La chronique économique de Pierre Ivorra. Le virus de l’austérité !

Publié le par Front de Gauche Pierre Bénite

La chronique économique de Pierre Ivorra. Le virus de l’austérité !

Le virus de l’austérité est probablement encore plus dangereux que celui du Covid-19.

Depuis des dizaines d’années, il affaiblit, ronge même notre système de santé. On le tait à l’opinion, mais, dans notre pays, pourtant l’un des plus développés au monde, la crise sanitaire qui sévit durement, et dont l’épidémie actuelle n’est qu’un des épisodes, risque de déboucher sur des blocages et même de nouveaux drames en série.

En effet, pour prévenir et soigner, il faut des soignants, or nous manquons cruellement de médecins généralistes. Entre 2010 et 2020, leur nombre est passé de 94 261 à 85 754, diminuant de 8 507 praticiens et de 9 %.

La situation est cependant encore plus grave qu’il n’y paraît. En effet, s’ajoute à cela une population médicale âgée, les médecins de plus de 60 ans représentent en effet 45,1 % de l’ensemble des inscrits à l’ordre des médecins et ceux de moins de 40 ans, 17,6 %. Sans le maintien en exercice de généralistes retraités, où en serions-nous et où allons-nous, sachant que ces hommes et ces femmes ne sont pas éternels ?

Le gouvernement actuel a annoncé avec éclat la fin du dispositif visant à limiter le nombre d’étudiants en médecine, le numerus clausus. La mesure, positive en apparence, est cependant totalement insuffisante dès lors que les moyens ne sont pas donnés aux facultés de médecine d’accueillir davantage d’étudiants. Seules 9 300 places sont offertes en 2021, alors que le nombre de médecins qui cesseront leur activité cette année-là sera supérieur à 10 000 et que les besoins sont estimés à environ 12 000 par an, en raison de l’augmentation de la population et de son vieillissement.

La politique de fermeture des lits risque ainsi d’être justifiée par la persistance d’un manque de médecins dans les hôpitaux. Les déserts médicaux dans les territoires isolés, qui s’étendent y compris au sein des grandes agglomérations, vont se multiplier. La pénurie est tout aussi importante chez les infirmiers et les aides-soignants.

Depuis longtemps, les majorités qui se sont succédé ont augmenté les dépenses annuelles de santé, l’Objectif national des dépenses de l’assurance-maladie (Ondam), de 2 à 2,5 % en moyenne, alors que leur hausse réelle est au-dessus de 4 %.

Comme quoi, il ne suffit pas d’appliquer des gestes barrières, de porter un masque, de trouver un vaccin contre le Covid-19, il faut aussi trouver des soignants.

Un grand plan de recrutement et de formation doit être lancé dans l’urgence. Cela suppose de réformer l’Ondam, de mettre les dépenses de santé à la hauteur des besoins, particulièrement de ceux en personnels des différentes catégories.

Pierre Ivorra

Article publié dans l'Humanité

Publié dans Economie, santé

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