Intervention de Frédéric Boccara au Comité national du 7 novembre

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Intervention de Frédéric Boccara au Comité national du 7 novembre

J’interviens en tant que responsable « emploi » du CN.

  1. Bilan des mobilisations sur l’emploi des 9 et 10 octobre

Je veux d’abord insister sur l’importance de ce qui a été fait par les communistes et par les fédérations pour les journées des 9 et 10 octobre, suite aux décisions du CN des 5 et 6 septembre.

Des initiatives publiques sur l’emploi, interpelant les pouvoirs politiques (préfets) ou le grand patronat ou encore le service public de l’hôpital, ont été tenues dans 65 départements et 103 sites, avec une grande diversité et créativité. J’insiste à mon tour après le rapport de Fabien : c’est une réussite !

Il faut en faire le bilan et voir ce qui est à faire.

Car depuis, les chiffres et décisions tombent : cela va cogner dur ! Plans de suppressions d’emploi dans les grandes entreprises, difficultés aigües des PME/TPE, revenus abaissés car le chômage partiel c’est une diminution de salaire et s’y ajoutent toutes les fins de contrats, les indépendants qui ne pourront pas travailler, ainsi que le refus du RSA jeunes, que nous concevons pour les moins de 25 ans, à l’instar du MJCF, comme une entrée vers la sécurité d’emploi ou de formation (SEF), et donc articulé à la formation et à une perspective d’emploi, contrairement à Macron qui les oppose.

D’ailleurs, les enquêtes montrent l’inquiétude grandissante dans les consciences.

Quelques remarques, car il s’agit de poursuivre cette bataille qui, nous l’avons dit, est de longue haleine.

  1. Fondamentalement, notre proposition de sécurité d’emploi ou de formation donne sens à toutes ces mobilisations. Un sens commun. Veillons bien à ne pas la plaquer, à ne pas la dire avant les propositions concrètes et/ou sectorielles, mais au contraire à la présenter en conclusion : « ces propositions s’inscrivent dans la perspective d’un projet de système de sécurité d’emploi ou de formation, un projet de portée révolutionnaire, un projet de société ».

  2. Le souci de la crise sanitaire va recommencer à monter. N’opposons surtout pas crise sanitaire et bataille emploi. Notre bataille emploi et l’enjeu sanitaire vont ensemble ! Avec les pénuries de personnels à l’hôpital on voit bien le rôle crucial de l’articulation emploi-formation. La formation est fondamentale, nous avons raison d’y insister. Mais notre bataille pour aller vers une SEF est aussi au cœur des enjeux de l’ensemble des secteurs : il s’agirait d’organiser durablement la société avec des rotations entre travail et non travail, pour dé-densifier aussi bien les transports que les lieux de travail : par exemple 50% des gens au travail, 50% non (soit en non-travail, pas en télé-travail, soit se formant pour préparer les nécessaires transformations productives) avec une rémunération intégralement maintenue. Mais cela exige en particulier des pouvoirs des travailleurs sur les gestions des entreprises ! C’est bien sûr tout l’inverse du confinement tel que conçu par E. Macron et son aréopage de technocrates.

  3. Pour poursuivre sur l’emploi, il nous faut politiser. Chercher comment politiser plus. Car ils vont dire : économiquement tout allait bien et mieux et c’est de la faute de la pandémie si les problèmes économiques resurgissent !

Récusons ce discours. Tout d’abord en ne reprenant pas l’idée dominante selon laquelle ils auraient « privilégié l’économie sur la santé ». Ils ont privilégié les profits et le capital sur la santé et l’économie ! Sur ce point, le rapport fait une erreur politique. Nous devons montrer que nous avons une autre vision de l’économie que celle de Macron si nous voulons mettre en mouvement notre peuple, comme on dit, contre la domination du capital. Nous risquons en outre d’apporter de l’eau au moulin de la décroissance.

Politiser c’est donc faire monter, dans nos initiatives à venir comme dans nos discours, la conquête de pouvoirs politiques contre la domination du capital, ses coûts, ses pouvoirs, sa logique.

G. Roux de Bézyeux ne s’y trompe pas qui, dans une interview aux Echos du 30 septembre, déclarait : « le privilège ( !) de la décision doit demeurer aux conseils d’administration » et il refusait toute conditionnalité (pourtant actuellement bien légères) aux aides publiques.

De ce point de vue, le vote positif d’une partie des députés communistes sur le plan de confinement de J. Castex nous pose problème. Il fallait confiner mais son plan de confinement ne nous convient pas. Et il ne prend pas les bonnes mesures ! En outre, compte-tenu des derniers mois, nous ne lui faisons pas confiance.

