Il y a toujours besoin de communisme...

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

Il y a toujours besoin de communisme...

Les crises qui agitent le monde réactualisent le besoin de communisme. Dans un hors-série spécial, « l’Humanité » défriche les chemins de l’avenir d’une idée. En 1920, au sortir de la guerre, le mouvement socialiste connaît de vifs débats. Le choix des délégués du congrès de Tours d’adhérer à l’Internationale communiste va marquer l’histoire.

Aujourd'hui la planète nous rappelle l’urgence de rompre avec le capitalisme. Un siècle après la révolution de 1917 en Russie, qui a provoqué l’espoir révolutionnaire dans le monde, la crise écologique et la crise sanitaire sont venues s’ajouter à une crise sociale à laquelle le capitalisme est incapable de répondre. Année après année, mesure après mesure, réforme après réforme, la crise n'a fait qu'empirer au point de devenir systémique. Pour s'en sortir, il y a urgence à dépasser le capitalisme.

Les réformes du libéralisme tout comme les vieilles idées sociales démocrates ne feront qu'aggraver la situation de tous, du local au mondial. La crise est telle, que le capitalisme ne peut plus être rénové. Il faut rompre avec ses logiques mortifères et le dépasser jusqu'à l'abolir. Comme jamais, il y a « besoin de communisme », comme l’affirme le hors-série publié par « l’Humanité » à l’occasion du centenaire du Pari Communiste Français..

Une force agissante

« La banquise et les glaciers fondent, le climat s’emballe, les rivières et les océans sont souillés, des espèces vivantes sont épuisées et périssent, tandis que près d’un quart de l’humanité vit sans eau courante », écrit Bernard Vasseur. Dans ce monde gouverné par « une finance agressive qui se gave de dividendes, ce qui conduit à la stagnation de l’investissement, au recul désastreux du travail et à la précarisation de la vie des salariés (…), l’humanité va dans le mur, et cela devient visible pour tous », conclut-il.

C'est un appel à des changements radicaux, profonds et novateurs sans lesquels la recherche de solutions nouvelles par les peuples peut mener au pire, le nationalisme, l'obscurantisme et l'autoritarisme. Après 100 ans, dont les 30 dernières années débarrassées pourtant de tout système concurrent, le capitalisme est (toujours) en échec.

« Le communisme est toujours à l’ordre du jour, parce que, sans lui comme force agissante, rien ne se passe », souligne Étienne Balibar. 

Les jeunes ont aussi un regard critique sur le capitalisme. 58 % (1) des 18-30 ans le désignent comme le responsable du dérèglement climatique, leur préoccupation centrale. Pour 83 % d’entre eux, la lutte des classes est une réalité. 78 % estiment que la santé, l’éducation ou le logement ne devraient pas être soumis à la compétition économique. Et 75 %, que  les salariés, les travailleurs devraient pouvoir décider des choix de leur entreprise.

Ce sont des objectifs et des valeurs portés par les communistes et qui structurent son projet politique. Pourtant, comme le rappelle Cédric Clerin dans l'Humanité " le terme communisme lui-même est jugé négativement par 65 % des jeunes. Voici un mot qui porte indûment une lourde et négative charge historique. Un mot galvaudé, piétiné, détourné, dénaturé ".

Pour de grands combats

Pour Étienne Balibar, il faut « travailler à un programme  “socialiste” pour l’humanité du XXIème siècle, où se rejoignent "des régulations économiques et environnementales planétaires, des insurrections populaires et des utopies concrètes, expérimentant à petite ou grande échelle de nouveaux modes de vie en commun ", et de préciser : "L’insurrection est le terme clé dont tout dépend. S’il n’y a pas d’insurrection contre l’ordre existant, rien ne peut évoluer, sinon vers le pire."

Ainsi le communisme, n'est pas un société "idéale" que l'on viendrait plaquer sur la société actuelle, c'est l'ensemble des combats de résistance au capitalisme et pour des solutions radicales transformatrices qui constitue le « mouvement réel qui abolit l’état de choses existant » comme le définissait Marx.

Pour Balibar « les déterminations que Marx a ajoutées ensuite, qu’il s’agisse de substituer le commun à la propriété privée, d’étendre la démocratie au-delà des formes bourgeoises de la délégation de pouvoir, de surmonter la division du travail manuel et intellectuel, enfin et surtout de promouvoir l’internationalisme (donc l’antimilitarisme et l’antiracisme), ont à la fois pour effet de traduire l’idée du communisme en objectifs politiques et de lui conférer une signification anthropologique ».

L’ensemble de ces combats articule étroitement luttes sociales et économiques et notamment pour un changement de mode de production et les luttes sociétales contre le racisme et pour l'égalité, contre le patriarcat et pour le féminisme, contre l'autoritarisme et pour la démocratie avec une visée autogestionnaire.

