Xavier Timbeau : Un risque accru de faillites et de licenciements

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Xavier Timbeau : Un risque accru de faillites et de licenciements

Xavier Timbeau, direction de l'OFCE, analyse le contexte économique dans lequel survient le reconfinement, et ses conséquences. Entretien.

Quel peut être l’impact économique de ce nouveau confinement ?

Xavier Timbeau Dans l’immédiat, il sera probablement plus faible que le premier, en raison de son caractère moins strict, en particulier sur la question de l’école et du travail. Il semblerait que le motif de déplacement pour raisons professionnelles soit en effet accepté pour tout le monde, ce qui n’était pas le cas en mars.

Par ailleurs, l’ouverture des écoles et des lycées va limiter l’impact sur la force de travail, dans la mesure où le télétravail sera plus facile. Au passage, j’insiste sur l’importance fondamentale de cette ouverture, en termes éducatifs. Il est très probable que le confinement de mars-avril ait un impact terrible sur l’accès à l’éducation de toute une cohorte d’élèves, et plus particulièrement ceux qui sont en fin de cycle scolaire (entre 14 et 18 ans).

Ces effets, qui sont d’ailleurs inégalitaires selon les milieux sociaux, risquent de durer dans le temps, parce que les retards scolaires accumulés ne pourront pas être rattrapés. D’où la nécessité de maintenir les écoles ouvertes cette fois-ci…

Pour autant, pensez-vous que les retombées économiques seront nulles ?

Xavier Timbeau Non, évidemment. Le confinement risque de toucher de nombreux secteurs tournant déjà au ralenti : tourisme (dont l’aéronautique), loisirs, restaurants-bars, spectacles… Toutes ces activités, qui représentent environ 10 % du PIB, vont être confrontées à un risque accru de faillites et de licenciements.

Ce reconfinement signe l’entrée dans une crise durable du secteur de l’aéronautique : jusqu’à présent, on pouvait espérer un retour à la normale (achat d’avions, activité dans les aéroports, etc.) pour le milieu de l’année 2021. Aujourd’hui, ce n’est plus un scénario raisonnable, du fait de la deuxième vague en Europe, des risques de fermeture des frontières, etc. Les conséquences peuvent être catastrophiques d’un point de vue social et local pour les territoires spécialisés dans la construction d’avions (comme la région de Toulouse).

L’économie française sort très affaiblie du précédent confinement : la période qui s’ouvre pourrait-elle signifier un nouveau coup de massue ?

Xavier Timbeau Oui. Même s’il est moins sévère, ce deuxième confinement va s’ajouter au précédent et créer un effet d’accumulation. Il ne faut surtout pas négliger cet élément : jusqu’à présent, de nombreux acteurs économiques pouvaient vivre dans l’espoir d’un retour à la normale. En clair, un propriétaire de café, cinéma ou théâtre par exemple pouvait espérer terminer l’année avec « seulement » huit semaines d’activité en moins. Ce nouveau confinement rend très incertain ce scénario : au contraire, on peut désormais craindre une répétition de ce type de décisions gouvernementales dans un futur proche.

Du coup, les acteurs économiques vont devoir prendre, dans les mois qui viennent, des décisions drastiques. Et certains vont vraisemblablement décider de mettre la clé sous la porte. Prenez l’exemple du restaurateur, qui a déjà encaissé des pertes en mars-avril et qui se retrouve confronté à un risque de sous-activité durable. Il peut décider que continuer à ouvrir dans ces conditions (jauge réduite, baisse de sa clientèle du midi en raison de la généralisation du télétravail, etc.) n’a plus de sens économiquement. Et décider qu’il vaut mieux fermer son commerce pour le moment, quitte à le rouvrir une fois l’épidémie passée. Pareil pour le propriétaire de l’hôtel, qui s’interroge sur un retour à la normale. Tout cela risque d’entraîner faillites, licenciements, etc.

Le gouvernement a-t-il pris la mesure de la situation ?

Xavier Timbeau Des mesures importantes ont été prises pour permettre d’amortir le coût social de la crise pour les ménages (activité partielle, report de la réforme de l’assurance-chômage…), ce qui ne signifie pas que ce coût soit nul.

Pour ce qui est des entreprises, nous avions chiffré à l’OFCE les pertes d’exploitation entraînées par le premier confinement à 50 milliards d’euros. Ces pertes sont toujours là, malgré les mesures gouvernementales. Les semaines qui suivent vont être décisives : il faudra absorber ces 50 milliards d’euros, plus toutes les nouvelles pertes provoquées par le reconfinement.

Jusqu’ici, le gouvernement a donné l’impression d’entendre le problème, mais d’y répondre de manière très partielle. Sa réponse dans les semaines à venir sera décisive : ou bien il parvient à préserver les ménages et les entreprises, et alors la France disposera d’une capacité de rebond économique rapide une fois l’épidémie passée.

Ou alors il n’y parvient pas, et on s’enfoncera dans des années de sous-activité. Pour sortir de la crise de 2008, il nous a fallu dix ans.

Entretien réalisé par Cyprien Boganda

Publié dans l'Humanité

Publié dans Economie

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