L'autoritarisme est la méthode de Macron et ses amis. Preuve à l'Assemblée !

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

L'autoritarisme est la méthode de Macron et ses amis. Preuve à l'Assemblée !

Les députés de la majorité ont voté jeudi en faveur du plan de reconfinement. L’opposition a fustigé un exécutif qui décide seul de tout, sans aucun travail commun avec l’ensemble des députés et sénateurs.

Qu’on se le dise : lors du premier confinement, en mars, les parlementaires n’avaient même pas été appelés à voter. Prise de vitesse, mise au pied du mur, la représentation nationale ne s’était exprimée que lors de l’instauration de l’état d’urgence sanitaire, plusieurs jours plus tard. Sept mois sont passés depuis, et la confiance des Français envers le gouvernement s’est lézardée.

Impossible, dans ce contexte, de snober l’Assemblée nationale et le Sénat au moment de mettre en place un deuxième confinement général. C’est pourquoi Jean Castex s’est présenté jeudi devant les ­parlementaires. « Pour être efficaces, nous devons recueillir l’acceptation des élus et de la population », a-t-il mesuré à l’occasion d’un débat suivi d’un vote.

« Ma présence devant vous est une marque de profond respect à l’endroit de la représentation nationale. Le débat démocratique est libre. Veillons à ne pas donner au pays le spectacle d’une division permanente et de polémiques incessantes », a invité le premier ministre, plus que jamais mis en difficulté par l’échec d’un déconfinement dont il avait la charge.

Les groupes d’opposition ont sévèrement tancé l’exécutif

« Ce virus doit appeler chacun à la plus grande humilité. Le caractère inédit et les difficultés à y faire face tiennent d’abord à ce qu’il n’existait pas il y a un an et qu’il reste toujours très imprévisible », s’est-il défendu, tout en appelant à faire confiance au président de la République. Il a été entendu par les élus de la majorité, puisque le plan de reconfinement a été voté par 399 voix contre 27.

Mais tous les groupes d’opposition ont sévèrement tancé l’exécutif, coupable à leurs yeux de « décider seul de tout ». Jean Castex n’a pas pu les entendre. À peine termine-t-il son discours que ­Richard Ferrand prend la parole. « Nous venons d’apprendre, à l’instant, qu’un attentat d’une gravité extrême s’est produit à Nice. Au moins une personne aurait été assassinée (trois périront finalement – NDLR) », annonce le président de l’Assemblée. Une minute de silence est organisée, suivie d’une interruption de séance. À ce moment précis, personne ne sait si le débat et le vote sur le reconfinement auront bien lieu.

Le temps passe. Jean Castex revient et annonce qu’il quitte l’Hémicycle pour ­rejoindre la cellule de crise à Beauvau.

« Je ferai tout mon possible pour écouter vos interventions, et y répondre », précise-t-il, en maintenant le vote. « J’ai la conviction profonde, précisément parce que les terroristes attaquent notre démocratie, que c’est l’honneur de l’Assemblée de continuer à faire vivre notre République », affirme Richard Ferrand.

Le débat reprend et les groupes parlementaires s’expriment un à un. L’élu PCF Sébastien Jumel se livre alors à un puissant réquisitoire contre la gestion de la crise.

« L’immense difficulté de la tâche aurait dû vous conduire à l’humilité, mais vous vous êtes enfermés dans vos certitudes, dans l’exercice solitaire d’un pouvoir toujours plus vertical, techno­cratique, déshumanisé et déconnecté des réalités sociales », fustige-t-il.

À ses yeux, la Macronie n’a tiré « aucune leçon de la première vague », et a échoué dans sa stratégie de « tester, tracer, isoler » en plus d’être « comptable de la situation critique dans laquelle se trouve l’hôpital », le Ségur de la santé n’étant « qu’un tee-shirt pour affronter la bise ».

Pour le communiste, « oui, il était possible de mieux anticiper, et de ralentir l’épidémie. En rendant le déconfinement plus progressif », en interdisant les fermetures de lits, et en mobilisant les 6 000 médecins de la ­réserve.