Porter ces combats en exonérant le capitalisme et ses mécanismes d'exploitation et de domination conduit à l'impasse, de même omettre ces combats émancipateurs dans l'affrontement avec le capitalisme peuvent conduire aux mêmes impasses. « On le sait de source sûre, établir une redistribution étatique des richesses sans toucher à leur mode de production, c’est laisser en place ceux qui vont annuler vos efforts et revenir au pouvoir peu après » ! rappelle Bernard Vasseur.

Pour les besoins populaires

Grâce aux luttes sociales et aux idées portées par Parti Communiste des embryons de communisme ont été acquis : la Sécurité sociale, les formes de propriété alternatives (Scop…) ou encore des pratiques politiques locales comme la gestion publique de l’eau ou le développement des services publics. 

D’autres idées communistes novatrices émergent actuellement dans les luttes pour dépasser le capitalisme : comme par exemple la sécurité d’emploi et de formation qui vise à dépasser le marché du travail capitaliste, à éradiquer le chômage et à faire faire un bond en avant culturel à l'ensemble de la société.

Ce sont des avancées possibles dans une République refondée : « Aujourd’hui encore, le principe d’égalité et le droit au bonheur concentrent une telle charge révolutionnaire qu’ils exaltent l’aspiration à l’universelle émancipation de toute l’humanité », rappelle l’historien Jean-Paul Scot.

C’est ainsi que Fabien Roussel veut renforcer et rendre visible ce lien entre République et communisme. « Le peuple doit disposer de nouvelles institutions, d’une nouvelle République afin de prendre véritablement la main », propose le secrétaire national du PCF.

Un parti qui, pour son centenaire, cherche à incarner l’espoir révolutionnaire chez le plus grand nombre. « Si le communisme a un avenir en tant que mouvement politique, c’est en s’inscrivant dans les espaces de vie, de travail des classes populaires et en s’opposant à la diversité des dominations », pense Julian Mischi.

Avec la crise systémique et les échecs du social libéralisme, des espaces se sont largement ouverts tant au plan intellectuel que politique pour faire avancer les idées communistes et la force communiste. Les diffuser dans toute la société, les mettre en débat parmi le monde du travail et avec les citoyens, les porter au coeur des luttes sociales et sociétales nécessitent plus que jamais une force politique organisée, autonome et démocratique qui combatte le capitalisme et ouvre la voie à une nouvelle civilisation.

Pas d'avancée sans mener le combat de classes quotidien.

« Quelles sont les conditions contemporaines de la lutte des classes ? Comment fédérer les forces sociales, porteuses de projets émancipateurs qui ne sont pas spontanément les mêmes ? Comment affronter la question de l’État sans être piégé par l’électoralisme à courte vue ? Comment réorganiser le travail et repenser une planification démocratique ? » s’interroge la philosophe Isabelle Garo.

Pour Bernard Vasseur, « cela commence par s’employer à faire naître des désirs populaires d’émancipation, de maîtrise dans son travail, de liberté dans sa vie afin qu’il n’y ait plus à la “gagner” mais à la vivre pleinement ». Un début de réponse au « besoin de communisme ». Le regretté philosophe Lucien Sève, dont « l’Humanité » publie un texte inédit, parlait même d’« urgence de communisme ».

En décembre 1920, les délégués du 18e congrès de la SFIO (parti socialiste) à Tours, ont conscience que la décision de l’adhésion à l’Internationale communiste est jouée car les fédérations départementales se sont prononcées massivement pour cette IIIe Internationale.

Les visages sont graves et déterminés car la scission est inéluctable. Il est toujours difficile de rompre politiquement avec le camarade avec lequel on milite depuis des années mais quand des conceptions deviennent aussi éloignées, il faut savoir dire assez et transformer ce qui doit l'être.

Contre la guerre et l'union sacrée

La décision majoritaire de Tours est un événement. Ses causes sont à chercher dans le temps long de l’histoire du mouvement ouvrier français, du socialisme international et dans cette sorte d’accélération de l’histoire que furent la Première Guerre mondiale et les conséquences des révolutions russes de 1917. Ainsi, le congrès de Tours est inscrit dans une conjoncture, celle de l’après-guerre, de la vague révolutionnaire, des luttes sociales en Europe et de la recomposition des impérialismes. La décision de Tours n’avait rien d’inéluctable, il n’aurait pu être comme dans d’autres pays que le fait d’une minorité. Mais le rôle des femmes et des hommes y fut essentiel.

