Crise sanitaire: Jean Castex continue de parler pour ne rien dire

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Crise sanitaire: Jean Castex continue de parler pour ne rien dire

Jeudi soir, le chef du gouvernement a mobilisé quatre ministres et plus d’une heure d’antenne pour annoncer qu’il n’annoncerait rien. Les règles du confinement restent les mêmes jusqu’au 1er décembre. Et hormis une éventuelle réouverture des commerces, rien ne changera après cette date.

Comme il l’avait prévu en début de semaine, avant même de savoir si quelque chose serait arbitré en conseil de défense, Jean Castex a fait « un point » sur la situation sanitaire, jeudi 12 novembre au soir. Entouré de quatre ministres – celui de l’éducation nationale (Jean-Michel Blanquer), celui de l’économie, des finances et de la relance (Bruno Le Maire), celle du travail, de l’emploi et de l’insertion (Élisabeth Borne), et bien évidemment celui des solidarités et de la santé (Olivier Véran) –, le chef du gouvernement a passé plus d’une heure, interventions des autres comprises, à expliquer que peut-être oui, mais en fait pas vraiment, parce qu’on ne sait pas bien, et puis bon.

Les ministres mobilisés pour l’occasion n’ont rien fait d’autre que de répéter ce qu’ils avaient déjà dit par voie de presse. Quant au premier d’entre eux, il s’est contenté d’annoncer qu’il n’annoncerait rien, sinon le statu quo. Toutes les règles du deuxième confinement, dictées par Emmanuel Macron il y a deux semaines, et amendées quelques jours plus tard s’agissant du protocole dans les lycées, sont en effet maintenues en l’état. Rappelant les chiffres de contaminations et d’hospitalisations des dernières 24 heures, le premier ministre a affirmé qu’« il serait irresponsable de lever et même d’alléger le dispositif ». Tout en évitant de s’aventurer trop loin pour le reste.

 

Conférence de presse de Jean Castex, le 12 novembre. © AFP Conférence de presse de Jean Castex, le 12 novembre. © AFP

Pour ceux qui attendaient un début de semblant de perspective, il faudra donc encore patienter. Car le gouvernement s’est exprimé jeudi sur la base d’un seul indicateur, certes positif, mais loin d’être suffisant pour véritablement se projeter. 

Jean Castex a ainsi noté que « l’évolution du nombre de nouvelles contaminations [s’était] ralentie depuis une semaine », mais comme l’a répété Olivier Véran dans la foulée « il y a un décalage entre le moment où les contaminations sont faites et le moment où les patients présentent des formes graves » et « nous ne sommes pas encore dans une phase de réduction du nombre d’hospitalisations et d’admissions en réanimation ».

Cette phase ne sera perceptible que dans quelques jours, raison pour laquelle le premier ministre a indiqué au conditionnel que « le pic de la deuxième vague pourrait être atteint dans nos hôpitaux en début de semaine prochaine ».

Face à la colère des commerçants, désormais transformée en bataille politique et judiciaire, il a tout de même voulu glisser une touche d’espoir. Après avoir décidé de fermer les rayons dits « non essentiels » dans les grandes surfaces, après avoir invité les Français, le plus sérieusement du monde, à reporter leurs achats plutôt que de commander sur internet auprès des géants du numérique, Jean Castex a cette fois-ci assuré que « de premiers allègements pourraient intervenir à compter du 1er décembre », si, et seulement si, l’amélioration de la situation sanitaire se confirmait.

Ces hypothétiques allègements, qui sont donc suspendus à des indicateurs que le gouvernement ne connaît pas encore, ne concerneraient en revanche ni les bars, ni les restaurants, ni les salles de sport, « où les risques de contamination sont par nature plus élevés ». Quant aux théâtres, aux cinémas et aux salles de spectacle, eux aussi à nouveau fermés depuis quinze jours, le premier ministre a opté pour une solution encore plus simple : il n’en a même pas parlé. Comme si ça n’existait pas.

