend les détenus d’opinion rappelle que la Constitution de 1963 a connu maintes ­retouches cosmétiques, chaque président depuis l’indépendance ayant tenu à y laisser son empreinte, sans changer la nature autoritaire du régime. Surtout, insiste-t-elle,

« des libertés peuvent être inscrites dans la Constitution tout en étant piétinées, comme en témoigne la récente condamnation à dix ans de prison d’un participant au hirak accusé de propager l’athéisme alors que la loi fondamentale garantit en théorie la liberté de conscience ». « Rien ne change, ni sur la forme, ni sur le fond. Les juges arbitrent en se fondant non pas sur la loi, mais sur leurs convictions ou sur les injonctions reçues par téléphone. Les arrestations continuent et ceux qui sont remis en liberté ne sont pas vraiment libres », soupire-t-elle.

Dans le même esprit, la Coordination nationale des universitaires algériens pour le changement dénonce un « hold-up », un « coup de force constitutionnel » instrumentalisant une date « repère » pour le peuple algérien : celle du 1er novembre, jour anniversaire du déclenchement, en 1954, de l’insurrection indépendantiste.

« Nous rejetons ce référendum du fait accompli, car nous sommes convaincus qu’il ne saurait garantir au peuple ses libertés fondamentales, ni assurer la séparation des pouvoirs politique, législatif et exécutif, encore moins promouvoir l’indépendance de la justice », soutient ce collectif.

Du côté du régime, le ton s’est fait âcre, voire menaçant, ces dernières semaines, après le nouveau tour de vis répressif auquel a donné lieu la pandémie de Covid-19 et l’arrêt des marches populaires, interdites.

Certains propos ont soulevé l’indignation, comme ceux du ministre de la Jeunesse et des Sports, Sid Ali Khaldi, qui a « invité » ceux à qui ce référendum « déplaît à changer de pays ».

Ironie du sort, alors que les frontières du pays restent fermées, c’est le président algérien qui a quitté ces jours-ci le territoire. Officiellement pour des « examens approfondis » en Allemagne, après s’être placé « volontairement » à l’isolement suite à des contacts avec de hauts responsables possiblement infectés par le Covid-19.

Publié dans Afrique, International

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