Après l’assassinat de Jaurès, quand la guerre est déclenchée, l’écrasante majorité du socialisme et du syndicalisme rejoint l’union sacrée. Il en est de même dans pratiquement tous les autres pays belligérants. Comme si, contre l’Empire autoritaire allemand, la logique nationaliste s’imposait partout. La durée des combats, le nombre de morts véritable boucherie, le déferlement de haine contre l’ennemi, l’exacerbation des sentiments nationalistes pouvaient emporter l’idée socialiste de fraternité. Mais quelques voix s’élevèrent pour critiquer les buts de guerre impérialistes, puis la guerre elle-même.

Comme le rappelle Cédric Clérin : "Au niveau international, des rencontres entre militants socialistes, syndicalistes, libertaires reprirent, comme lors des conférences de Zimmerwald et de Kiental. Un comité pour la reprise des relations internationales, qui deviendra par la suite comité pour la IIIe Internationale, s’organise. Mais c’est aussi du cœur du parti socialiste, et notamment autour de Jean Longuet, qu’émergea la critique. Cette minorité de guerre gagna en influence au sein du parti socialiste, jusqu’à en prendre la direction dans le courant de l’année 1918".

Au sein du parti socialiste pas question d'oublier les quatre années terribles. Il y eut même l’espoir d’une revanche politique immédiate avec les législatives de 1919. Le parti socialiste uni autour du programme rédigé par Blum malgré un progrès en voix, perd plusieurs dizaines de députés. Les partisans à la CGT d’une radicalisation gagnaient en influence et misaient sur les grèves voire sur la grève générale comme moyen de reprendre en main leur destin. Les grèves furent massives et permirent d'arracher la journée de huit heures, mais échouèrent à aller au-delà et se terminèrent dans une répression violente et coordonnée de l’État et du patronat.

Face à ces échecs, la révolution d’Octobre 1917, qui avait su en finir avec la guerre, qui avait donné le pouvoir aux travailleurs dans les soviets, devenait une perspective concrète. Du côté du Parti communiste russe, on pensait alors que la révolution n’avait d’avenir que si elle devenait mondiale nécessitant un outil en rupture avec l’ancienne Internationale socialiste, qui avait trahi.

L’Internationale communiste fut ainsi créée à l’été 1919. La direction de la SFIO, envoya Cachin et Frossard en Russie lors du second congrès. Ils annoncèrent leur adhésion personnelle à la IIIème internationale et proposèrent que la SFIO y adhère. Frossard et Cachin symbolisaient le retournement qui s’était opéré au sein du parti socialiste. Ils représentaient une pièce maîtresse des bolcheviks, qui ne voulaient pas s’appuyer seulement sur la gauche la plus radicale du parti, conduite par Loriot et Souvarine, l’enjeu étant d’emmener une majorité à l’Internationale communiste.

Trois motions

Les militants durent donc choisir entre 3 motions. Celle de Frossard, Cachin, Loriot et Souvarine, qui proposait l'adhésion à l’Internationale. Celle portée par Longuet, qui souhaitait une adhésion avec conditions, ce dont ne voulaient absolument pas les bolcheviks. Enfin celle de Léon Blum, qui combattait toute adhésion au nom de la tradition socialiste et de la conception démocratique du parti.

La première motion, qui était majoritaire, s’ancrait dans la réalité vécue des militants en commençant par la référence aux quatre années de guerre. Les deux autres étaient sans prise sur la réalité concrète d’une France et d’un mouvement ouvrier bouleversés par la guerre. Au congrès, l’Internationale, par la voix de Clara Zetkin et le télégramme de Zinoviev, répétera son veto au maintien de Longuet dans le nouveau parti. Les délégués, dans leur immense majorité, confirmèrent le vote des fédérations ; toutes les tentatives de compromis furent balayées.

La minorité refusa la décision majoritaire du congrès et acta la scission. La division de la gauche partisane était réalisée et allait structurer le paysage politique français. Le nouveau parti, qui s’appelait Parti Socialiste-Section française de l’Internationale communiste, allait encore se transformer, lever les ambiguïtés autour de l’interprétation des 21 conditions, dont celle traitant de son rapport au syndicalisme.

Son mode de fonctionnement devait être revu, comme ses pratiques politiques anti-impérialistes, antimilitaristes, féministes, ainsi que la composition de ses directions pour devenir un véritable parti ouvrier. Mais pesèrent le poids de son rapport à l’URSS et la stalinisation que nombre de ses fondateurs refuseront.

Le parti socialiste affaibli allait lui devoir penser l’articulation entre ses proclamations révolutionnaires, sa pratique réformiste, voire de collaboration de classe.

(1) Sondage Ifop pour«  l’Humanité », décembre 2020. (1) « Aux alentours du congrès de Tours », de V. Fau-Vincenti, F. Genevée, É. Lafon, musée de l’Histoire vivante, 2020
 

Publié dans PCF, Histoire

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