  • Politiser, c’est faire monter progressivement l’exigence d’institutions politiques nouvelles, en lien avec des pouvoirs nouveaux des travailleurs et habitants sur les gestions des entreprises et sur l’argent. Il s’agit tout particulièrement de l’institution politique que nous avons proposée à notre CN des 5 et 6 septembre : des « Conférences permanentes pour l’emploi, la formation, et la transformation productive écologique », je n’y reviens pas. Mais elles peuvent se décliner à tous les niveaux : à la fois au niveau régional, au niveau local en lien avec des comités de lutte et de mobilisation, mais aussi au niveau national. C’est fondamental.

A la mesure de la réussite des journées des 9 et 10 octobre et des besoins de bataille, il s’agit de continuer. Mais comment ? Nous formulons ici quelques propositions que le CN peut discuter et sur lesquelles le collectif emploi va travailler, en lien avec les fédérations, avec la commission entreprises et le secteur « vie du parti ».

2- Propositions concrètes

Il s’agirait donc de partir sur deux aspects :

  • La filière santé (pas seulement l’hôpital, mais aussi la production industrielle de médicaments, avec tout particulièrement Sanofi, la production de matériel, de vaccins, la recherche, les tests et leur organisation, la santé publique, la démocratie sanitaire, etc.)

  • La sécurisation de toutes et tous (conditions de travail – voir ce qui est engagé dans les Bouches du Rhône ou l’Isère – emploi, revenu)

Formulation de revendications immédiates et dénonciation du système : l’irresponsabilité de ceux qui sont obsédé par le rendement financier de leurs capitaux, avant tout, et monopolisent les décisions : le grand patronat appuyé par le gouvernement et des lois bien précises. C’est cela le capitalisme.

C’est à l’opposé d’un système qui viserait une sécurité d’emploi ou de formation pour toutes et tous, dont l’accès à la culture et l’émancipation sont une composante majeure, qui implique une autre cohérence : d’autres pouvoirs, d’autres moyens.

Nous pourrions, avec le collectif national emploi :

  1. Elaborer une pétition sur trois revendications, forcément réductrices mais porteuses de sens :

      • Des pré-recrutements et recrutements de personnels à l’hôpital, dans l’éducation et les services publics, adossés à une formation continue et qualifiante;

      • Exiger la réunion de conférences permanentes pour l’emploi, la formation et la transformation productive écologique, évaluant les besoins et pour orienter les aides publiques et l’argent des banques en ce sens;

      • En parallèle et dans l’immédiat, un moratoire sur les suppressions d’emploi et le maintien des revenus pour les fins de contrats (CDD, intérim, …) un relèvement des allocations et minimas sociaux, un RSA pour les jeunes de moins de 25 ans.

  1. Des initiatives dans tous les départements début décembre (vendredi 4 décembre et samedi 5 décembre ?)

      • Rencontres publiques zooms locales avec les organisations syndicales, les travailleurs, les jeunes, les chômeurs, les forces politiques, pour se confronter et évaluer les besoins (emploi, formation, conditions de travail, revenus)

      • Interpellation des Préfets et Conseils régionaux (comme débouché possible aussi des rencontres locales)

  2. Des formations sur la pétition pourraient être mises par le collectif à la disposition des fédérations et/ou des régions.

  3. Un matériel de communication

      • Affichettes pour les halls d’immeubles

      • Tract plus simple que le précédent

  4. Une rencontre mi-décembre de débat national avec les organisations syndicales, les associations d’insertion, de formation, des associations de jeunesse

  5. Se placer dans la perspective d’un processus d’Etats-Généraux de la sécurisation face à la pandémie et de la transformation productive (titre provisoire, bien évidemment) avec des temps dans les régions, et un temps national. Ce processus pourrait être mené parallèlement sur différentes filières, comme la Santé bien sûr, mais aussi l’Energie où avec les camarades nous sommes en train de construire quelque chose en s’appuyant sur la lutte de General Electric et la bataille face au plan de transformation d’EdF. Nous pourrions rechercher un appel national à ce processus d’Etats Généraux.

Tout cela, bien sûr, participe de notre façon de mener la campagne des élections régionales. Et je vous invite à le penser ainsi.

3-La situation politique : un nouveau régime se cherche – candidature communiste indispensable – Quelle conception ?

De façon plus générale, j’ai dit ce que je pensais du confinement – nécessaire, mais pas ainsi, parce que l’on peut faire autrement, et il faut articuler réponse de court terme avec réponse de moyen terme dès maintenant en organisant alternances d’activités et rotation, plutôt qu’un « stop and go » de confinement (on en n’aura peut-être pas fini avec le COvid avant 18-24 mois, et encore…).

On doit donc taper sur le gouvernement, ce confinement quasiment « de classe » et ce que n’a pas fait le gouvernement dans ces derniers mois, pour l’hôpital notamment.