« Vous auriez pu développer un vrai dialogue social, pour déployer le télétravail pour 30 % de salariés du secteur privé, et le développer dans la fonction publique. Vous auriez pu développer la formation à distance dans les universités », liste-t-il. Face à ses errances, « l’exécutif veut faire porter au Parlement la responsabilité de ses inconséquences en le sommant la veille de l’approuver le lendemain », regrette-t-il enfin.

Mais la charge est aussi venue des rangs du groupe socialiste. « Le 10 septembre puis le 15 octobre dernier, nous vous avions demandé un débat car nous faisions le constat que l’épidémie n’était plus sous contrôle et que les réponses que vous y apportiez étaient ­insuffisantes pour endiguer la deuxième vague », commence sa présidente, Valérie Rabault. Qu’a alors répondu Jean Castex ? Que ce débat ne lui « semblait pas indispensable ».

La députée poursuit : depuis mars 2020, les alertes formulées par son groupe, la « centaine de courriers » et ses sept textes de loi, en bref, toutes les propositions visant à réussir le déconfinement, « ont été balayées d’un revers de main, bien loin de l’esprit d’unité nationale que le président appelait pourtant de ses vœux ». Elle dénonce la baisse de 11 % de l’enveloppe dédiée à l’aide alimentaire dans le budget 2021 et l’absence de gratuité des masques.

En « colère », elle s’alarme de l’absence du mot culture dans le discours de Macron, mercredi soir. « Ne rien dire sur la culture, c’est se taire sur ce que nous sommes, notre présent et notre futur. C’est donc nous condamner. » Elle éreinte enfin la méthode : « Vous auriez intérêt à partager la décision, pas en mode discussion de comptoir comme cela s’est produit mardi soir lorsque vous avez reçu les représentants politiques, mais sur la base d’éléments précis. »

Face au péril, Valérie Rabault annonce néanmoins voter en faveur de la déclaration de Jean Castex, tout en ­s’indignant de le faire « sans avoir les détails (qu’il a) préféré réserver ce soir à la presse ».

« Le Parlement réduit à une chambre d’enregistrement »

Tel n’est pas le cas de Bertrand Pancher, président du groupe LT. « Ce que vous nous demandez n’est rien de moins qu’un vote de confiance, or la confiance cela se mérite ! » s’exclame-t-il. Et l’élu d’interroger : « À quoi rime ce débat faussé », sans la possibilité d’apporter la moindre modification au plan ? « Le Parlement est une fois de plus réduit à une chambre d’enregistrement », alerte-t-il.

L’opposition est alors reprise de volée par un Stanislas Guérini plein de morgue. « Excusez-moi : quand nous débattons, vous criez. Quand nous ne débattons pas, vous pleurez. Régulez vos émotions, ça nous fera du bien ! » assène le délégué général de LaREM.

« D’où sort ce plan ? Qui en est l’auteur ? Pas ­l’Assemblée, pas le gouvernement qui ne s’est pas réuni. De qui monsieur Castex êtes-vous le facteur ? » rétorque Jean-Luc Mélenchon, indigné devant l’impossibilité d’amender le plan. « Vous n’avez pas notre confiance », ajoute l’insoumis, qui rappelle que les propositions de la FI ont sans cesse été écartées, des nationalisations de Luxfer et Famar à l’ouverture d’embauches auprès des 180 000 personnes déjà qualifiées dans les métiers de santé « qui ont quitté ce métier dans lequel ils étaient sous-payés ».

Le président du groupe LR n’est pas plus tendre. « À force d’incohérences, vous avez perdu notre confiance et surtout perdu celle des Français », lance Damien Abad.

De retour, Jean Castex juge que les députés d’opposition ne sont ni raisonnables ni qualifiés.

« Ceux qui croient à des recettes miracles sont bien loin de la complexité qui nous occupe. Ceux qui la connaissent sont nos homologues européens, qui la gèrent au quotidien. Si nous avons soi-disant raté le déconfinement en France, alors il a été raté partout ! Car la deuxième vague est là partout ! »

Rien ne montre qu’il prêtera oreille à l’ensemble des propositions émanant du Parlement, ce qui était l’un des principaux reproches formulés jeudi. 

(A suivre)

Publié dans santé, Politique nationale

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