Trump viré, Biden l'emporte. Pas d'illusions bien qu'une porte s'ouvre pour du nouveau...

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Joé Biden et Kamala Harris sa colistière

Joé Biden et Kamala Harris sa colistière

Comme beaucoup je me réjouis de la défaite de Trump mais je ne saute pas de joie à l’élection de Biden comme 46ème président des Etats-Unis où l'impérialisme le plus puissant règne en maître absolu sous la bonne garde des marchés financiers !
 
Je doute que Joe Biden remette cela en cause, bien que des forces progressistes nouvelles se soient levées et faites entendre ces dernières années. Espérons qu'elles grandissent encore pour faire bouger les choses dans le bon sens aux USA et au moins au plan international avec un apaisement des situations vis à vis de Cuba, de la Bolivie, du Venezuela, de la Chine et de l'ensemble du Moyen Orient.
 
La longueur du dépouillement aura permis à de nombreuses personnes de s'intéresser au système électoral étasunien. Elles ont pu découvrir un système archaïque et obscur.
 
Il est étonnant que peu de journalistes émettent  des critiques à l'égard d'un processus qui permet des manipulations, des achats de voix et facilite les fraudes. La loi électorale varie d’un État à l’autre, notamment sur la validité des votes par correspondance. Le dépouillement devient alors une suite d’obstacles aux interprétations diverses qui repoussent de façon ridicule la proclamation du résultat qui sent l’imposture.
 
Tout est fait pour écarter le peuple, promouvoir « l’élite » et réduire le choix entre deux conservateurs garants de ne pas toucher au capitalisme, qu'ils soient républicains ou démocrates. Au final, c'est toujours l'impérialisme qui gagne !
 
Macron en bon vassal, a félicité Biden dans la journée alors qu'il a mis 16 jours pour reconnaitre Arce, le nouveau président de la Bolivie dont les élections étaient placées sous surveillance étrangère. Chercher la différence, d'un côté le vieux système où l'on ne tolère pas la surveillance d’un étranger et de l'autre des forces qui prennent le pouvoir démocratiquement pour poursuivre une révolution engagée depuis plusieurs années et interrompue un laps de temps par un coup d'état concocté par l'impérialisme avec le soutien de ses alliés en Amérique latine et en Europe.
 
Certainement que les législatives vénézuéliennes du 6 décembre, subiront les foudres des donneurs de leçons étasuniens et de l’OEA. Comme son prédécesseur, Biden ne manquera pas de critiquer le Venezuela malgré un système électoral exemplaire, quelle que soit la majorité élue à l’Assemblée, aussi bien issue du PSUV que de l’opposition.
 
Ne nous faisons donc pas d'illusions. Certes les mois à venir seront éclairants. Pour imaginer le chemin que pourrait prendre Joé Biden regardons d'où il vient et son parcours politique.

L’Amérique, pays encore plutôt jeune (38 ans d’âge médian, contre 41 en France et 46 en Allemagne) et de plus en plus métissé, a donc élu président un homme blanc, septuagénaire. Chaque partie des Etats-Unis, pays ultradivisé politiquement et idéologiquement, devra s’incarner dans une Amérique « éternelle », blanche, conservatrice et chrétienne en confiant son destin à un homme qui a été républicain avant de devenir démocrate.

L’Amérique « nouvelle », multicolore, ouverte et audacieuse, a donc élu un vieux renard de la politique constant dans ses positions les plus droitières comme dans son vote indéfectible pour des lois qu’il sera appelé à retoquer demain. Les mois à venir et l’exercice du pouvoir au plus haut niveau aideront peut être à lever ces contradictions, ils nous diront aussi, s’il existe une voie vers le progressisme avec ce type de "girouette".

Joseph Robinette Biden est né en1942 à Scranton, Pennsylvanie. Sa famille est catholique irlandaise. Le père, Joe Biden Sr, fils d’un ancien dirigeant de l’American Oil Company, a dilapidé l’héritage à coups d’échecs entrepreneuriaux.

La famille avec Joe, l’aîné, ses deux frères et sa sœur, vit dans le sous-sol des grands-parents maternels. Sans perspective, dans un bassin où l’extraction du charbon commence son déclin, le déménagement s’impose. En 1952, direction le Delaware, où le paternel stabilise sa situation professionnelle en tant que vendeur de voitures. Joe peut aller à l’université, en sortir avec un diplôme de droit. Il a rencontré sur les bancs de la fac Neilia Hunter, avec laquelle il aura trois enfants. En 1969, il devient avocat et lorgne déjà la politique, en tant que… républicain.