Nous devons le dénoncer d’autant plus que cette situation crée à la fois colère et désarroi, et que les injonctions paradoxales du gouvernement vont attiser, comme toutes injonctions paradoxales, des réactions de violence. Nous devons donner un sens à ce qui se passe, politiser en désignant un adversaire politique – le capital ses pouvoirs et sa logique – sinon l’adversaire cela va être « l’autre »… celui d’à côté. Et là, on sait où cela peut nous conduire…

Nous n’aurions donc pas dû avoir ce vote contre d’un certain nombre de parlementaires communistes. D’autant plus que l’on a déjà pu déplorer le vote positif qui avait été émis lors du premier projet de loi de finances rectificative au début du premier confinement, un projet de loi où rien à peu près n’était prévu pour l’hôpital et où les entreprises étaient libres de licencier malgré les aides reçues.

Il nous faut aussi porter l’exigence de transformation des institutions de la République. Sur la laïcité, c’est une faute que de dire qu’il faut « restaurer » la république avec un peu plus de « social » dans les quartiers. Il faut distinguer les « principes » de la république : ils doivent être confortés, développés. Mais la réalité de la république doit respecter ces principes, et donc elle doit être changée, « révolutionnée », même, pour être vraiment démocratique et sociale. Et cela demande des changements profonds.

Plus profondément, on a parlé d’atteinte à la démocratie, de problème démocratique. C’est vrai. Mais je crois qu’il y a quelque de plus profond : un nouveau régime se cherche et il est peut-être en train de se mettre en place sous nos yeux.

Nouveau régime politique, nouveau régime économique. Nouveau régime politique : ce n’est même plus le gouvernement qui a élaboré le plan présenté, et encore mois le Parlement. C’est un comité de techniciens, de chefs d’état-major et de technocrates, un aréopage dont les débats sont secrets, et il a été choisi par E Macron. Cela pose un profond problème de légitimité. Nouveau régime économique. Il se cherche lui aussi mes des choses sont à l’œuvre sous nos yeux. Le Parlement discute de 10 à 20 Md€ alors que la BCE – institution publique –fournit 230 Md€ à l’économie française sans coup férir !!

Donc, premièrement, la question devient donc moins « où prendre l’argent », car il coule à flots – même si on ne manque pas de faire peur avec le spectre de la dette qu’il faudra rembourser – que « où le met-on ? ». Or ceci est plus que jamais le monopole de technocrates, de la BCE et du patronat !! Il faut hausser le ton là-dessus. En finir avec cette sorte de tabou, dans notre parole publique, sur l’argent de la BCE !

  1. Le parti et la présidentielle

Cette gravité des transformations du régime met en cause sa légitimité, envenime la crise politique.

Elle rend indispensable et urgent de « créer les conditions d’une candidature communiste aux élections présidentielles », et de discuter à la fois de son contenu, et de sa conception, avant même de discuter du nom le mieux à même d’incarner ceux-ci. En lien avec l’orientation qui a été adoptée par les communistes au 38è congrès… et qui n’est pas toujours suivie…

Il y a urgence à s’y prendre autrement. Je ne sais pas si nous avons repéré l’accélération politique en cours. C’est pourquoi il faut prendre à bras le corps la candidature communiste et politiser la question de l’emploi.

De ce point de vue, je dois dire que je n’ai pas très bien vécu l’intervention de Fabien lors du dernier CN, des 5 et 6 septembre.

Premièrement, il déclare que la candidature communiste n’est « qu’une éventualité » contrairement à ce qu’il laisse entendre à Malo. A quoi joue-t-on ? Souffler le chaud et le froid ?

Mais deuxièmement, il insiste : « les élections, c’est une chose, la bataille emploi c’est est une autre ». Comment opposer bataille emploi et bataille politique électorale ? Alors que nous nous devons nous évertuer à politiser la question de l’emploi. Alors que le rapport fait des propositions précises pour monter une bataille d’institutions sur l’emploi, avec les conférences permanentes. A porter tout aussi bien dans la bataille régionale que dans la bataille présidentielle qui, du point de vue des idées, a déjà commencé.

Enfin, il choisit de tirer la SEF vers son volet conservation, en disant portons le maintien de l’emploi même si les gens connaissent des conditions pénibles, ne parlons pas de moderniser et de remplacer les travaux pénibles par des machines ! Même si d’autres tirent la SEF vers son volet mobilité voire bobo, ne prenons pas une position « luddiste1 ». Il s’agit au contraire de préserver les gens tout en ne maintenant pas à tout prix le capital et les structures, et de développer pour cela la formation et les pouvoirs démocratiques pour décider des productions et de leurs conditions.

Il ne faut pas avoir peur de porter notre novation et notre originalité communiste. Cela est encore plus nécessaire dans la période actuelle de recherche de repères dans un monde dont nous ne pouvons pas nier qu’il est nouveau… mais que le capital lui impose sa vieille loi. Il va être indispensable de monter à ces enjeux pour les différentes échéances électorales comme pour renforcer les luttes sociales en les politisant.

1 Du nom du mouvement des ouvriers « briseurs de machines » qui détruisaient les métiers à tisser dans les années 1810 en Angleterre.

Publié dans PCF, Luttes sociales

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article