Afrique. La stratégie militaire en échec au Sahel par Vadim Kamenka

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Afrique. La stratégie militaire en échec au Sahel par Vadim Kamenka
Trois soldats français ont trouvé la mort au Mali, lundi matin. Ce nouveau drame repose la question de l’option sécuritaire défendue par la France dans la région.

À l’occasion d’une mission d’escorte lundi matin entre les villes d’Hombori et de Gossi au Mali, qui se trouvent à proximité du Niger et du Burkina Faso, trois soldats français ont été victimes d’un engin explosif. À bord de leur véhicule blindé, dans cette zone dite « des trois frontières », les jeunes militaires, âgés de 21, 23 et 28 ans, du 1er régiment de chasseurs de Thierville-sur-Meuse, qui patrouillaient pour l’opération antiterroriste « Barkhane », sont décédés quelques instants plus tard.

Lancée en 2014 par la France après les missions « Serval » et « Épervier », elle voit une majorité de ses 5 100 effectifs se concentrer dans cette partie orientale du Mali.

“ Barkhane” a pour objectif d’éradiquer les forces djihadistes au Sahel et au Sahara. Aujourd’hui, à part quelques succès ponctuels, on peut considérer qu’il s’agit d’un échec. Cette stratégie fondée essentiellement sur l’aspect militaire n’a pas empêché la prolifération des forces salafistes djihadistes et de groupes armés partout dans la région, au Mali, au Burkina Faso, au Niger, en Côte d’Ivoire et jusqu’au Mozambique, analyse pour l’Humanité André Bourgeot, directeur de recherche émérite au CNRS et spécialiste du Mali.

« L’État islamique » désigné comme ennemi principal

Cette logique purement sécuritaire, qui ne cesse de multiplier les échelons avec le G5 Sahel et réunit la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Burkina Faso et le Tchad à la récente opération « Takouba » (menée dans la région des trois frontières), démontre sa limite.

Car ces nouveaux décès portent à 47 le nombre de soldats français tués au Sahel depuis 2013. Le président français, qui a salué « avec le plus grand respect la mémoire de ces militaires », a clairement indiqué vouloir poursuivre cette stratégie. Dans son communiqué, lundi, le chef de l’État a tenu à exprimer « son entière confiance aux militaires français déployés au Sahel, (il) salue leur courage et rappelle la détermination de la France à poursuivre la lutte contre le terrorisme ».

Déjà, après le sommet de Pau du G5 Sahel, en janvier 2020, Emmanuel Macron avait décrété l’envoi de 600 hommes supplémentaires sur place pour combattre « l’État islamique » au Grand Sahara, désigné comme ennemi principal.

« Une réelle contradiction entre l’armée et l’exécutif »

Pourtant, la question d’un retrait progressif de l’opération militaire « Barkhane » est posée. Deux semaines auparavant, le chef d’état-major français, le général Lecointre, s’est rendu au Mali les 10 et 11 décembre à Bamako puis à Gao, et a discuté de cette possibilité avec les autorités maliennes et la hiérarchie militaire.

« Les déclarations du président français dévoilent une réelle contradiction entre l’armée et l’exécutif. Deux lignes semblent s’affronter. Ou alors nous faisons face à un revirement ? Dans tous les cas, cela démontre l’absence de stratégie cohérente concernant le Sahel de la part de l’Élysée et du ministère des Affaires étrangères », note André Bourgeot.

Un début de réponse pourrait venir du premier ministre, Jean Castex, qui doit passer le réveillon du Nouvel An au Tchad auprès des soldats français, et s’entretenir avec le commandement des forces du dispositif « Barkhane ».

En attendant, le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, réclame « un débat au Parlement sur la question de la présence française au Mali » car « elle n’apporte pas une solution durable ».

Au Mali, la transition démocratique avance peu depuis le coup d’État militaire du 18 août, qui a renversé le président malien Ibrahim Boubacar Keïta.

« Nous assistons à un processus de militarisation de l’État. Les militaires au pouvoir ne cessent de placer des hommes à eux. Ils viennent de nommer les gouverneurs, les préfets et sous-préfets. Une évolution vers un régime dictatorial qui ne rassure guère les populations », conclut André Bourgeot.

Peu de temps auparavant, début décembre, Malick Diaw, un des principaux généraux de la junte, avait été installé à la tête du Conseil national de transition, une assemblée qui fait office de Parlement.

Article publié dans l'Humanité

Publié dans Afrique, Paix

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