Le chef du gouvernement a en revanche répété que l’objectif de celui-ci était « de pouvoir permettre un nouvel allègement au moment des vacances de Noël, afin que les Français puissent passer les fêtes de fin d’année en famille ». « Mais celles-ci ne pourront pas se tenir de la même manière que d’habitude », a-t-il de nouveau martelé, comme le fait son ministre des solidarités et de la santé depuis plusieurs jours déjà.

Il a fallu attendre le moment des questions-réponses avec la presse pour apprendre quelque chose de neuf. Interrogé pour savoir si les attestations seraient encore nécessaires pour se déplacer après le 1er décembre, Jean Castex a répondu un simple « oui, oui ».

C’est au détour de cette réponse, dont on peut douter qu’elle a été arbitrée tant elle a surpris y compris au sein du gouvernement, que le premier ministre a donc annoncé l’air de rien que le confinement serait maintenu au-delà des quinze prochains jours, quelle que soit la situation sanitaire.

Si les commerces rouvraient leurs portes à ce moment-là, faudrait-il alors cocher une case « déplacement pour effectuer des achats de Noël » ? Peut-être. Après tout, nous n’en sommes plus à une étrangeté près. Pour l’heure, comme le rappelle Libération, la France est le seul pays à demander aux citoyens de s’auto-autoriser à sortir de chez eux.

Ce n’est pas la première fois que la communication du chef du gouvernement interroge. Mi-septembre, dans les cabinets ministériels, personne n’avait déjà compris la raison pour laquelle il était sorti sur le perron de Matignon pour ne rien dire.

Deux jours après une déclaration alarmante du président du conseil scientifique, et moins de deux semaines avant que ce ne soit Olivier Véran qui prenne la charge d’annoncer de lourdes décisions concernant Marseille. « Pourquoi lui ? Pourquoi pas un autre ? Pourquoi maintenant ? Rien n’est clair », résumait un conseiller à l’époque. Les mêmes questions sont revenues après la conférence de presse de jeudi soir : « Quel était l’intérêt que le premier ministre s’exprime s’il n’avait rien à annoncer ? Un petit communiqué aurait peut-être suffi, non ? », fait mine d’interroger un autre.

Sur la forme comme sur le fond, cette conférence de presse était à l’image de la façon dont l’exécutif gère la crise sanitaire : dans un désordre tel qu’il est difficile, même avec beaucoup de volonté, d’y comprendre quelque chose.

Heureusement, il reste toujours la solution du « bleu dans la rue », pour reprendre une expression de Gérald Darmanin. Constatant « un respect encore insuffisant » des règles en certains endroits, Jean Castex a expliqué avoir « donné au ministre de l’intérieur des consignes de fermeté » pour « accroître encore la mobilisation des forces de l’ordre, notamment à Paris, en Île-de-France et dans les grandes métropoles ». Et ce, a-t-il dit, « après une première phase de nécessaire pédagogie », mot qui s’inscrit à merveille dans la stratégie du gouvernement, qui continue d’osciller entre l’infantilisation, l’injonction et la culpabilisation.

Une conception toute particulière de la « responsabilisation », autre terme chéri par les macronistes, qu’a commencé à pointer la mission d’évaluation sur le coronavirus, commandée par le président de la République et dirigée par l’infectiologue suisse Didier Pittet.

« En l’absence d’éléments d’explication et de reconnaissance des limites des mesures mises en œuvre, les citoyens peuvent avoir des difficultés à se sentir impliqués dans une stratégie collective et vivre les mesures comme des contraintes injustifiées, avec un sentiment d’infantilisation et de défiance », pouvait-on lire dans son rapport d’étape, paru mi-octobre.

Neuf mois après le début de la crise, le constat reste le même. Le gouvernement navigue à vue, incapable de sortir la société du brouillard dans lequel il la plonge avec ses contradictions, ses compromis de coulisse, ses décisions prises en conseil de défense, entre un noyau resserré de personnes, les annonces intempestives des uns, les recadrages publics des autres. Il a beau assurer être le plus « transparent » possible, il manque toujours cruellement de clarté.

Tant et si bien qu’il n’hésite même plus à communiquer avec des reportages montrant des jeunes patients en réanimation. Un recours aux images choc qui en dit long sur son incapacité à trouver les bons mots, au bon moment.

Article d'

Publié dans santé, Politique nationale

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article