Totalement inconnu, Joe Biden devenu démocrate, éclate lors des sénatoriales de novembre 1972, où il remporte, à 29 ans, une victoire à 100 contre 1 face au sénateur républicain J. Caleb Boggs. Éphémère euphorie politique, foudroyée une semaine avant Noël, par les décès de sa femme et de sa fille de 18 mois, dans un accident de voiture. Sa sœur, Valerie, le convainc d’honorer son mandat.

En janvier 1973, il fait ses premiers pas dans une Chambre haute où son ombre portée se fera de plus en plus grande au fil des trente-cinq années de sa présence. Durant trois décennies et demie, « Senator Biden » se positionnera presque systématiquement à la droite d’un Parti démocrate qui lui-même vire à droite, afin de tenter de rattraper un Parti républicain dans lequel Nixon règne en maître.

Il se lie d’amitié avec les sénateurs ségrégationnistes et ouvertement racistes John Stennis et James Eastland. Et fait cause commune contre le busing, cette pratique visant à transporter dans des mêmes bus des élèves de quartiers différents afin d’assurer une certaine mixité dans les écoles. Ce qui lui vaudra un rappel douloureux de la part de Kamala Harris, (devenue sa colistière), lors d'un débat au Parti démocrate en 2019.

À peine trentenaire, il n’est guère plus « éclairé » en matière d’avortement. En 1974, il déclare : « Je ne pense pas qu’une femme devrait être la seule à décider ce qui se passe dans son corps. » Un an auparavant, la Cour suprême a pourtant statué : le droit à l’avortement est constitutionnel. Il soutient ensuite l’amendement Hyde, voté en 1976, qui n’autorise l’utilisation de fonds fédéraux qu’en cas de viol, d’inceste ou de danger pour la vie de la mère. Il ne changera de position qu’en 2019 alors qu’il se prépare à se lancer dans la course aux primaires démocrates.

Pour purger son CV afin d’affronter un électorat beaucoup plus jeune et à gauche, il a également dû faire amende honorable au sujet de la loi sur la criminalité de 1994, pour la rédaction de laquelle il avait sollicité le concours de Tom Scotto, le président de l’association nationale de la police. Signée par Bill Clinton, cette Crime Bill instituait des peines planchers et automatiques (perpétuité pour trois délits, quelle qu’en soit la nature). Selon la NAACP, la grande association des droits civiques, la population carcérale est passée, entre 1980 et 2015, de 500 000 à 2,2 millions d’individus, dont 37 % sont noirs (alors qu’ils ne représentent que 13 % de la population.)

Le pedigree de Joé Biden se serait certainement avéré rédhibitoire pour la primaire de 2020, s'il n’avait occupé la fonction de vice-président aux côtés de Barack Obama qui l'a soutenu très activement. C’est sans doute ce qui lui a sauvé la mise en février dernier, dans le cadre de la primaire démocrate, à l’occasion d’une écrasante victoire en Caroline du Sud grâce à un raz-de-marée parmi l’électorat africain-américain.

Voilà comment le centriste le plus droitier du Parti démocrate durant un quart de siècle est devenu le démocrate centriste le plus à gauche (au programme : salaire minimum à 15 dollars, investissements publics massifs, Bidencare, gratuité partielle des études supérieures, plan d’action contre le changement climatique) à se présenter.

Malgré les plus de 4 millions de voix d'avance su son rival, Joe Biden fait jeu égal dans de trop nombreux États pour pouvoir prétendre à un quelconque raz-de-marée en sa faveur alors que Donald Trump enregistre un gain notable sur 2016.

Cela peut signifier que le calcul des dirigeants démocrates de miser sur un candidat centriste, âgé, «blanc», au programme classique, rassurant pour nombre de membres des classes dirigeantes n'emporte pas l'adhésion de celles et ceux qui exigent des changements portés par les mobilisations sociales et politiques de ces dernières années.

Le combat continue pour le peuple et les forces progressistes et de transformation sociale non seulement pour contrer les forces ultraconservatrices, ultranationalistes et populistes qui survivront à la défaite politique de Trump, et pour peser sur la présidence de Biden auquel il ne suffira pas de trouver les bons mots de réconfort pour en finir, par exemple, avec le racisme institutionnel aux États-Unis et les violences policières ou les inégalités sociales qui ont encore explosé sous les effets des conséquences économiques de la crise sanitaire.

Barak Obama a déclaré en félicitant Joé Biden, "quand il rentrera à la Maison Blanche en janvier, il sera confronté à une série de défis extraordinaires qu'aucun nouveau président n'a jamais connu." Espérons que les forces sociales et progressistes étasuniennes se mobiliseront pour faire entendre leurs exigences et obliger Biden à prendre une voie qui s'éloigne des dogmes des marchés financiers et de l'impérialisme afin de contribuer à la détente internationale et à des coopérations nouvelles avec l'ensemble du monde.

 

 
 
 
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