En Bolivie, le peuple défend la démocratie

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

En Bolivie, le peuple défend la démocratie

En dépit des menaces de l’extrême droite, la prise de fonction du nouveau président bolivien, Luis Arce, a donné lieu, dimanche, à une extraordinaire mobilisation.

Après son éclatante victoire à la présidentielle du 18 octobre, avec 55 % des voix, il n’a cessé d’appeler à une transition « pacifique et ordonnée » pour clore la lugubre parenthèse d’une année de violences, de saccage économique, social, démocratique.

Dimanche, à La Paz, Luis Arce Catacora était officiellement investi président, avec David Choquehuanca, son vice-président, après trois semaines de menaces et de tensions entretenues par une extrême droite refusant de s’incliner devant le triomphe électoral du Mouvement vers le socialisme (MAS) et décidée à perturber la passation de pouvoir.

Un premier signal sinistre était donné quelques jours seulement après le scrutin, le 21 octobre, lorsqu’une milice fasciste s’était violemment attaquée à Orlando Gutierrez, le secrétaire général de la Fédération syndicale des travailleurs des mines de Bolivie. Pressenti pour entrer au gouvernement, ce militant de 36 ans a finalement succombé à ses blessures, une semaine après l’agression.

La droite rejette sa défaite

Ce crime n’a rien d’un fait divers. Il s’inscrit dans un agenda revendiqué par certains protagonistes du coup d’État de 2019.

Depuis son fief de Santa Cruz, le candidat d’extrême droite Luis Fernando Camacho, arrivé troisième avec 14 % des voix, n’a par exemple jamais cessé de réclamer « un audit complet du processus électoral ». Façon de contester la légitimité du président élu et de chauffer ses hommes de main, comme ceux de l’Unión Juvenil Cruceñista, un groupe paramilitaire qui avait tenté d’assassiner Evo Morales en 2008 et qui entretient, plus que jamais un climat de terreur, d’intimidation, de persécution des militants et sympathisants de gauche, traqués jusque sous leurs fenêtres.

Dans cette région de l’Oriente où se concentrent les intérêts de l’agro-industrie, la bourgeoisie n’a jamais pardonné au MAS sa politique fiscale et son choix de nationaliser les hydrocarbures ; le Comité civique de Camacho y attise toujours cet esprit de revanche sociale : il rejette les résultats des élections, prêt à agiter, de nouveau, la bannière du séparatisme.

Menaces sur le président

Dans ces réseaux d’extrême droite couvés pendant un an par l’autoproclamée présidente par intérim Jeanine Añez et par son gouvernement de facto, les menaces se sont faites plus précises ces derniers jours, avec des appels à empêcher la tenue de la cérémonie d’investiture, voire à s’en prendre à l’intégrité physique du président élu. Les paroles ont ouvert la voie aux actes : jeudi, dans le quartier de Sopocachi, à La Paz, une charge de dynamite a explosé aux abords de la maison de campagne du MAS où Luis Arce tenait une réunion.

Attaque prise très au sérieux par les organisations ouvrières, paysannes et indigènes impliquées dans le processus de changement en Bolivie : dès le lendemain, Juan Carlos Huarachi, secrétaire exécutif de la Centrale ouvrière bolivienne, appelait les travailleurs, affiliés ou non, à se rendre en masse à La Paz pour « sauvegarder la paix » et « assurer la sécurité de cet acte de transition ».

Dès samedi, des membres des Ponchos rouges se déployaient autour du Palacio Quemado, siège de la présidence et, toute la nuit, les militants de divers mouvements sociaux se relayaient sur la plaza Murillo, dans une ambiance de fête, pour prévenir toute manifestation de violence.

À la veille de sa prise de fonction, un an tout juste après le coup d’État contre Evo Morales, le nouveau président socialiste, lui, en appelait au ferme respect du verdict des urnes : « Le processus électoral s’est conclu par l’aval des autorités nationales et des organismes internationaux. La décision des Boliviennes et des Boliviens doit être respectée. Il est temps de reconstruire l’unité et de vivre en paix. Nous ne répondons pas aux provocations. »

Calme et sang-froid, devant les obscures stratégies de la terre brûlée.

Article de Rosa Moussaoui publié dans l'Humanité

Publié dans Amérique Latine

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